Batman v Superman - Poster
Les points positifs :
  • Un Batman franchement inédit
  • A tiré des leçons de Man of Steel
  • Sa noirceur générale
Les points négatifs :
  • Une hâte sensible
  • Des faux pas dans l’écriture
  • L’utilité des caméos

« The red capes are coming ! » – Lex Luthor


  • Réalisation : Zack Snyder – Production : Charles Roven, Deborah Snyder
  • Scénario : David S. Goyer, Chris Terrio
  • Acteurs : Henry Cavill, Ben Affleck, Gal Gadot, Amy Adams, etc.

Après un visionnage en avant-première, nous vous proposons une toute première critique de ce très attendu Batman v Superman : Dawn of Justice. Timing oblige, cette review pâtira peut-être d’un manque de recul, que d’autres rédacteurs du site pourront peut-être corriger par la suite lors de leurs retours. Enfin, nous tenons à souligner que, cette critique étant écrite pour DC Planet, l’auteur a forcément une sensibilité un peu fanboy et s’adresse avant tout aux fanboys, il est probablement plus pertinent pour les néophytes de se tourner vers des critiques ayant le même bagage ! Mais sans plus tarder : voilà un premier retour sur Batman v Superman : Dawn of Justice !

Vingt ans passés à combattre le crime à Gotham City ont fait de Bruce Wayne un justicier désabusé, dur et méfiant. La destruction provoquée par le combat de Metropolis entre le Général Zod et Superman va achever de le pousser vers une résolution froide : il faut abattre l’Homme d’Acier, ou risquer de le voir abuser de ses pouvoirs pour mettre l’humanité sous son joug. Un combat entre les deux titans, peut-être amené par des marionnettistes invisibles, semble inévitable.

Note : aucun spoiler ne sera donné sur le film, cependant nous nous permettons de faire référence à des éléments donnés dans les trailers. Si toutefois vous avez choisi de les éviter, nous vous conseillons similairement de ne pas poursuivre la lecture de cette critique.

Passons d’abord sur le jeu des acteurs. Vu la brochette de stars qu’étale le casting jusque dans le rôles mineurs, il était à parier que ce n’était pas là où le bât blesserait, seul Superman permettant, quasiment par définition, peu de reliefs à l’acteur chargé de l’interpréter – pourtant Henry Cavill offre une prestation plus nuancée que celle de Christopher Reeve et, surtout, plus cohérente que celle esquissée dans Man of Steel. Le mérite reviendrait-il à l’écriture ?

On touche ici un point important de ce type de films : les acteurs sont, d’une certaine manière, indissociables des personnages qu’ils incarnent, et c’est surtout sur le portrait qu’ils en font que les débats vont s’agiter. On discuterait ainsi plus difficilement de la ‘performance de Ben Affleck‘ que de la qualité du portrait de Batman qu’il rend. Et justement, il y a pas mal à dire sur le sujet. Mais pas forcément en mal.

C’est un Batman qui va faire jaser. Les trailers l’annonçaient déjà en le montrant arborant fièrement des armes à plusieurs reprises, tandis que ses véhicules – le Batwing et la Batmobile – étaient équipés de mitrailleuses. Tout ceci se retrouve logiquement dans le film, avec l’inévitable coup porté à la mythologie de Batman. Rappelons toutefois que le Batman de Tim Burton ne rechignait pas non plus à tuer de sang-froid à bout portant les criminels qu’il croisait sur son chemin, un Honest Trailer sorti récemment le rappelait d’ailleurs, et, pourtant, le Batman de Tim Burton est parvenu à garder bonne impression dans les mémoires !

Plus prudent que Man of Steel

On ne peut manquer de faire le parallèle avec la fin controversée de Man of Steel, or, de nombreux éléments montrent que réalisateur, producteur ou scénariste se sont appliqués à démontrer au spectateur qu’ils avaient tiré des leçons de leurs erreurs de 2013. Le radicalisme de Batman est par exemple remis en question extrêmement tôt dans le film par le reflet que le personnage d’Alfred Pennyworth renvoie à son maître, notamment à travers une réplique déjà entendue dans les trailers. La conclusion du film est également l’occasion pour Bruce Wayne de remettre en question ses méthodes de travail, autant d’éléments qui laissent penser que les auteurs du film ont conscience des limites qu’ils font franchir au personnage, et qu’ils ont à cœur à la fois de justifier, de manière implicite, ce qui l’a amené sur ces voies ténébreuses, et, et c’est encore plus réjouissant, de l’en sortir en ultime lieu !

Oui certaines scènes, franchement iconoclastes, feront tiquer, c’est certain. Mais l’intention du réalisateur (scénariste?) est ici beaucoup plus visible que dans Man of Steel et évitera aux spectateurs de se déchirer entre ceux qui spéculeront sur sa négligence ou ses bonnes intentions. D’ailleurs, nombre des scènes dites ‘problématiques’ sont d’une inspiration Miller-ienne flagrante, allant jusqu’à décalquer quasiment certains des moments de son Dark Knight Returns, dialogues y compris, comme pour se justifier des choix qui sont pris. Cela ne signifie pas forcément que ces choix soient judicieux – car Miller n’est pas infaillible, loin de là – mais ça démontre une prudence bienvenue, révélant un désir sensible de respecter le support d’origine qu’on discernait plus difficilement dans Man of Steel.

Une némesis en revanche méconnaissable

Outre Batman, le deuxième personnage le plus controversé sera à tous les coups Lex Luthor. Difficile d’en révéler beaucoup, mais ceux habitués au portrait du personnage brossé par des auteurs comme Grant Morrison voire même Geoff Johns, ou, du côté de la télévision, celui qu’en faisait Paul Dini et ses collègues dans Superman : TAS, tous ceux-ci seront complètement pris de court devant cette version en tout point inédite du personnage, ne rappelant que très vaguement ses déclinaisons précédentes. La différence majeure avec un Luthor canon réside dans la folie présumée du personnage, beaucoup plus sensible ici que dans quelconque itération de la némesis de Superman. Creepy à souhaits avec sa voix sans cesse sur le point de se briser, Jesse Eisenberg est idéal pour une telle direction, mais était-ce celle à prendre ? Ça n’est pas un réel défaut c’est plutôt… inattendu et bizarre. Mais pas assez pour fournir au film son équivalent du Pingouin de Returns, du Joker du Dark Knight etc. Dommage.

Pour revenir à Man of Steel, on avait beaucoup entendu de rumeurs selon lesquelles la destruction de Metropolis serait traitée dans ce second film. Ça n’excuse probablement aucun des défauts du reboot de Superman, mais reconnaissons que c’est assez bien vu de proposer au spectateur d’assister à nouveau à la destruction terrible de la ville emblématique, mais cette fois à regard humain – elle n’en paraît que plus terrible et moins gratuite. Ça donne un goût de mea culpa à ce Batman v Superman : Dawn of Justice qui séduira bien des déçus de Man of Steel.

Hanté par Frank

Frank Miller, et tout particulièrement son Dark Knight Returns, n’est pas la seule source d’inspiration des scénaristes de ce film. Il y a un autre arc majeur de l’histoire des comic books qui sert de large support pour le film. On ne l’avait pas vu venir, et c’est un exploit de parvenir à surprendre autant les fans alors que leurs théories agitées depuis des mois d’impatience auraient dû couvrir toutes les possibilités de scripts. Il est toutefois difficile d’en dire plus sans enfreindre l’interdiction des spoilers, mais retenons que le film parvient à surprendre, à deux reprises au moins, et que c’est un mérite.

C’est un mérite, car, du reste, il souffre peut-être d’une certaine balourdise. D’un côté, il évite d’être pris au propre jeu des maladroites considérations pseudo-philosophiques qui alourdissaient le script de films comme Man of Steel ou Interstellar, mais d’un autre côté, il ne parvient pas à dissimuler qu’il ne vise, pour l’essentiel, qu’à amener Superman et Batman vers un affrontement titanesque, et tous les éléments esquissés dans le film, à l’exception des jalons discrets pour sa suite, poussent le scénario dans cette direction. À ce titre, il est vraiment ahurissant de lire certains critiques reprocher au film de ‘vouloir raconter plusieurs histoires au lieu de se concentrer sur une seule‘, car Batman v Superman est étonnamment chiche en sous-intrigues, se concentrant 1) à brosser (rapidement) le portrait des personnages ; 2) à les mener (rapidement) vers l’affrontement de la manière la plus crédible possible ; 3) faire de l’affrontement un spectacle à couper le souffle.

C’est le sprint jusqu’au match

L’adverbe en parenthèses n’est pas anodin. On ressent tout au long du film un empressement constant, qui pourra probablement faire naître chez certains un goût de bâclé, mais il faut reconnaître que les auteurs s’y adaptent avec une maîtrise difficile à occulter. On peut par exemple relever les scènes de ‘sauvetage’ de Superman. Plutôt que d’occuper un vingtaine de minutes du film par une action impressionnante comme le faisait Superman Returns avec le crash de l’avion dans Metropolis, ici plusieurs scènes similaires (pour la majorité révélées dans les trailers) sont rapidement projetées durant une sorte de zapping, entrecoupées d’interviews croisés séparant les opposants de Superman à ses supporters. C’est efficace, ça capture très rapidement l’aura du héros, et ça ne met pas l’intrigue principale en pause.

Les combats ont quelque chose de neuf et de spectaculaire. Zack Snyder ne se contente pas d’appliquer la formule Man of Steel à l’exponentielle, bien que certaines explosions de buildings fassent sourire en évoquant le destruction porn de son précédent effort. En fait, c’est à la présence de Batman qu’on doit un réel renouvellement des scènes d’action et, dans une moindre mesure, à celle de Wonder Woman qui, en dépit des commentaires enthousiastes sur ses apparitions effectivement réussies, n’a que peu de temps à l’écran. Le style de combat de Ben Affleck est extrêmement différent de celui de Christian Bale, et la tentation était grande d’imiter et son portrait du Chevalier Noir, et son style martial, compte tenu du succès de la trilogie qu’il avait portée. Le Batfleck, on le devinait déjà dans certains trailers, a des mouvements extrêmement lourds et puissants, il évoque une de ces massives boules de chantier qu’on utilise pour démolir des bâtiments condamnés. Et c’en est quasiment éprouvant lorsque c’est Superman lui-même qui en pâtit. Le combat entre ces deux icônes ne pouvant manquer de donner l’avantage à l’un sans empiéter sur l’aura de l’autre, pour un fanboy il y aura quelque chose de douloureux dans le fait de les voir se foutre sur la gueule de la sorte, mais aussi une certaine forme de jouissance, car le combat est réussi – peut-être mieux réussi même que celui de Frank Miller parce qu’il parvient à éviter de recourir à la caricature pour justifier la confrontation. Frank Miller n’épargnait en effet pas Superman dans son récit en en faisant le laquais des États-Unis. Ici, rien de tel, la manière dont l’affrontement est amené se défend.

Par contre, la manière dont il se conclut est plus maladroite. C’est l’écriture qu’il faut blâmer ici, alors que jusqu’ici ses torts se limitaient grosso modo à une utilisation pas très habile de Lois Lane, laquelle alourdissait certaines scènes d’action en coupant leurs rythmes par ses apparitions. Mais la conclusion du duel repose sur un élément beaucoup trop trivial, justifiant avec peine le changement de direction brutal opéré ensuite lorsque nos héros s’allient contre Doomsday. On saisit immédiatement l’intention du réalisateur (du scénariste?) derrière ce tour de main, et elle est louable, mais c’est là qu’il aurait fallu faire preuve de subtilité et c’est là que la relative balourdise du film s’en ressent le plus. Batman v Superman, à cet instant précis, en dit trop, et montre beaucoup trop, faisant usage de flashbacks en plein climax, sans faire confiance au spectateur dans sa capacité à tisser des liens entre différents éléments déjà donnés par le film. C’est dommage et de tels faux pas risquent d’étendre chez les critiques sévères une mauvaise impression à l’ensemble du film.

Des caméos naïfs et sans substance

Une autre source de reproches pourrait être la manière dont il prépare le terrain pour la Justice League. Les caméos sont gérés avec maladresse, voire puérilité. Les scènes où les futurs acteurs du DCEU apparaissent ont quelque chose d’extrêmement naïf, et révèlent, encore une fois, un empressement visible doublé d’un léger manque d’inspiration. Elles évoquent vaguement les cameos à la Marvel où, dans Daredevil, un journaliste mentionne, au détour d’une conversation, le nom de Jessica Jones. Comme ça. En vitesse. Le résultat est le même dans Batman v Superman : à la vue de ces caméos, le fanboy s’extasie, le spectateur lambda se demande de quoi il s’agit et attend qu’on retourne à l’intrigue principale. Dommage donc, ces caméos, trop brefs, tombent dans le forcing inutile, sans même rassasier le fanboy.

Il y aurait encore fort à dire sur ce film, qu’il s’agisse de la musique, apportant au moins deux nouveaux thèmes réussis et autrement plus convaincants associés à l’image qu’écoutés dans son salon ; de la photographie, qui s’est considérablement assombrie depuis Man of Steel et fait ainsi écho à l’arrivée de Batman dans le ring ; des nombreuses séquences de rêve, aléatoirement réussies mais donnant parfois l’occasion au réal’ de profiter d’une plus grande liberté ; du symbolisme moins envahissant que dans Man of Steel – d’ailleurs qui pensera à Longinus ? Mais l’essentiel du verdict tient sur les paragraphes précédents et, en tout cas, c’est plus réussi que Man of Steel, en plus d’être très différent de ce qui s’est fait auparavant, autant du côté des Batman que du genre super-héroïque en général.

Millerien, sombre, pas très bavard, mais également prudent et conscient des ses précédents faux pas, Batman v Superman : Dawn of Justice souffrira aux yeux du public de son empressement à installer le duel central et du rejet de fioritures que cette priorité entraîne. En réalité, ce qu’on pourrait prendre pour de la balourdise trahit un désir de se tenir à l’essentiel tout en soignant ce qui, justement, est essentiel. Et d’une manière générale, dans le paysage des blockbusters hollywoodiens actuels, Batman v Superman propose quelque chose de neuf par la noirceur et la violence qu’il recèle. 

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Ce fut fort intéressant merci pour cette review diablement bien écrite. Bravo

BatOfGotham
BatOfGotham

Très bon review qui m’a redonnné du peps avec toutes les mauvaises critiques que j’ai lu.

Vivement ce soir que je me fasse mon propre avis.

Mixam
Mixam

Une critique fortement bien écrite. Prends-en de la graine Internet !!!

BatOfGotham
BatOfGotham

*bonne

kaisers21
kaisers21

Très bonne critique qui donne envie, vivement ce soir.

Par contre même si j’aime bien Man of Steel, c’est quand même un peu méchant de le mettre dans le même panier qu’Interstellar tant le film de Nolan est quand même bien plus abouti que celui de Snyder. :)

Pedro Squalito
Pedro Squalito

En résumé : vivement la version longue ^^

maided
maided

Très bonne critique (dans l’écriture et l’objectivité), hâte de le voir pour me faire mon avis mais une phrase me rassure :

« c’est plus réussi que Man of Steel, en plus d’être très différent de ce qui s’est fait auparavant, autant du côté des Batman que du genre super-héroïque en général »

Harle
Harle

J’avais bien aimé Man of Steel donc si c’est meilleur, je prends. Par contre je viens de me taper la saison 2 de Daredevil, avec BvS en plus je vais finir par faire une overdose de Miller…

The black lantern
The black lantern

Y a t il une scene après le générique ?

Blue
Blue

très bonne review très complète ^^ Bon sinon la vrai question : Mera est elle bien rousse ? :p

MAZAHS
MAZAHS

Bonjour, je n’ai pas vu dans la review: VF ou VOST? La VF est bonne ou non?

DoctorVin's
DoctorVin's

La dépression d’attendre ce film depuis.3 ans (voir toute sa Vie) et de se retrouver dans un endroit sans cinéma pendant 3 mois mais de pouvoir assister impuissant au phénomène du film…

Brutal Destr0y333r
Brutal Destr0y333r

Merci pour cette critique !

BRISAK
BRISAK

Bonne critique. H-8 pour moi! :D
J’ai vu pas mal de critiques sur internet…Purée ça craint!
Genre « Faut t-il brûlé Snyder? » etc
Les gens sont vraiment méchants.
Des fois, je me dit « Vivement la guerre ».

Toran93
Toran93

Moi je dirai que c pas le film qui va reconcilier anti MOS et les pro