En fin d’année dernière, DC Comics annonçait une anthologie « Legends of Tomorrow« . Sans lien direct avec la série TV du même nom (si ce n’est pour la présence de Firestorm), le titre implémenterait, aux côtés des Metal Men et de Métamorpho, le relaunch d’une série du silver age (post Comics Code), Sugar & Spike, créée à l’époque par l’immense Sheldon Mayer. Ni une ni deux, le très estimé Riddler est parti à la recherche de numéros du titre original, dans l’idée de démêler le pourquoi de cette relance (tardive), et expliquer le concept au lecteur moderne. Arrivé de Suisse entre mes mains par des voies tout à fait légales (moitié par avion, moitié par cargo), Sugar & Spike #10 s’est avéré un de ces moments de lecture rare, où on se demande pourquoi on a postulé en réunion pour avoir le privilège d’en parler. D’ailleurs ça se remarque dès la couverture.

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Sugar & Spike suit les « aventures » de Sugar Wilson et Spike Plumm, deux bébés capables de communiquer l’un avec l’autre, et du regard innocent et naïf qu’ils portent sur leur environnement. Un Razmoket des années ’50 où un bébé et un autre bébé font des trucs de bébés en parlant comme des bébés, à destination des ex-bébés qui représentaient le gros des lecteurs de l’époque (le courrier des lecteurs est éloquent quant à la moyenne d’âge du titre, a priori destiné aux enfants et aux parents bienveillants). Chaque numéro regroupe plusieurs petits épisodes, entrecoupés d’autres strips typés années ’50, et de pages de publicités toujours amusantes à découvrir aujourd’hui.

La première des quatre petites histoires retrace comment Spike, après avoir joué au cerf-volant avec son père, tente de faire léviter les objets de la maison. Disputé par sa mère, il apprend à dire « bah boy » (« bad boy », sans doute une anticipation du morceau de Bob Marley) et s’enfuit dans la maison la moins sécurisée du monde, pour gueuler après le voisin. S’enchaîne le second épisode, après une page de publicité, et un strip philosophique sur le base-ball et le respect de son voisinage. Dans celui-ci, les enfants jouent avec la lumière, se retrouvant prisonniers du noir, avant de pleurer pour que maman ne vienne les sauver. Celle-ci les console avec des cookies, ce qui semble être la leçon retenue par les deux héros (quand tu pleures, t’as des cookies).

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Après un atelier découpage pour les enfants, le troisième épisode de ce numéro enchaîne sur les vacances à la mer de Sugar et Spike. Comme souvent, les petits s’enfuient, et rencontrent un plagiste enterré sous une dune de sable (vivant, hein). Pensant, en voyant une paire de pieds dépasser que c’est leur bac à sable qui les a suivi à la mer (c’est mignon tout plein), ils commencent à jouer avec, jusqu’à ce que l’homme enterré (qui est toujours vivant) en ait assez et que leur mère aille les récupérer.

Après un autre mélange pub/strip et le courrier des lecteurs (où s’engage un passionnant débat de linguistique sur la validité communicationnelle des « areuh gabou »), arrive le quatrième épisode où les petits découvrent le téléphone et s’amusent sous le regard attendri de maman numéro un et maman numéro deux. S’en suit un épilogue bouleversant de nihilisme et de critique sociale, où les petits cassent leurs téléphones en plastique, pour protester en sous-texte contre la mondialisation et l’occupation coloniale de l’Europe en Afrique du Nord (bouleversant, je vous dis).

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Maintenant, quoi que ce ne soit pas le but premier de cette chronique, on est en droit de se demander la validité de ramener Sugar & Spike aujourd’hui, tant la série évoque une époque très lointaine pour l’éditeur dans l’après Comics Code. Pris tel quel, Sugar & Spike sent bon les années ’50, la tarte aux pommes, l’American Way et l’aile conservatrice, où les comics tentaient de s’assagir et Superman devenait l’homme sandwich des inserts publicitaires (je vous mets ça là-haut) ou le porte-parole de la banque du Trésor, et où deux bébés dont un roux gambadaient naïvement dans la prairie de l’enfance pour des récits simplistes à destination des enfants. Je n’ai pas d’élément de réponse quant à ce retour programmé, si ce n’est qu’à côté des titres Hanna-Barbera, DC est peut-être dans une de ces phases nostalgiques où faire du neuf avec du vieux a des airs de bonne idée.