« Salut, et bienvenue pour ce nouveau Showcase » Non, je peux pas présenter ça, c’est bidon… « Hell-lo ! C’est moi le nouveau ! » On dirait une réplique d’un film venant d’un personnage lourdingue… Non, on va tenter d’apprendre des meilleurs, alors… Voyons voir… Freytaw… Ça me dit un truc ça. Wow, il est doué lui. Hey ! Mais il est aidé ! Je peux faire pareil ! Skeets !

– Oui monsi.. Oh, non…

Très bien, je ferai ce Showcase tout seul ! D’ailleurs, quel en est le sujet ? Promethea ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Il n’y a pas à dire, c’est mon jour de chance. Je pouvais pas tomber sur du Blue Beetle, ou du Nightwing, non. Une série inconnue qui doit être… Mais c’est de Alan Moore ? Je me sens légèrement rassuré, mais soudain pris d’un élan de perplexité. On va voir ce que ça vaut. Et puis, mince, c’est mon Showcase cette semaine ! J’ai tous les droits !


Tu connais Promethea ? Ca tombe bien, moi non plus ! Enfin, avant d’avoir lu ce numéro #9. Commencer par le neuvième numéro d’une série d’une série de 32 épisodes, est une pratique humaine bien étrange. Des numéros publiés entre août 1998 et avril 2005 chez America’s Best Comics, qui était rattaché Wildstorm. Trente-deux numéros en l’espace de 7 ans, laisse donc présager quelques longs écarts entre ces numéros. Ce genre d’écarts qui font passer Joe Madureira et Jim Lee pour des artistes réguliers.

Ce neuvième numéro est écrit, comme dit plus haut, par (le grand, l’ingénieux, l’incroyable, bla bla bla…) Alan Moore, et dessiné par le talentueux J.H Williams III, que l’on ne reconnaît pas de suite. Ce qui est assez étrange. Son découpage, que je comprends comme une signature (je pense en particulier à un numéro de Detective Comics scénarisé par Paul Dini, où j’ai découvert cet artiste, et dont je me souviendrai toujours la colorisation particulière et son découpage en forme de chauve-souris). Ces dessins n’ont pourtant rien de bien « banal » on sent un travail de ce découpage, l’importance de faire autrement, de casser le code des dispositions classiques. Il cherche son style dynamique qu’il acquerra quelques années plus tard. Un numéro déjà intéressant pour ce qui est de l’évolution du style de J.H. Williams III, en somme.

Promethea #9

Ce numéro s’ouvre sur une page qui attrape le lecteur par le col. Un point de vue à la première personne. On ne sait pas qui l’on est, on sait jusque que l’on va vite. Très vite. Les gens s’écartent, sont terrifiés. A vrai dire je n’ai rien compris, je me suis fait totalement avoir par l’action qui se dégage du mouvement. Cette première case, de cette première page est un vigile qui te choppe et te dit « Tu vois ça ? Tu sens que ça va éclater si tu tournes la page ? Alors dépêche toi de lire ! ». Une emprise, une pression qui empêche de s’attarder sur le dessin, de prendre son temps. On nous impose une situation de suspense qui s’avère être multiple. Qui sommes-nous ? Où sommes-nous ? Où allons-nous ? Débuter avec ce numéro est sans doute un élément qui rend cette situation plus forte, puisque je ne connais presque rien de ce personnage. Seulement ce passage est déjà d’une force qui fait que je n’ai eu aucun mal à continuer ma lecture, et vient d’insérer en moi l’envie de la prolonger.

Je ne vous dévoile donc pas l’identité de cette personne, puisque j’aimerais que vous puissiez profiter de cette sensation, si vous parvenez à la ressentir. La scène se poursuit et l’on comprend que Sophie est le personnage principal, ainsi que Promethea elle-même. Elle semble provenir de l’Immateria. Une sorte de monde mystique avec lequel Sophie arrive à communiquer lors de son sommeil. Sophie est devant le cercueil d’une femme qu’elle dit avoir considéré comme sa mère, accompagnée de sa meilleure amie. Suite à quoi, elle décide de demander à un certain « J. Faust » de lui apprendre la magie. Et là, Alan Moore a frappé ! Afin d’apprendre la magie, Sophie, qui doit avoir entre 12 et 15 ans, demande à Faust ce qu’il souhaite pour lui apprendre la magie, et voilà ce qu’il répond : « Well… Sex, obivously ». Mais oui, « obviously ». Afin de ne pas pousser le vice jusqu’au bout, le personnage précise tout de même qu’il ne désire pas Sophie, mais Promethea. Enfin, pour moi, cela reviendrait au même, puisqu’il s’agit toujours de Sophie. Évidemment, elle refuse, et dans son sommeil, part se renseigner à propos d’une certaine Barbara, auprès des femmes de l’Immateria. Ces femmes sont donc capables d’entretenir un contact entre le monde des vivants et des morts, puisque les morts rejoignent un milieu magique. Le lendemain, elle part à la recherche du « Temple ». Et là, je n’ai aucune idée de ce dont il peut s’agir. De ce numéro, je n’ai compris uniquement qu’il s’agissait apparemment de l’application de rituels liés à des sacrifices humains, que Promethea veut arrêter.

Oui, c’est difficile de comprendre Alan Moore sans avoir lu les numéros précédents. Mais, pour ce qui est d’avoir un avant goût de ce que l’auteur veut développer au travers de cette série, je pense être vraiment bien tombé (étrange pour un jour de chance comme celui là, j’en conviens). Certains thèmes peuvent en être dégagés. Comme celui d’une « religion » de la magie, mais cette fois-ci, partiellement cachée aux yeux des humains. Et je crois bien que c’est le premier comics (après Saga) qui, je trouve, arrive à associer le monde futuriste et le monde de la magie, sans partir dans des développements incompréhensibles et tordus, pour finir par se cacher dans la plus grande facilité scénaristique ne faisant que soulever le côté non crédible de chacun des éléments.

L’idée de religion vient de la croyance en la magie, et l’interprétation que chacun se l’en fait. Par exemple, reprenons ce passage traitant du « Temple ». Ce temple est certainement lié à une possible secte ou croyance, menant à exercer une pratique qui est ici, le sacrifice humain. La seule personne connaissant la vérité est donc Sophie, qui est lié entre l’Imateria et le monde réel, les secrets et les spéculations des autres ne l’atteignent pas, puisqu’elle connaît la vérité. Elle la voit à chaque fois qu’elle ferme les yeux. C’est un thème que je suggère, certainement qu’il ne s’agit que d’une intrigue parmi d’autres au sein de ces trente-deux numéros. Seulement, c’est ce que j’en déduis après cette lecture.

En me relisant, je me dis qu’on risque de croire que je hais Alan Moore, alors que non. J’ai aimé V for Vendetta et From Hell, j’ai adoré Watchmen (et je dois lire La Ligue des Gentlemen Extraordinaires). Seulement, je le perçois comme pervers. Comme s’il était obnubilé par le sexe, qu’il se retenait d’en parler dans ses comics, qu’il laissait parler ses pulsions dans ses comics par certains termes ambigus jusqu’à finir par craquer et laisser tout transparaître par l’intermédiaire d’un personnage ou d’une scène. C’est d’ailleurs ce qu’il a (trop souvent) fait dans From Hell. Accéder à la magie par le sexe, sous-entend tout de même l’idée de prostitution, et là d’une jeune fille mineure entre 12 et 15 ans. J’ai le sentiment d’être la seule personne que cela puisse troubler. En dehors de cette vision, c’est une idée comme un autre. Une idée d’un bon auteur, qui cherche à faire les choses différemment, de manière surprenante.

En parlant de surprenant, je vous laisse découvrir les dernières pages, et la conclusion de la rencontre entre le temple et Promethea, qui est surprenante et d’une incroyable beauté.


C’est un premier Showcase que je vous offre avec une grande recommandation, pour vous comme pour moi. Promethea offre un univers des plus originaux et des plus réfléchis, appuyé par ce que beaucoup peuvent appeler comme le « maître » des comics, Alan Moore, mais ce qui ne saurait être mon cas (sans vouloir m’attirer les foudres des fans de ce personnage étrange).