Gotham-Central-tome-4-CV 
Les points positifs :
  • Des affaires passionnantes.
  • Des personnages bien caractérisés.
  • Une ambiance « polar noir » très réussie.
  • Une vision originale des super-héros.
Les points négatifs :
  • L’effet de surprise s’atténue un peu, au bout de 40 épisodes.
  • C’est fini…

« Il ne me reste plus rien. C’est fini. » – Renee Montoya

Comme l’indique le disgracieux, mais néanmoins facilement détachable, autocollant sur la couverture, ce quatrième tome de la série Gotham Central vient clore la série. Eh oui, déjà. La série ne comporte en effet que quarante épisodes, auxquels Urban Comics adjoint quelques back-ups parus initialement dans les pages de Detective Comics, consacrés au personnage de Josie Mac. Avec des scénaristes comme Ed Brubaker et Greg Rucka, il est clair que le titre ne pouvait être qu’une réussite, mais qu’en est-il réellement de cette conclusion ? Le contenu de ce volume est-il à la hauteur des précédents ? Eh bien, nul besoin de faire durer le suspense, c’est toujours aussi bon.

Pour finir en beauté, ce sont quatre nouvelles affaires qui nous sont proposées. Deux sont de simples one-shots, plutôt sympathiques (mention spéciale à celui qui porte sur Poison Ivy, voir ce personnage sous l’angle « réaliste » et terre à terre de la série, c’est vraiment excellent) et les deux autres sont deux arcs plus touffus, qui constituent des enquêtes de longue haleine, pleine de rebondissements, tout en baignant dans une ambiance craspec de polar noir comme on les aime. On suivra ainsi l’investigation sur le meurtre apparent de Robin, ainsi qu’une sombre affaire de falsification de preuves, articulée autour du sombre personnage de Jim Corrigan. Toutes les histoires ici proposées nous montrent bien le quotidien des agents du GCPD, et l’on en apprend encore davantage sur Renee Montoya et Crispus Allen, qui sont résolument au cœur de ce titre.

Honnêtement, il est difficile de trouver des défauts à la série Gotham Central, tant son ambiance est prenante, pour peu que l’on apprécie les histoires policières à l’ambiance oppressante, façon True Detective. Chacune des intrigues contenues dans ce tome est finement écrite et l’on ne devine pas trop vite ce qui va se passer, tant les auteurs, qu’il s’agisse d’Ed Brubaker ou de Greg Rucka, sont passés maîtres dans l’art de scénariser une enquête. De même, il est tout à fait plaisant et dépaysant à la fois de voir de simples mortels être impliqués dans des affaires où ils sont amenés à rencontrer des personnages iconiques, qui ne jouent clairement pas dans la même cour. J’ai particulièrement apprécié l’apparition des Teen Titans, qui dénotent clairement avec l’esthétique de Gotham. Loin d’être kitsch, cette présence est justifiée par le scénario et permet de faire ressortir le contraste entre ces super-héros aux couleurs éclatantes et ces héros du quotidien que sont les flics des bas-fonds. De même, le chapitre consacré à l’Infinite Crisis, event qui avait lieu en même temps que la parution initiale de Gotham Central, est construit autour de cette idée du fossé qui semble séparer ces hommes et ces femmes ordinaires des héros bariolés, tout en montrant que l’héroïsme, ce n’est pas forcément une question de collants et de capes.

Il est évident que le titre est un indispensable pour les fans du bat-verse, et il est vrai que les connexions entre les super-héros et le GCPD sont encore plus présentes dans ce tome que dans les précédents. Et cela ne vient pourtant pas bouleverser le titre, bien au contraire, puisqu’il permet de donner davantage d’épaisseur à son casting principal, en nous montrant ce qu’ils pensent de tous ces justiciers. Voir de l’intérieur la police de Gotham est une riche idée, et l’essai est clairement transformé, les comics n’ayant rien perdu de leur originalité et de leur qualité durant les quarante épisodes, ce qui est clairement impressionnant. L’on pourrait toutefois reprocher à la dernière histoire du livre, celle qui est tirée de Detective Comics, d’être plus faible que les autres, mais Judd Winick s’en sort plutôt bien et sa Josie Mac est tout à fait attachante, ce n’est pas du même niveau que la série principale, mais c’est fortement appréciable de pouvoir prolonger le plaisir avec ce petit récit de complément.

Graphiquement, on peut dire que les dessins rendent justice à l’ambiance glauque du titre, et tous les artistes s’en tirent avec brio, bien que Cliff Chiang soit un poil en dessous des autres (mais ça reste tout à fait correct, et l’on sait que l’artiste a bien progressé depuis, et il fait ici face à une concurrence au sommet de sa forme). La colorisation est parfaite et permet de souligner l’atmosphère qui règne sur Gotham City, cette ville menaçante et fascinante. On est loin du style habituel des comics mainstream, et c’est ici totalement justifié, contentons nous d’apprécier pleinement ces magnifiques planches, proposées dans une édition qui les met bien en valeur (ce papier traditionnel est bien plus intéressant qu’un papier glacé pour rendre efficacement les couleurs).

Gotham Central s’achève donc sur un tome de qualité, qui contient des enquêtes magnifiquement scénarisées et illustrées avec talent. On voit trop peu souvent de séries de cette trempe, et il est tout à fait intéressant de pouvoir suivre durant tous ces épisodes la vie des policiers du GCPD. On s’attache facilement aux personnages, et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne ressort pas indemne de cette lecture, qui a marqué nombre d’entre nous, et devrait faire de l’effet à tous ceux qui s’y essaieront. Toute bonne bibliothèque d’amateur de bande-dessinée se doit de contenir ce titre, et ce serait une véritable hérésie que de l’ignorer.