Dans les commentaires de notre top précédent, consacré à Grant Morrison, un de nos lecteurs facétieux a suggéré que nous fassions un classement des pires histoires de DC jamais écrites. Puisqu’on veut utiliser les bonnes idées avec parcimonie, nous avons décidé de garder le concept, mais en le restreignant aux titres New 52, pour renvoyer à notre top de Mars qui récompensait les dix meilleurs de cette même période. Cette astuce nous permettra de recycler l’idée des pires récits pour la décliner sous divers modes : top 10 des pires mini-séries, top 10 des pires histoires de Batman, top 10 des pires histoires mettant en scène Ambush Bug, top 10 des pires histoires où un personnage secondaire insignifiant trouve la mort, top 10 des pires histoires sorties soit en janvier soit en avril, top 10 des pires histoires inscrites dans un arc commençant par un B, top 10 des pires histoires où aucun personnage ne va jamais aux toilettes, etc. La seule limite à ces variations sans fin inspirées par ce lecteur facétieux sera notre imagination !

Nous avons choisi de présenter ce top comme le top 10 ‘des plus grosses déceptions des New 52‘ plutôt que des pires histoires tout court, car il y a de nombreux récits à la réputation calamiteuse sur lesquels nombre d’entre nous ne se sont même pas penchés, par exemple Katana. Dans ce sens, peut-être que Hawk & Dove vaut mieux que Batgirl, mais nous prenons en compte le fait que nous étions nombreux à attendre davantage de Gail Simone sur Batgirl plutôt que de Liefeld sur Hawk & Dove, voyez comment ? Ceci dit, malgré ce détail subtil, la sélection a été extrêmement rude, contraignant le staff à replonger dans des souvenirs douloureux que nous aurions voulu laisser derrière nous. On peine à s’en remettre, et ce fut même pour Freytaw le coup fatal puisque ce fut sa dernière contribution avant son départ officiel du site. Vous voyez à quels sacrifices on consent pour vous faire plaisir !

Comme d’ordinaire, vous êtes cordialement invités à balancer vos pires souvenirs à vous (vous verrez, la sélection est dure, plus hard que les coups de cœur des New 52 qui étaient, au demeurant, vachement moins nombreux). De même, si vous voulez nous épargner la peine de devoir trouver un sujet pour le prochain Top 10, creusez-vous les neurones à notre place et donnez-nous de bonnes idées. On compte sur vous !


Grifter_Vol_3_1 10. Grifter

Publication : 2011-2013
Nombre de numéros : 17
Noms douloureux : Rob Liefeld
ReviewFreytaw

Création de Jim Lee lorsque celui-ci était chez WildstormGrifter est une engeance typique des nineties, un de ces super-héros radicaux davantage portés sur les flingues que sur les poings. Mais malgré cette direction qui pourrait faire grincer des dents à certains, il s’est détaché de ses collègues de Wildstorm par un charisme certain, assez pour le doter du potentiel de tenir un titre solo.

C’est donc avec des yeux remplis d’espoir qu’on s’est tournés vers sa série lors du reboot des New 52, hélas le très nineties Rob Liefeld a mis tout le monde d’accord : c’était pas terrible. Souffrant d’une caractérisation bancale, et d’un casting secondaire quasiment inexistant, Rob Liefeld a contribué à créer le sentiment que DC ne savait pas trop quoi faire de ce roster Wildstorm fraîchement intégré à son nouvel univers. Un gâchis d’autant plus dommage que le personnage porte un potentiel certain !

Justice_League_of_America_Vol_3_1 9. Justice League Of America

Publication : 2013-2014
Nombre de numéros : 14
Noms douloureux : Geoff Johns, Matt Kindt
ReviewArnoKikoo / TheRiddler (Vol. 1) ; ArnoKikoo (Vol. 2)

Débarquant juste après le très bon Throne of Atlantis, ce nouveau titre avait tout pour lui à une période où on avait pardonné à Geoff Johns ses débuts pâteux sur Justice League grâce à ce formidable cross-over avec Aquaman. À la partie graphique, on trouvait David Finch, à la réputation encore plus ou moins entière, alors que son travail sur ce titre allait contribuer à la ternir. Rajoutez-y un casting sympathique de personnages jusqu’à présent peu ménagés par les New 52 (Martian ManhunterGreen ArrowVibe, etc.), et une pochette qui faisait un bel hommage à la célèbre photo prise à Iwo Jima, bref on en attendait, et on aurait mieux fait de pas trop en attendre.

Le problème de cette série est qu’elle était uniquement dirigée vers l’event, lui-même pas très mémorable, de Trinity War, et qu’elle ne faisait même pas d’efforts pour le dissimuler. On se retrouvait avec une team sortie un peu de nulle part, lancée dans un premier arc purement mécanique où les interactions de ses membres peinaient à prendre consistance. Même Urban, qui avait d’abord prévu de lui accorder une série à soi dans son catalogue, s’est rétracté, embarrassé, pour l’intégrer à sa série Justice League en tome 4, en reconnaissant qu’elle n’avait pas assez d’arguments pour bâtir sa propre identité. Le souffle s’est affaibli jusqu’à son annulation, qui laissa heureusement la place à la Justice League United, laquelle montrant un peu ce à quoi aurait dû ressembler cette Justice League of America morte-née.

Lobo_Vol_3_1 8. Lobo

Publication : 2014-…
Nombre de numéros : en cours
Noms douloureux : Cullen Bunn
ReviewHarleyHuntress

La place de cette série dans ce classement tient peut-être moins à sa médiocrité intrinsèque, surtout lorsqu’on la compare aux autres bouses de ce top, qu’aux raisons qui ont mené à sa création. C’est vrai, entre un Cullen Bunn et un Liefeld ou un Lobdell, on serait nombreux à préférer le premier nommé. Mais le problème c’est que cette série ne servait qu’à faire accepter aux lecteurs la suppression d’un personnage qui leur était cher – le Lobo metalleux d’origine – pour le remplacer par un équivalent formaté, édulcoré et rappelant avec douleur le sort similaire subi par la Amanda Waller des New 52, s’inscrivant dans une intention d’uniformiser les personnages de son écurie en laissant peu ou pas de places à ceux qui se détacheraient de la masse.

Comme si ça ne suffisait pas, ce nouveau Lobo n’a pas hésité dès ses débuts à commencer par s’attaquer à l’old-school histoire de montrer qu’il ‘est vachement plus balèze quoi’. Hélas, ni la violence du titre, qui désirait ne rien avoir à envier aux massacres sanglants au passif du Lobo d’origine, ni l’honnêteté relative des histoires, ne nous ont consolés de voir disparaître un personnage emblématique et atypique, qu’on espère encore voir reprendre la place qui lui est due un jour ou l’autre.

Teen_Titans_Vol_4_1 7. Teen Titans

Publication : 2011-2014 ; 2014-…
Nombre de numéros : 31 (1er jet) ; en cours (2ème jet)
Noms douloureux : Scott Lobdell, Will Pfeifer
Review : Freytaw (1er jet) ; Nathko (2ème jet)

Les équipes d’ados, ça a toujours du potentiel. On a eu pour se le prouver les merveilleux New Teen Titans de Wolfman et Pérez, les Teen Titans de Geoff Johns, ou encore, sous un autre format, la série animée Young Justice. Alors, pourquoi, Lobdell, pourquoi ? Si, selon certains, l’auteur essuie trop souvent des critiques injustifiées, la paresse qu’il a étalée sur ce titre n’invite pas aux scrupules lorsqu’il s’agit de pointer ses défauts du doigt.

Alourdi par le trait liefeldien d’un Brett Booth pas en grande forme, le scénario de la première itération de cette série oubliait quasiment de développer ses personnages. Balancés dans un nouvel univers sans même que leurs origines soient racontées, ils avaient également le défaut de se prendre trop au sérieux, empêchant à la série de gagner ce ton ‘teen’ qui a fait le succès de tant d’histoires des Teen Titans, justement. Et la reprise de Will Pfeifer, également très négligeant sur la caractérisation, n’a pas tranché assez avec les déboires de Lobdell pour nous permettre de croire à nouveau dans les Teen Titans. À quand un type sérieux aux commandes de cette équipe ?

Hawk_and_Dove_Vol_5_1 6. Hawk & Dove

Publication : 2011-2012
Nombre de numéros : 8
Noms douloureux : Sterling Gates, Rob Liefeld
Review : Freytaw

Unanimement considérée comme une des pires séries des New 52Hawk & Dove est un pur concentré de mauvais goût extrait des années nonante, assez calamiteux pour en avoir fait une des toutes premières annulations depuis le reboot. Essayant maladroitement de tirer des ponts vers Brightest Day, les rares tentatives de direction menées par Liefeld s’écrasaient lamentablement. Une caractérisation ridicule, une absence de background, des vilains insipides, un Deadman malmené – alors que son implication en soi n’était pas une mauvaise idée, rien ne fonctionnait par ici.

Alarmés par la médiocrité du titre, les pontes de DC se sont dits : ‘Merde, on a merdé en foutant Liefeld là-dessus. Qu’est-ce qu’on fait pour rattraper la sauce ?‘ Et là, un stagiaire a répondu : ‘On fout Batman ! Il est trop stylé Batman !‘ Ni une, ni deux, Batman et Robin ternissent leur réputation en apparaissant en guest dans ‘le pire des New 52‘. Leur arrivée était, comment dire, embarrassante ? On est que trop ravis qu’elle n’ait pas suffi à sauver la série d’une annulation précoce.

Deathstroke_Vol_2_1 5. Deathstroke

Publication 2012-2013 ; 2014-…
Nombre de numéros : 21 (1er jet) ; en cours (2ème jet)
Noms douloureux : Rob Liefeld
Review : Freytaw / darthfry (1er jet) ; Nathko (2ème jet)

Un peu dans la même veine que GrifterDeathstroke, alias Slade Wilson, est un personnage aux airs bad-ass et violents qui dissimulent en fait une personnalité fascinante. Mais ça, c’est quand il est exploité, bordel ! Ici, on a un Kyle Higgins mollasson qui a visiblement manqué de faire ses devoirs, car plutôt que de miser sur le charisme de son personnage, il a juste retenu que c’était une bête aux combats, occasion pour Higgins d’enchaîner les scènes d’action décérébrées ne rendant pas justice à Slade Wilson.

Mais ça, c’était la bonne partie. Parce qu’ensuite débarqua ce cher et bien aimé Rob Liefeld (j’ai l’impression qu’on ne parle que de lui dans ce classement), et ses scripts faisaient passer le premier arc de Higgins pour le plus subtil des travaux de Morrison. Que ça vous serve de leçon, zut : mettre Liefeld sur un titre, c’est le condamner à l’annulation.

Green_Arrow_Vol_5_1 4. Green Arrow

Publication : 2011-…
Nombre de numéros : en cours
Noms douloureux : Ann Nocenti, J.T. Krul
Review : Freytaw (Vol. 1) ; Freytaw (Vol. 2)

Alors personnellement, j’aimerais pouvoir inclure dans cette déception le run de Jeff Lemire qui, à mes yeux, hormis les dessins vraiment chouettes de Sorrentino, est vraiment léger en terme de script et de caractérisation, mais mon honnêteté légendaire me contraint à reconnaître que ce sont plutôt les déboires de Ann Nocenti qui ont marqué les esprits sur cette série. Peut-être même que si la demoiselle, pourtant dans le milieu des comics depuis un bail, n’avait pas été aussi décevante, la reprise de Lemire n’aurait pas été aussi acclamée, le Canadien ayant beaucoup profité à son arrivée sur le titre de la comparaison avec ce qui avait été accompli auparavant.

C’est toujours un gros mystère pour moi lorsque les auteurs travaillent avec application à rendre leur personnage principal profondément antipathique aux lecteurs. Vous savez, ça n’apporte pas de réalisme ou que sais-je : c’est juste pénible. C’est juste pénible d’être coincé pendant 150 pages avec un benêt arrogant, insupportable, et de ne pas savoir comment y échapper. Ah si, il y a une manière de s’en sortir, c’est de suivre Urban qui a tout simplement ignoré les débuts désolants de cette série pour prendre le coche dès l’arrivée de Lemire. Faites pareil, vous ne manquerez rien, croyez-nous.

Damian_Son_of_Batman_Vol_1_1 3. Damian : Son of Batman

Publication : 2013-2014
Nombre de numéros : 4
Noms douloureux : Andy Kubert
ReviewZeppeli / HarleyHuntress

Alors, Andy Kubert, je t’aime bien. Si, franchement. Non seulement t’es issu d’une famille illustre (fils du grand Joe Kubert, frère du talentueux Adam Kubert), mais en plus t’as des belles pièces au compteur, que ce soit aux côtés de Grant Morrison sur Batman ou aux côtés de Neil Gaiman sur le fameux Whatever Happened To The Caped Crusader ? Mais pitié, Andy, contente-toi de dessiner, et laisse le scénario à d’autres !

Encore traumatisé par le numéro du Villains Month consacré au Joker par ce même Andy Kubert (pardon : consacré au singe du Joker, pas au Joker [ils se sont trompés sur la couverture]), on tremblait à l’idée d’une mini-série consacrée au fantastique personnage qu’est Damian Wayne – de joie si ç’avait été un autre, de détresse en entendant le nom d’Andy Kubert. Entre une caractérisation lamentable tranchant encore plus violemment avec l’essence de Damian que s’ils avaient décidé, disons, d’en faire un vampire ou une icône de propagande soviétique, et entre des idées profondément mauvaises jusque dans leur essence (si je vous dis ‘chat’ et ‘Alfred‘ vous suivez ?), ce Damian – Son of Batman était mauvais, et était une déception d’autant plus grande que, à DC Planet, on adore Damian.

Catwoman_Vol_4_1 2. Catwoman

Publication : 2011-…
Nombre de numéros : en cours
Noms douloureux : Ann Nocenti, Judd Winick
Review : HarleyHuntress (Vol. 1) ; Biggy (Vol. 2) ; Zeppeli (Vol. 3) ; Zeppeli (Vol. 4)

En général, Urban a été plutôt avisé dans le choix des séries destinées à la collection DC Renaissance. Préférant le run de Grant Morrison à celui de Pérez puis Lobdell pour Superman, fermant les yeux sur les débuts de Green Arrow, n’hésitant pas parfois à aller piocher dans du plus underground lorsque la qualité y était, comme pour OMAC, bref, en général, une politique éditoriale assez réussie. Mais chaque règle porte son exception, et difficile d’expliquer autrement que par les quotas féminins la présence de ce titre affligeant dans leur catalogue, doublé d’une volonté visible de ne pas l’annuler puisqu’ils enchaînent les sorties alors que Supergirl, déjà moins mauvaise, traîne toujours à son premier volume.

Démarrant en pleine polémique avec un Judd Winick graveleux hyper-sexualisant son personnage, on se plaignait sans savoir que le pire était à venir, puisque, boum !, Ann Nocenti débarque pour clouer le bec à tous les détracteurs de Winick en montrant à tout le monde ce que c’est de ne vraiment pas savoir écrire. C’est vraiment un geste plein de sollicitude que la scénariste a ici accompli pour son prédécesseur sur le titre. En attendant, Urban a tellement honte de cette série qu’elle a choisi de la rebooter suite au départ de Ann Nocenti pour diminuer les risques d’amalgame entre cette dernière et Genevieve Valentine.

Batgirl_Vol_4_1 1. Batgirl

Publication : 2011-…
Nombre de numéros : en cours
Noms douloureux : Gail Simone
Review : Freytaw (Vol. 1) ; Freytaw (Vol. 2) ; ArnoKikoo (Vol. 3-5)

Énorme déception. D’autant plus énorme que, comme pour d’autres mentions de ce classement, il y avait de quoi en attendre beaucoup. Le reboot avait en effet violemment affecté Barbara Gordon en lui redonnant l’usage de ses jambes, c’était l’occasion de prendre une direction neuve et fraîche, en profitant de ce changement de statuo quo radical. En plus, à l’écriture, c’était pas Ann Nocenti quoi, c’était Gail Simone ! La même qui tenait au compteur les merveilleux Secret Six ou les Birds of Prey – qui comprenaient la même Barbara Gordon en plus !

Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Gail Simone s’est souvent plainte de contraintes éditoriales trop envahissantes, l’obligeant à assombrir à tort et à travers ses histoires pour se calquer sur le ton du Bat-verse. La pauvre, mal à l’aise avec les impératifs qui lui étaient donnés, aérait avec fort mauvais goût cet assombrissement de touches ‘girly’ et ‘teen’ complètement ratées, amenant sa série à boiter tant et si bien qu’elle faisait passer Lord Byron (qui boitait) pour un marathonien kenyan. Avec ça, on retrouvait de ces idées profondément mauvaises jusque dans leur conception comme Andy Kubert aurait pu les concocter, comme lors de ce final désespérant où Barbara fini bodybuildée à la Bane. Si, si. On aurait aimé croire à un poisson d’avril.


En interne, on tient un énorme consensus pour Batgirl, loin devant tous les autres. Dès Deathstroke en revanche le classement devient nettement plus serré, éparpillé sur une large sélection de titres témoignant de la quantité de séries moyennes dont nous ont affligé les New 52 à côté de ses bonnes surprises, et dont la majorité n’a pas réussi à tracer son chemin jusqu’à ce top 10. En termes de compatibilité, c’est Julien qui, une fois encore, synthétise le mieux les déceptions de la rédac’, seuls The Ravagers et Katana n’ayant pas terminé ici parmi ses choix. Le prix de la dissidence revient à MadAsAHatter, ne partageant l’avis du staff que pour Catwoman.

De la même manière que le top 10 des meilleurs titres New 52 servait à montrer qu’il y avait aussi de bonnes choses dans les New 52, le top ci-présent relativise cet argument en rappelant que les New 52, c’était hélas aussi un gros paquet de trucs à la limite de l’illisible. Heureusement, si on ne s’appelle pas Freytaw, rien ne nous oblige à tout acheter !

Alors à vous maintenant ! C’était quoi vos pires lectures dans les New 52 ?