Alors que The Multiversity s’est achevé en grandes pompes en Avril dernier, on ne sait toujours pas ce qui adviendra de Grant Morrison chez DC Comics, hormis l’arrivée peut-être prochaine du graphic novel Wonder Woman : Earth-One. S’il est à craindre que l’auteur tire sa révérence chez DC Comics, après près de trente ans d’une fidélité quasi-continue, on décide chez DC Planet de se consoler en revenant sur les pierres marquantes de sa carrière chez DC. Et elles ne manquent pas !

Remarquez que, lors de la sélection, nous avons choisi de distinguer Arkham Asylum : A Serious House On Serious Earth et Batman – Gothic (Legends of the Dark Knight #6-10) de son run ultérieur sur Batman, comme nous avons séparé l’event DC One Million de son run sur la JLA, compte tenu d’une mini-série distincte, donnant de la sorte au staff l’occasion de répartir différemment les votes. Par ailleurs, nous n’avons pas tenu compte des œuvres co-écrites par Grant Morrison comme 52 ou son bref passage sur Flash avec Mark Millar.

Avant de commencer cependant, nous aimerions vous inviter, comme d’habitude, à partager vos classements à vous dans les commentaires (ouuh comme il fait comme Grant Morrison en s’adressant au lecteur aïtz), mais également à vous faire savoir que vous êtes libres de soumettre des idées de thèmes de futur classement si l’inspiration vous vient ! On se creuse parfois la tête au milieu de toutes les possibilités qui s’offrent à nous pour cette rubrique, vous nous facilitez la tâche si vous nous dites comment vous faire plaisir !


Seven Soldiers Of Victory - Grant Morrison 10. Seven Soldiers Of Victory

Publication : Avril 2005 – Décembre 2006
Détails : Seven Soldiers #0-1, Seven Soldiers : Frankenstein #1-4, Seven Soldiers : Guardian #1-4, Seven Soldiers : Klarion The Witch Boy #1-4, Seven Soldiers : Mister Miracle #1-4, Seven Soldiers : Shining Knight #1-4, Seven Soldiers : The Bulleteer #1-4, Seven Soldiers : Zatanna #1-4
Dessin : Doug Mahnke, J.H. Williams III, Cameron Stewart, Frazer Irving, Pasqual Ferry, Yanick Paquette, Ryan Sook & Simone Bianchi
Review : Harley Huntress

En dixième place de ce classement, on trouve ne trouve pas un run à proprement parler, mais un ensemble de mini-séries lancées successivement autour de 2005. À travers celle-ci, le grand maître écossais explorait des facettes parfois oubliées du DC Universe, comme Klarion, qui n’avait quasiment pas réapparu depuis Jack Kirby. Les héros les plus célèbres devaient être Mister Miracle (mais pas Scott Free, donc ça relativise) et Zatanna, c’est dire ! Ces mini-séries se concentraient sur des intrigues apparemment déconnectées, qui étaient peu à peu ralliées avant d’être rassemblées définitivement dans le numéro #1 de la série-mère qui a refermé le livre. Imprégné de magie sans pour autant se départir d’un sens réaliste des situations et des dialogues – Zatanna qui rejoint une sorte de club d’alcooliques anonymes pour parler de son addiction dangereuse à la magie – Seven Soldiers parvenait également à faire grandir une tension terrible en arrière-plan. Du reste, son plus grand mérite était de montrer que le DC Universe profitait d’une réelle diversité qui n’attendait que le bon auteur pour l’exploiter avant d’être appréciée.

De nombreux artistes se partagaient les différentes mini-séries, dans des directions parfois très différentes, pour s’en convaincre on jettera un oeil au travail de Frazer Irving sur Klarion The Witch Boy. Mais chacun mettait en avant une patte particulière et le niveau moyen esthétique était excellent. Ces mini-séries ont été collectées dans leur intégralité à deux reprises, tout d’abord dans une première série de quatre tpbs sortis entre 2006 et 2007, puis, plus récemment, dans deux éditions souples deluxe sorties en 2011 et 2012 – dont Harley a d’ailleurs fait la review du premier tome.

Final Crisis - Grant Morrison 9. Final Crisis

Publication : Juillet 2008 – Mars 2009
Détails : Final Crisis #1-7, Final Crisis : Submit #1, Final Crisis : Superman Beyond #1-2
Dessin : J. G. Jones, Carlos Pacheco, Doug Mahnke & Matthew Clarke
Review :

On pourra être surpris de la relative faible place de cet event en dépit de son importance historique. Cet enthousiasme poli s’explique par son inaccessibilité extrême, synthétisant d’une certaine manière tout ce qui se reproche à Grant Morrison sur Internet. Pourtant l’event n’est pas dénué de qualités, renvoyant à Crisis On Infinite Earths d’une part, avec notamment le retour de Barry Allen ou l’implication des Monitors, et, d’autre part, au travail de Jack Kirby, à travers une utilisation merveilleuse de la mythologie des New Gods, l’importance de Dan Turpin ou du Command D, sous Blüdhaven. Probablement inspirée par une intelligence supra-humaine, l’intrigue, bien que concentrée sur un nombre de numéros plus restreints que Crisis On Infinite Earths, est infiniment riche et, collatéralement, confuse, multipliant les causes qui deviennent des conséquences, les voyages dans le temps et les retournements de situation inattendus.

Au départ, Final Crisis était planifié pour être dessiné dans son entièreté par J. G. Jones, mais des retards de l’artiste, qui influèrent sur le rythme de parution du titre, amenèrent DC à lui retrouver des remplaçant pour une partie des numéros de la série. L’event a évidemment été réédité à de nombreuses reprises depuis, permettant de ne pas souffrir des délais en lisant tout d’une traite. Dix fois au moins, pour tout comprendre.

We3 - Grant Morrison 8. We3

Publication : Octobre 2004 – Mars 2005
Détails : We3 #1-3
Dessin : Frank Quitely
Review : Deiimo

Première collaboration de Grant Morrison avec son ami Frank Quitely à figurer dans ce top 10, We3, publié par Urban en Juin 2012, retrace les aventures de trois animaux sur lesquels des êtres mal intentionnés ont procédé à diverses expériences pour en faire des armes. Heureusement, ils parviennent à leur échapper, s’ensuit une sorte de remake mélancolique de L’Incroyable Voyage où leurs bourreaux cherchent à les récupérer.

Quasiment dénué de paroles, pacifiste et engagé en faveur de la cause animalière – thème qu’on avait déjà retrouvé quinze ans plus tôt dans les pages d’Animal ManWe3 est une oeuvre intime, discrète, mais terriblement touchante. Elle est par ailleurs merveilleusement servie par le trait de Frank Quitely, dont le talent s’affirme encore davantage lorsqu’il s’agit de représenter des bêtes plutôt que des hommes. C’est pour ses raisons qu’on l’apprécie assez pour la faire figurer aux côtés d’oeuvres plus massives, en dépit de sa brièveté extrême – seulement trois numéros !

Animal Man - Grant Morrison 7. Animal Man

Publication : Septembre 1988 – Août 1990
Détails : Animal Man #1-26
Dessin : Chaz Truog, Tom Grumett & Paris Cullins
Review : 

La reprise du personnage d’Animal Man fut le premier travail d’envergure de Grant Morrison chez DC Comics. Déterrant un oublié du  DC-verse, dans une démarche similaire à celle de son compatriote Neil Gaiman sur Black Orchid peu de temps auparavant, il a proposé une approche nouvelle sur Buddy Baker ; nouvelle pour le personnage, mais aussi nouvelle pour les comics, tant son run regorge de concepts inattendus.

Bien que rapatriée plus tard chez Vertigo, la série était alors profondément ancrée dans le DC Universe, notamment à travers l’implication de Animal Man dans la Justice League Europe, ce qui permit des apparitions de Thanagariens ou de Martian Manhunter sur le titre. Même s’il est arrivé que ces liens parfois imposés embêtassent sir Morrison, loin de renier l’héritage de DC Comics il le célèbre franchement le long d’une intrigue continue à la construction exemplaire, lâchant des pistes en direction de son final – et quel final messieurs ! – dès ses balbutiements. Niveau dessin, s’il n’y a rien à redire aux efforts de Chaz Truog, c’est souvent les couvertures somptueuses de Brian Bolland qu’on met avant lorsqu’on parle de ce titre, et il n’y a pas à douter qu’elles ont également contribué à son succès. Côté librairie on trouvera ces 26 numéros soit dans un omnibus recueillant tout le run de l’Écossais, soit dans trois tpbs de la réédition méthodique de la série qu’a entreprise DC, poussant jusqu’aux runs moins réussis de Tom Veitch ou Jamie Delano, qui ne sont jamais vraiment parvenus à sortir de l’ombre de leur prédécesseur en dépit de leurs efforts.

Invisibles - Grant Morrison 6. The Invisibles

Publication : Septembre 1994 – Juin 2000
Détails : The Invisibles (Vol. 1) #1-25, The Invisibles (Vol. 2) #1-22, The Invisibles (Vol. 3) #12-1 + des extraits des numéros spéciaux Absolute Vertigo #1 et Vertigo : Winter’s Edge #1
Dessin : Steve Yeowell, Jill Thompson, Chris Weston, John Ridgway, Steve Parkhouse, Paul Johson, Phil Jimenez, Tommy Lee Edwards, Mark Buckingham, Michael Lark, Philip Bond, Ivan Reis, Warren Pleece, Sean Philips, Ashley Wood, Rian Hughes, Cameron Stewart, Dean Orston, Frank Quitely
Review : 

The Invisibles est sans doute le travail le plus massif, le plus riche, le plus intense, le plus fou mais aussi le plus personnel, qu’a accompli Grant Morrison chez DC Comics. À la lecture du Sandman de Neil Gaiman, l’auteur de The Multiversity s’est exclamé : ‘C’est ça ce que je veux faire !‘ Enviant la liberté dont profitait Gaiman pour construire son propre univers, approchant tantôt des personnages secondaires le temps d’une sous-intrigue, tantôt concentrée sur le roster principal des Infinis.

The Invisibles propose au lecteur de suivre cinq personnages, formant une cellule d’une sorte d’association secrète terroriste visant à empêcher un mystérieux nouvel ordre mondial extraterrestre de s’installer. Boosté par des personnages au charisme inégalable, King Mob en première ligne, le titre se distingue par son traitement, parfois cryptique, de thèmes chers à Morrison comme la magie, la conception du temps, de l’espace et de l’univers. Après un démarrage tonitruant emmenant les personnages principaux dans le passé à la rencontre du Marquis de SadeGrant Morrison, déçu par les ventes, apprit à donner à ces intrigues des airs plus terre-à-terre, proposant un bel équilibre de narration qui offre néanmoins un plaisir augmenté à chaque relecture. En attendant l’attention d’Urban, on peut retrouver l’intégralité de la série en une édition de six softcovers débutées dans les années 90, mais également dans un énorme omnibus de plus de 1500 pages, ou encore dans les récentes éditions deluxe, en hardcover, qui regroupe le tout en quatre tomes, le dernier étant annoncé pour Juillet 2015.

JLA - Grant Morrison 5. JLA

Publication : Janvier 1997- Septembre 2000, Janvier 2005 – Mars 2005
Détails : JLA #1-17, #22-26, #28-31, #34, #36-41, #1’000’000, JLA : Secret Files & Origins #1, JLA/WildC.A.T.S. #1, Prometheus #1, JLA : Earth-2, JLA Classified #1-3
Dessin : Howard Porter, Óscar Jimenéz, Val Semeiks, Arnie Jurgensen, Frank Quitely, Ed McGuinness
Review : darthfry

Alors qu’il était en plein dans ses délires hallucinés sur The InvisiblesDC a confié le reboot de la Justice League à l’Écossais, qui reprenait pour la première fois depuis des années le roster des ‘big seven’ – composé de SupermanBatmanWonder WomanFlashGreen Lantern, Aquaman et Martian Manhunter. Sans surprise, ce fut un succès colossal, financier et critique. Grant Morrison prouvait que l’on pouvait tâter du super-héroïque mainstream tout en proposant des récits d’une redoutable intelligence.

Le run de Grant Morrison, fidèle à son habitude, puise allègrement dans le passé. Ça n’est ainsi pas une surprise de le voir réintroduire Starro The Conqueror lors d’un récit qui fera date. Il renvoie aussi allègrement aux crisis qu’avaient traversées la Ligue avant ‘la’ Crisis, notamment dans l’arc Crisis Time Five ou le graphic novel JLA : Earth-2. Inévitablement, son amour pour Jack Kirby transparaît lors d’une histoire fabuleuse mêlant présent et futur. Ajoutez-y un soin particulier au développement de chaque personnage, même lorsqu’il s’agissait de cas aussi difficiles que le Superman Blue ou Kyle Rayner, et vous obtiendrez tout simplement le modèle de ce à quoi devrait ressembler un titre Justice League. Si vous ne comptez pas attendre les rééditions d’Urban, annoncées à la fin du volume de Justice League of America – Tome 0, vous pouvez tâter des éditions deluxe récemment sorties par DC, les versions hardcover ayant le mérite d’inclure son court passage sur JLA : Classified ainsi que le JLA : Earth-2, mais ont le défaut de sauter les interludes, très bons également, de Mark Waid et Mark Millar.

All-Star Superman - Grant Morrison 4. All-Star Superman

Publication : Janvier 2006 – Octobre 2008
Détails : All-Star Superman #1-12
Dessin : Frank Quitely
Review : Nathko

En 2005, DC décida d’accorder de la visibilité à ses deux plus grandes icônes en mettant littéralement les meilleurs scénaristes, avec les meilleurs artistes, sur leurs meilleurs personnages. On a ainsi eu droit à un chef-d’oeuvre incompris – All-Star Batman & Robin The Boy Wonder – et à une bouse surestimée – All-Star Superman. À moins que ça soit l’inverse, je ne suis plus sûr.

Quoi qu’il en soit, dans ce récit hors-continuité, consacré par beaucoup comme ‘la plus grande histoire de Superman de tous les temps’, Grant Morrison a célébré le personnage de Superman sous toutes ses facettes en racontant ses derniers instants. Sans surprise, il pioche dans le Silver Age, mais met également en avant sa relation de toujours avec Lois Lane, une manière de dire qu’elle était là au début, qu’elle doit être là à la fin. Il rappelle de quelle manière Superman peut être inspirant, et pas seulement dans les limites de la fiction et de la couverture cartonnée qui renferme le récit. Sans même s’être attardé sur le travail de Frank Quitely, qui signe ici parmi les plus belles planches de sa carrière, on prendra peu de risques en déclarant qu’il s’agit d’un incontournable, disponible en VO comme en VF dans de nombreuses éditions.

Arkham Asylum - Grant Morrison 3. Arkham Asylum – A Serious House On Serious Earth

Sortie : Octobre 1989
Détails : Arkham Asylum – A Serious House On Serious Earth
Dessin : Dave McKean
Review : TheRiddler

Dans la foulée du succès du Killing Joke d’Alan Moore et pour marquer la sortie du film de Batman de Tim BurtonDC a fait preuve d’audace en mettant deux jeunes talent fraîchement recrutés sur un one-shot atypique. L’audace a payé : l’ouvrage s’est écoulé à des centaines de milliers d’exemplaires, en faisant le graphic novel le mieux vendu de l’histoire des comics. Rien que ça.

Il faut dire que tant des dessins hors du commun de Dave McKean, qui s’était déjà fait timidement remarquer sur Black Orchid, tant de l’approche novatrice de Grant Morrison, ce comic book a quelque chose de révolutionnaire. L’idée de Grant Morrison de faire un parallèle entre la folie des vilains qu’il combat et son propre combat contre le crime imprégna tellement les esprits que nombreux fans actuels de la chauve-souris, en 2015 encore, n’hésitent pas à considérer cette approche, inédite à l’époque, comme canon. Privilégiant une descente aux enfers onirique, plus en accord avec le style de Dave McKean, à une action déferlante, Arkham Asylum : A Serious House On Serious Earth contribua également à repousser les limites du possible dans les comics. Un autre incontournable, évidemment, qu’on peut trouver sans peine en VO comme en VF.

The Multiversity - Grant Morrison 2. The Multiversity

Sortie : Octobre 2014 – Juin 2015
Détails : The Multiversity #1-2, The Multiversity : The Society Of Super-Heroes #1, The Multiversity : The Just #1, The Multiversity : Pax Americana #1, The Multiversity : Thunderworld Adventures #1, The Multiversity : The Guidebook #1, The Multiversity : Mastermen #1, The Multiversity : Ultra Comics #1
Dessin : Ivan Reis, Chris Sprouse, Ben Oliver, Frank Quitely, Cameron Stewart, Jim Lee, Doug Mahnke et un paquet d’autres pour le Guidebook
Review : Freytaw

La dernière contribution en date de Grant Morrison à DC Comics a récolté en masse les faveurs du staff. Peut-être sommes-nous encore sous le choc de l’émotion, peut-être est-ce la manière dont The Multiversity tranchait avec une production actuelle de DC en moyenne plutôt… moyenne, difficile à dire faute de recul.

Néanmoins il est certain que cette oeuvre n’a pas à rougir des précédentes explorations du DC Universe de Grant Morrison. Dans une démarche qui rappelle un peu les Seven SoldiersThe Multiversity est ainsi partagée entre une mini-série lançant l’intrigue, et des one-shots se penchant sur des facettes de DC Comics parfois obscures (les Freedom Fighters), parfois reniées (la Marvel Family). L’Écossais montre même qu’il est encore possible en 2015 de faire du neuf, en témoigne le numéro the The Multiversity : The Just #1, prouvant que les années 80 et 90 n’avaient pas l’exclusivité de la créativité. Et rien que pour ce signal optimiste, The Multiversity mérite une mention.

Batman - Grant Morrison 1. Batman

Publication : Septembre 2006 – Septembre 2013
Détails : Batman #655-683, #700-702, Batman And Robin #1-16, Batman : The Return #1, Batman : The Return Of Bruce Wayne #1-6, Batman Incorporated (Vol. 1) #1-8, Batman Incorporated : Leviathan Strikes ! #1, Batman Incorporated (Vol. 2) #0-10, #12-13
Dessin : Andy Kubert, John Van Fleet, Tony S. Daniel, J.H. Williams III, Ryan Benjamin, Lee Garbett, Frank Quitely, Scott Kolins, David Finch, Philip Tan, Cameron Stewart, Andy Clarke, Dustin Nguyen, Frazer Irving, Chris Burnham, Chris Sprouse, Yanick Paquette, Georges Jeanty, Scott Clark
Review : Biggy

En tête de ce classement, vous retrouverez le travail titanesque accompli par Grant Morrison en sept ans sur le personnage-phare de DC Comics. Comment ne pas acclamer le génie et l’inspiration dans ce long run qui a réécrit la mythologie de Batman, pensons à l’introduction de Damian Wayne en premier lieu. Cette réécriture eut d’ailleurs la particularité, de ne pas tirer un trait ce qui avait été avant, dans une démarche peut-être opposée à celle que suit Scott Snyder dont les retcons s’accordent parfois mal avec le passif du personnage. Au contraire, Grant Morrison s’est acharné à intégrer et rendre cohérent une continuité de 75 ans, avec le lot d’éléments farfelus qu’elle apporte, tout en célébrant la puissance et l’invincibilité du justicier masqué.

Les arcs furent variés et d’une fraîcheur inouïe : qu’il s’agisse de l’introduction de Damian, du Club des Héros, de la menace du Dr Hurt ou de l’installation de la multi-nationale Batman Incorporated, visant à étendre la lutte contre le crime à toutes les nations du monde, il y a dans ce run un foisonnement d’idées à en faire pâlir de honte le meilleur scénariste. Batman + Morrison oblige, c’est évidemment disponible aisément en VO comme en VF, Urban ayant eu le soin de consacrer une série particulière à ce run, Grant Morrison Présente Batman, munie de préfaces permettant aux néophytes de mieux saisir le génie de Grant Morrison, qui transparaît ici avec éloquence.


Batman fut un énorme succès en interne, n00dle étant la seule forte-tête à avoir fait de la résistance, lui préférant des œuvres plus inattendues comme The Filth ou Flex MentalloArkham Asylum, donc toujours du Batman, le suivait de tête, également ignoré par n00dle mais également par Nathko. La plus grande compatibilité – 90 % – revient à TheRiddler , qui affiche ici son fort bon goût, lequel contraste avec sa désagréable habitude de parler de lui à la troisième personne. On relèvera le score honorable de Flex Mentallo, pourtant ‘simple’ spin-off à la Doom Patrol, qui talonnait de près les Seven Soldiers.

Il va sans dire que cette sélection, qui ne saurait se départir de son lot d’arbitraire, ne rend pas justice à l’entièreté de l’oeuvre de Grant Morrison chez DC Comics, un auteur particulièrement constant dans sa qualité, comme le disait si bien un membre bien-aimé de notre forum. Ainsi, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas mentionnés ici que vous devriez bouder Kid Eternity, la Doom Patrol ou encore Joe The Barbarian. Au contraire, ce top 10 vise à célébrer le génie de cet auteur et à vous encourager à creuser davantage sa bibliographie – même si une quête aussi dangereuse risque de vous emmener du côté de Marvel et de ses New X-Men !

Et au fait, vous, c’est quoi que vous préférez du vieux Grant ‘Five-Star’ Morrison ?