Justice League 3000 Vol. 1 : Yesterday Lives
Les points positifs :
  • Un univers et des personnages fous
  • La parodie du genre super-héroïque
  • Une histoire qui accroche
  • L’identité graphique par Howard Porter
Les points négatifs :
  • Un peu redondant au niveau des blagues
  • Il faut accrocher à cet univers !

“It’s a sewer, you idiot. Of course it’s going to stink.” – Wonder Woman


  • Scénarisé par Keith Giffen, J.M. Dematteis – Dessiné par Howar Porter, Raymund Bermudez, Wayne Faucher – Colorisé par Hi-Fi – Couverture par Howard Porter

Débutée à la fin de l’année 2013, la série Justice League 3000 a débarqué dans un contexte difficile au sein des New 52 de DC Comics. Après deux ans d’existence, le renouveau éditorial de l’éditeur américain commence à s’essouffler, après un Trinity War décevant, un Villains Month à l’accueil mitigé (mais qui est un véritable succès commercial), et surtout, des séries qui n’en finissent plus d’être annulées, certaines ne passant même pas le cap de la dizaine de numéros. Dans ce contexte là, voir Justice League 3000 débarquer se fait d’un oeil méfiant : parce qu’avec Keith Giffen et J.M. DeMatteis, on s’attend à une approche différente pour un titre pourtant estampillé Justice League, et qu’on peut craindre qu’un tel concept puisse ne pas réussir suffisamment à se vendre pour délivrer tout son potentiel. A l’heure actuelle, la série est toujours publiée (malgré un 3001 venu remplacer la chose), et l’on peut regarder avec un peu de recul les qualités et limites de la série dans ce tout premier TPB sorti à l’automne dernier.

Oubliez la Justice League telle que vous la connaissez

Comme l’annonce le titre du comicbook, l’histoire se déroule au 3ème millénaire. Mais point de Legion of Super-Heroes dans l’univers que l’on nous montre, car la Justice League est toujours présente. Mais ne vous attendez pas à retrouver vos super-héros préférés tels que vous les appréciez dans les autres titres New 52 (ou dans les versions que vous avez connues avant le relaunch de septembre 2011) : DeMatteis et Giffen profitent de leur argument scénaristique concernant ces personnages (un argument dont je ne peux parler sous peine de gros spoiler, puisque c’est l’un des points tournants de ce premier arc : qui sont-ils ?) pour nous livrer une version complètement parodique de la Justice LeagueSuperman est un égo-maniaque imbu de lui-même et persuadé qu’il possède tout un tas de super-pouvoirs qu’il n’a plus ; Wonder Woman tient plus de la furie qui veut tout péter que de véritable super-héroïne. Green Lantern a besoin d’un manteau pour utiliser ses pouvoirs (là aussi, vous verrez que les choses ne sont pas ce qu’elles sont), et Flash est un peu fragile et ne supporte pas les téléportations sans vomir à l’arrivée. Seul Batman semble encore un brin normal, mais c’est sans compter les disputes incessantes qu’il a avec Superman. Une équipe, disions-nous ? A vrai dire, on peut vraiment se demander ce que font ces “héros” réunis ensemble. Certes, il y a une menace immense dans l’univers, représentée par les Five, des êtres aux pouvoir surpuissants (et complètement cheatés pour certains), contre laquelle la League doit lutter. Mais parfois, il faudrait peut-être laisser d’autres faire ce genre de boulot. L’aspect parodique est porté jusqu’au bout par les deux auteurs : vous vous doutez bien qu’avec une telle équipe de bras-cassés, chaque situation potentiellement héroïque tourne à la catastrophe, nos héros se faisant malmener de bout en bout de l’ouvrage. Et ce ne sont pas quelques sursauts de dernier recours qui vont forcément changer la donne.

Beaucoup d’humour, parfois répétitif

Giffen et DeMatteis ne perdent pas leur temps à installer leur univers et nous présentent très rapidement les personnages principaux, ceux qui gravitent autour, et les super-vilains débarquent l’un après l’autre. Plusieurs questions sont posées dès le départ (la plus importante, je le disais : qui sont ces héros ? des clones ? autre chose ?) et on obtient une réponse très rapidement qui permet de donner une bonne dynamique à l’histoire. Un récit qui, de toute façon, arrive à retrouver son souffle par de gros retournements de situations, car les auteurs, on peut le dire, sont en quasi roue libre, et jouent avec le roster de leur équipe comme bon leur semble (les fans de Flash devraient en avoir pour leur compte). On navigue ainsi de surprise en surprise, à un rythme soutenu, jusqu’aux dernières pages qui nous donnent le twist ultime, achevant la lecture sous des airs de cliffhanger de final de série tv populaire : on peste un peu car l’envie de poursuivre la lecture n’en est que plus grande. Un rythme soutenu donc, pour une histoire qui ne montre ses limites que dans l’humour utilisé par les deux auteurs. Basé sur la caractérisation de ses personnages, surtout, et s’il amuse beaucoup au début, ce sont souvent les mêmes répliques qui reviennent ; appelons ça du comique de répétition, mais par moments on se sent gêné par la lourdeur de cette répétitivité. Heureusement que les qualités viennent largement supplanter le tout. On revient à cette caractérisation, mais tous les personnages ont quelque chose qui leur est bien propre, et sont tous un peu tarés de façon générale ; ce qui donne un ton hystérique à beaucoup de dialogues pour lesquels on prend réellement son pied. L’univers est fou, on se permet beaucoup de choses : et pour qui aime ce genre de délire, c’est la bonne lecture garantie.

Une véritable identité graphique

A titre atypique, il fallait également donner une vision d’artiste. Si Howard Porter n’adopte pas un style qu’on pourrait vraiment qualifier d’indé, il s’éloigne quand même assez des canons du mainstream pour proposer son identité à la série. Le trait est très détaillé et les planches en ressortent très fournies, tant au niveau des personnages (qui sont tous reconnaissables entre eux) qu’au niveau des décors. Des planches chargées, à l’opposé total d’un Kenneth Rocafort, pour prendre le contre exemple parfait. Mais là où la série profite également, c’est d’une colorisation de maître par Hi-Fi qui, même s’il oeuvre sur de nombreux titres, parvient ici à se renouveler. Par l’utilisation de couleurs vives et d’effets numériques, il réussit à retransmettre cette atmosphère de science-fiction qui participe à la bonne ambiance générale. Seul reproche que l’on pourra faire à Porter, c’est au niveau de certains de ses visages qui, s’ils restent reconnaissables, subissent des modifications assez étranges, faisant par moments passer Wonder Woman pour un homme. Nan, mais vraiment. L’un des chapitres est assuré par Raymund Bermudez et Wayne Faucher, et si la qualité générale est en dessous (notamment parce que les dessins sont bien moins détaillés, les contours plus grossiers), ça réussit à ne pas trop trancher avec le reste pour que la lecture ne s’en ressente pas interrompue.

En vérité, la seule chose qui peut vous rebuter avec Justice League 3000, c’est si vous n’accrochez pas dans le délire de Giffen et DeMatteis. Le récit réussit parfaitement à vous présenter son concept, ses personnages complètements barrés, ses situations toutes plus désespérées que les autres, et les auteurs en roue libre se permettent beaucoup de choses, réussissant jusqu’au bout à capter l’attention grâce à des retournements de situations et des révélations qui font mouche aux yeux du lecteur. Reste un humour parfois redondant qui peut fatiguer, mais franchement, vous auriez tort de passer à côté d’un titre pas forcément mis en valeur, mais qui en a beaucoup, au sein des New 52. 

4 Commentaires

  1. Je suis totalement fan de cette série !! les personnages, l’humour et surtout les dessins qui me vendent du rêve à chaque page !!!

    Si quelqu’un peut me conseiller des titres imagés par Howard Porter je suis preneur !!

    • Son style a beaucoup changé entre-temps (en particulier à cause d’un accident à la main dans les années 2000) mais il y a deux choses essentielles de Porter à lire :
      – tout le run de Grant Morrison sur JLA (puis quelques numéros ensuite avec Mark Waid : JLA #1–7, 10–16, 18, 19, 22–25, 28–31, 34, 36–41, 43–45)
      – la seconde partie du run de Geoff Johns sur Flash/Wally West (The Flash #207–211, 213–217, 220–225)

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