Review VO : Swamp Thing #40

Les points positifs :
  • Une narration maîtrisée de bout en bout
  • Le travail de Jesus Saiz
  • Plus qu’un simple numéro de clôture
  • Dans une tradition de méta-fictionnel
Les points négatifs :
  • Peut être pas assez explicite
  • Pas de Swamp Thing après Convergence

“Who among you will join me ? Who among you will fight ?” – Alec Holland


  • Scénarisé par Charles Soule – Dessiné par Jesus Saiz, Javier Pina

S’il répond moins aux attentes d’un lectorat friand de super-héros que ses nombreux cousins chez DC, Swamp Thing est pourtant, à sa façon, l’un des personnages les plus emblématiques de la riche histoire de cet éditeur. Ramenée de la galaxie Vertigo pour reprendre sa place dans l’univers des héros en cape, la Créature des Marais aura tenu quarante numéros sous l’ère New 52 – qui en s’achevant emporte cette survivante de la « ligne dark » et met fin au run de Charles Soule et Jesus Saiz sur le personnage. Conclusion oblige, parlons de ce numéro, parce que comme les choses sont bien faites (et Alec Holland nous le rappelle si bien), il y a des choses à dire !

Season’s End – c’est le titre – raconte en une trentaine de pages la fin de l’arc opposant Alec au Rithm, un nouveau Royaume incarnant l’énergie élémentaire (?) du métal, c’est-à-dire : les machines. S’ouvre alors un récit de bataille finale épique entre royaumes et royaumes alliés, dans ce qui ressemble grandement à une scène de guerre issue de l’imaginaire fantasy, à laquelle on aurait mêlées des influences SF (ben oui, les robots) pour ajouter au bad trip un esprit de nature qui reprend ses droits. Alec invoque au passage les précédents Swamp Things en sommeil pour l’aider, ce qui est l’occasion pour Jesus Saisz de s’amuser à créer, ou à faire des références aux Créatures passées.

Preview Swamp Thing #40

C’est épique, ça bastonne, y a des morts, le boulot est fait et bien fait, on aperçoit même çà et là des trouvailles un peu cinglées (un tricératops végétal géant monté par Seeder, oui oui). On est quand même un peu déçus de se retrouver devant un simple combat final, car ce qui se conclut ici n’est pas seulement l’arc, mais aussi la série, qui mérite mieux qu’un bête affrontement. C’est alors que Soule innove, et explore un terrain inattendu.

C’est dans les pages d’un livre que Swamp Thing trouve la réponse à cette conclusion. Un récit métafictionnel dans lequel la Créature rencontre un genre de muse, élémentaire des récits et de la créativité, qui lui rappelle en quelques mots énigmatiques qu’il est lui aussi une simple œuvre de fiction. Charles Soule casse ici le quatrième mur, pour sortir de la bataille et faire ce qui marche si bien dans les récits d’auteurs comme Grant Morrison : prendre une autre perspective.

A travers cette parenthèse – qui trouvera un sens différent chez chacun – l’auteur nous rappelle que la fin de son histoire est ce qu’elle est. Une histoire. Un peu comme Animal Man qui rencontre son créateur, Swamp Thing préfère retourner dans le monde de la fiction plutôt que de rejoindre le panthéon des auteurs, et se fait rappeler à l’ordre par l’inspiration, qui lui explique qu’il ne lui reste que quelques pages pour décider de son propre avenir. La dernière page fait écho à ce moment, brillante, et trouve sans paroles un sens à cette proposition étrange, née du cerveau d’un auteur qui rend ses lettres de noblesses à un personnage et une tradition d’écriture habituée à mieux que juste de la baston et du vert.

Swamp Thing 040 (2015) (Digital-Empire)017

C’est ce moment-là qui sauve enfin le numéro. Car, finir sur une simple bataille entre la Machine Queen et la Créature, d’accord, mais annuler la série là-dessus aurait été un peu faible. Pour son personnage, Soule met fin à son run, mais rappelle que tout ceci n’est qu’une histoire et que celles-ci ne cesseront jamais d’évoluer. Cette évolution est décrite comme un phénomène qu’ont en commun les histoires et les êtres vivants – on pourrait presque extrapoler en disant que l’auteur donne vie à son personnage en lui donnant accès à au-delà de la page, un au-delà du numéro et un au-delà de la simple série. En fait, on pourrait surtout extrapoler.

C’est un peu le problème de ce choix en réalité. Car si l’initiative est géniale, l’auteur en dit très peu, et de manière très imagée. De sorte qu’on ne peut qu’interpréter cette idée étrange, et le choix de créer ce monde bizarre des avatars de l’imagination. Peut-être que Soule n’a rien imaginé de tout ça, que c’est juste moi qui me tape un délire de fan. Qui sait ? Qui peut savoir ? Mais au moins, les fans ont assez de matière pour pouvoir délirer, et c’est tout ce que je lui demande, personnellement. Parce qu’annuler Swamp Thing, non sérieux, c’est pas cool quoi.

Swamp Thing 040 (2015) (Digital-Empire)025

Pour juger du récit en lui-même, l’écriture est sans défaut, bien rythmée et riche, quoi qu’un peu rapide dans sa conclusion. La mythologie du Green est fort bien exploitée, les dessins de Jesus Saiz et Javier Pina excellents et quelques double-pages parlent pour l’ensemble du numéro. On sent l’épique, palpable, et le retour à la paix, tout aussi réussi. Les couleurs de June Chung resplendissent, et la Créature-livre est aussi onirique qu’amusante : un quasi-sans fautes. Reste un défaut, le seul que l’on puisse faire tout à fait objectivement : ce numéro aurait mérité d’avoir un peu plus de pages (c’est lui-même qui le dit).

Swamp Thing #40 marque le départ de la créature, avant un nouveau reboot dans d’autres plus vertes contrées. C’est une bataille, une ouverture, et un au revoir pour l’ami Alec Holland, dans un numéro très bien écrit et dessiné qui amène avec lui un supplément d’âme inattendu qui place cette fin au niveau des attentes que l’on se pouvait d’avoir. En attendant, si cette fin ne vous plaît pas, vous pouvez aussi vous reporter au numéro Futures End de la série, paru en septembre, qui offre la perspective du véritable combat final entre Anton Arcane et Alec Holland – une conclusion publiée avant la conclusion. Comme quoi vous voyez, la fin, c’est juste un concept.

3 Commentaires

  1. Je te rejoins sur le run de Soule. Il aura vogué sur pas mal de places, pas mal de thèmes, etc…

    Et que dire de Jesus Saiz? Tout simplement. Ni plus ni moins. Exceptionnel sur ce personnage, il aura aussi réussi à créer un monde et des personnages très agréables à suivre. Il est bien au dessus de ses Birds of Prey, très très au dessus. C’est son meilleur taf. J’espère que DC va lui donner du projet à dessiner. Régulier, élégant…j’adore.

    J’oublie pas Javier Pina qui aura aussi porté le titre en fill-in.

    Bravo, Messieurs.

  2. Je trouve la note extrêmement généreuse, et je subodore qu’elle récompense l’ensemble de ce run qui aura été effectivement de grande qualité….jusqu’à cette conclusion.
    Je comprends d’autant moins cette critique puisque tu soulèves les deux gros défauts de ce dernier numéro. La bataille est on ne peut plus planplan avec une résolution carrément bâclée (tu veux mourir ? meurs !). Il est certes sympa de retrouver tous les personnages que Soule a introduits depuis le début de son run, mais ça ne va plus loin. Ensuite, il y a un gros problème sur le fameux interlude. Je n’ai rien contre la réflexion métatextuelle, au contraire, mais il faut aussi que la mise en abîme sinon opère, du moins comporte une certaine dimension fonctionnelle pour le récit. Or, non seulement elle arrive de nul part et casse le climax de la bataille, mais en plus ne résout absolument rien ou n’éclaire pas les enjeux exposés dans le réel. Autrement écrit, on tient là une tentative vaine car guère profonde et complètement HS. Et il faut que l’on m’explique la référence à Gabriel Garcia Marquez. Rien à voir avec la teneur de 100 solitudes, encore moins dans sa conclusion.
    C’est d’ailleurs cette conclusion qui est problématique. Elle est ouverte, relativement plate, précipitée et sans la moindre trace de cette émotion douce amère qui vous touche le coeur au moment de tourner la dernière page. Je trouve cela donc décevant, et ternit même la qualité globale du run. Dommage.

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