Critique de OMAC - L'Arme Ultime
Les points positifs :
  • Un bel hommage à Jack Kirby
  • Étoffement de l’univers des New 52
  • De l’action
Les points négatifs :
  • Un goût d’inachevé
  • Les personnages auraient pu être plus attachants
  • Pas aussi audacieux que Jack Kirby, mais bon, on parle du plus grand bonhomme du monde des comics donc…

« Arrête-les, O.M.A.C. Rien ne doit menacer ta mission. » – L’Œil


  • Scénario : Dan DiDio, Keith Giffen, Jeff Lemire – Dessin : Giffen – Encrage : Koblish – Couleur : Hi-Fi

Urban Comics aime Jack Kirby. Bon, d’accord, tout le monde aime Jack Kirby, le grand auteur et dessinateur, surnommé le « King » des comics pour son travail chez les deux grands éditeurs, où il laissa des personnages aussi mémorables que Hulk, les Fantastic Four ou DarkseidOrionKamandi et Mister Miracle du côté de DC Comics. Mais Urban aime particulièrement Jack Kirby, parce qu’ils entreprennent de publier méthodiquement ses travaux chez DC Comics, c’est-à-dire le Quatrième Monde, oui, mais aussi des titres moins évidents comme Kamandi, la Jack Kirby Anthologie, qui regroupe des numéros souvent oubliés des Boy Commandos, des Challengers de l’Inconnu ou de son court passage sur Green Arrow. Fin 2014 paraissait les huit numéros de O.M.A.C. des années ’70, une des créations les plus folles du King. Afin d’appuyer cette sortie étonnante, l’éditeur enchaîne avec la réédition de la courte série New 52 de O.M.A.C., qui multipliait les renvois au travail de Jack Kirby avant d’être prématurément annulée au bout de huit épisodes. Malgré les faibles ventes, ce fut une des annulations les plus regrettées de la première vague, il n’empêche que personne n’aurait prédit que cette série relativement mineure au sein du relaunch devait arriver dans le catalogue d’Urban.

Contenu : O.M.A.C. (2011-2012) #1-8.

Kevin Kho est un employé ordinaire de Cadmus. Et même si dès qu’on entend « Cadmus« , on comprend « souci à l’horizon », rien ne lui donne matière à s’inquiéter entre son poste tranquille et sa petite copine Jody Robbins. Mais puisque sans élément perturbateur, pas d’histoire, Kevin Kho est désigné par le mystérieux Œil pour devenir l’O.M.A.C. ! Un être mi-machine, mi-vivant, quasiment indestructible et servant les dessins cachés du satellite intelligent qui le dirige. Hélas ce contrôle n’est pas du goût de tout le monde, et des organisations plus ou moins secrètes comme Cadmus eux-mêmes, Checkmate ou le S.H.A.D.E. uniront leurs efforts pour arrêter l’inarrêtable et mettre hors d’état de nuire O.M.A.C. comme l’Œil. Mais est-ce seulement possible ?

Un double-hommage à Jack Kirby

Cette série est un énorme hommage à Jack Kirby, en réalité double puisqu’il est à la fois graphique et narratif. Sur le plan esthétique, Keith Giffen s’applique en effet à imiter le style très caractéristique de Kirby en dessinant des yeux rectangulaires, des visages épatés et larges. Le goût pour les explosions et les pétarades n’est pas anodin, ainsi que les détails géométriques des machines que les familiers du King reconnaîtront sans peine. Avec ça, Keith Giffen donne tout de même sa propre touche aux planches, dans une veine un brin cartoon, évoquant vaguement le pinceau d’Amanda Conner. Le résultat en devient vraiment très agréable à parcourir, admirablement mis en valeur par la colorisation chatoyante de Brian Miller du studio Hi-Fi, dont on avait déjà apprécié le travail sur le titre Batman – Le Chevalier Noir.

Sur plan narratif, de même les histoires débordent de rebondissements, le lecteur peut à peine souffler tant chaque numéro démarre sur les chapeaux de roue avec des péripéties qui s’abattent véritablement sans crier gare sur le pauvre Kevin Kho qui n’a rien demandé à personne pour le téléporter d’ennuis en ennuis. On y trouve d’ailleurs de nombreuses créations de Jack Kirby. Certaines sont évidemment tirées des pages d’O.M.A.C., comme les amies à monter soi-même, d’autres viennent d’autres travaux du King, relevons un clin d’œil particulièrement savoureux à l’univers de Kamandi à travers un tigre parlant se présentant d’abord sous le nom de Tuffy, puis de Tuftan. Les scénaristes reprennent également l’ambiguïté que Jack Kirby mettait dans la relation entre l’Œil et l’O.M.A.C., qui soumet totalement ici Buddy Blank, là Kevin Kho, à l’arbitraire du satellite. Dans la tradition de Jack Kirby également, chaque numéro apporte son lot d’éléments nouveaux, ce qui donne très rapidement l’impression savoureuse d’un scénario étoffé impliquant une multitude de factions.

Mais tout n’est pas pompé du King !

Parmi ces éléments amenés à chaque chapitre, on compte des créations originales, comme Psi-Fi, une sorte de Psimon au cerveau en queue de serpent, ou une nouvelle Female Furie, appelée Leilani. J’en profite pour fustiger le traducteur qui traduit les Female Furies par Folles Furieuses, une des traductions les plus bêtes depuis le calamiteux Maître Océanique. Le travail d’un traducteur consiste en effet à ne pas donner de traduction littérale, mais à retranscrire le sens, l’idée, de la version originale. Dans Female Furies, on a d’une part le Female qui sert à préciser le genre puisque Fury est par défaut masculin en anglais comme quasiment tous les mots de la langue de Shakespeare ; d’autre part on a les Furies, qui font de manière explicite référence aux Furies de la mythologie romaine, qui correspondent aux Érinyes grecques. Non seulement la traduction Folles Furieuses occultent totalement cette référence mythologique, mais en plus elle donne une nouvelle dimension de folie à ces envoyées d’Apokolips qui était absente de l’esprit original. En entendant « Folles Furieuses », on s’imagine une bande de nanas enragées échappées de l’asile du coin, pas des combattantes mythiques tirées d’un autre monde. Il ne faut pas beaucoup de choix de traduction de cet acabit pour convaincre un lecteur un peu difficile de privilégier un peu plus la VO, qu’ils fassent attention !

Reconnaissons hélas que Keith Giffen et Dan DiDio ne font pas preuve d’une inventivité égale à celle de Jack Kirby, qui de son côté amenait des perles de créativité à quasiment chacune de ses pages. Dans cette optique, on aura de la peine à mettre les deux séries sur un pied d’égalité en termes d’impact et d’inspiration. Cependant, Keith Giffen et Dan DiDio ont à leur décharge le mérite d’incorporer aussi des éléments pré-existants du DC Universe, comme les Furies d’Apokolips, une des premières références au Fourth World dans les New 52 parallèlement à la préparation de l’arrivée de Darkseid dans la série Justice League. La présence de Checkmate et de Maxwell Lord, au rôle ici ambigu, ni méchant ni gentil, renvoient autant au OMAC Project et à Infinite Crisis qu’à la Justice League International du même Keith Giffen où il était épaulé par J.M. DeMatteis. Enfin vient l’implication du S.H.A.D.E. et de sa créature Frankenstein, vedette d’un autre titre annulé (mais un peu moins prématurément), qui aide également à lier O.M.A.C. au reste des New 52.

Une intégration intéressante aux New 52

L’intégration de O.M.A.C. aux New 52 est également une bonne chose puisque la série développe mine de rien rapidement son univers avec les mises en avant de Cadmus et de Checkmate. Soulevant plus de questions qu’ils n’en donnent de réponses, les scénaristes dessinent une sorte de guerre occulte de factions et d’intérêts divers, où les projets secrets semblent légions et où tous semblent adopter des doubles-jeux. La fin abrupte de la série, laissée ouverte quant au sort de l’O.M.A.C., n’en est que plus douloureuse, on regrette la neutralisation si précoce dans les New 52 de l’Œil, et surtout on aurait demandé à en savoir davantage sur Checkmate et Maxwell Lord. On en ressort sur sa faim, mais ça n’est pas à prendre comme un point négatif lorsqu’on songe que c’est un des rares titres qui donnent réellement envie de connaître et d’approfondir l’univers des New 52, là ou d’autres séries ne lui donnent pas de profondeur, tandis que d’autres se contentent de singer ce qu’il y avait avant le relaunch.

Cet effleurement de contenu est en partie dû à la profusion d’action conséquente, qu’on retrouvait également dans la série originale de Jack Kirby. Chaque numéro, sans exception, met en scène un affrontement explosif entre O.M.A.C. et un adversaire conséquent, et de bataille en bataille l’O.M.A.C. est chaque fois perçu un peu plus invincible par le lecteur. Le titre n’en devient pas bête, cf les éléments soulignés précédemment, en revanche il en gagne une nervosité et un rythme solide qui fait défaut à bon nombre de ses concurrents des New 52.

BARR-SOOM

On ne pourra que songer à l’absence de Batman pour justifier l’annulation de cette série tout à fait honorable, à la fois respectueuse de ce qui précède les New 52 et empressée d’y ajouter des éléments frais. Nerveuse, elle accorde une large place à l’action sans oublier de dessiner les contours d’un univers complexe, laissant le lecteur avec la délicieuse frustration d’un repas raffiné qui ne l’aurait pas mené à satiété.

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3 Commentaires sur "Review VF – O.M.A.C. – L’Arme Ultime"

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DCfan

Merci pour ce commentaire détaillé dans lequel je me retrouve complètement. Pour moi qui l’ai lu en VO, je trouve juste dommage qu’il n’aient pas intégré en VF l’épisode de Frankenstein, agent of Shade, où OMAC apparait…

lucas cage

Je l ai acheté ce weekend End et je l ai dévorée..il y a toute les entité secret du dc universe domage que sa ne soit pas approfondi peut être dans futur end,meme si c est court le héros est attachant malgré tout.. Comme dis la revien j ai ce sentiment d inachevé ..il y avait de quoi fair encore et encore avec checkmate l œil et THE shade.. Peut être manquait ils des grand noms.. Belle hommage a kirby

CaptainMuñoz

Excellent, excellent et excellent. J’ai vraiment apprécié cette lecture ! Un univers peu connu et peu développé et c’est bien dommage parce qu’il y a des idées intéressantes et effectivement c’est un bel hommage a l’œuvre de kirby ! Je le recommande vivement

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