Review VF Preacher Tome 1
Les points positifs :
  • Des personnages diablement attachants
  • Garth Ennis, un pur génie
  • Une critique acerbe de l’époque
  • Une perversité et une vulgarité à toute épreuve
Les points négatifs :
  • Âmes sensibles s’abstenir
  • Des sujets sensibles qui peuvent froisser
  • 352 pages, c’est vraiment trop peu !

« Toi, tu vas te faire mettre et vite. » – Jesse Custer


  • Scénario : Garth Ennis – Dessin : Steve Dillon – Couleur : Matt Hollingsworth, Pamela Rambo
  • Vertigo Essentiels – Preacher Livre 1 – 23 janvier 2015 – 352 pages – 28 €  – Urban Comics

Preacher c’était un titre dont j’avais maintes fois entendu parlé, en bien quasiment tout le temps, sauf quelques puristes qui trouvaient que ça allait parfois trop loin. Alors j’ai lu quelques numéros par-ci par-là, et le pitch me plaisait plutôt bien, mais il y avait beaucoup de numéros à rattraper. Alors bien sûr, l’annonce de la parution en VF m’a parue une bonne occasion pour me lancer corps et âme dans ce récit. Et franchement, même si ce premier tome compte 352 pages avec Preacher #1-12, je l’ai dévoré. Même tiraillée par la fatigue je voulais encore lire, et je savais qu’il m’attendait à côté du lit, mais les heures de sommeil ont primé sur la lecture, qui s’est poursuivie le lendemain dès le réveil. Un bouquin que tu n’arrives pas à lâcher, des personnages que tu n’arrives pas à quitter, des questions qui te taraudent jusqu’à la reprise de la lecture en quête de réponse.

Donc Preacher c’est quoi ? C’est un récit Vertigo qui nous retrace les aventures complètement barrées de Jesse Custer, Cassidy, Tulip O’Hare et quelques autres croisés en chemin, avec des histoires loufoques et sensibles, qui vont de l’histoire mystique et divine au tueur psychopathe en passant par un certain Tête de Fion dont l’histoire est calquée sur une mésaventure réelle d’un jeune homme qui date de l’époque du récit (on y reviendra plus tard). Ce qui est appréciable, c’est que d’entrée, même s’il y a pas mal de personnages, ils sont tous correctement présentés. On se pose bien sûr des milliers de questions car tous les personnages sont bien plus profonds que la simple présentation qui en est faite, mais on n’est pas perdu dans une avalanche de personnages bâclés dont on ne retient même pas le nom. Jesse Custer c’est ce type qui en fait est un pasteur qui est censé prêcher la bonne parole, mais qui finit par exploser et balance les quatre vérités à tous les péquenauds de son trou perdu, avant que le lendemain lors de son sermon, tout le monde crame sauf lui, qui se retrouve encore vivant avec un drôle de don. Il arrive à prendre ce qu’il appelle « La voie de Dieu » et lorsqu’il prend cette voix, tout le monde exécute ses ordres sans broncher. Cassidy, lui c’est un type bizarre qui dort le jour et vit la nuit, avec un drôle d’appétit vulgaire et plutôt marrant. Tulip O’Hare c’est la coincée qui en fait ne l’est pas, qui a failli tuer un type, renfermée et rancunière, accessoirement ex petite-amie de Jesse, jetée du jour au lendemain sans explication il y a cinq ans. Dans la première partie, on ajoute à tout ça une guerre céleste qui se prépare, des querelles entre les séraphins à la droite de Dieu, les guerriers dont l’un a fauté avec une démone, et les adéphins à la gauche de Dieu, les scientifiques. Sauf qu’ils connaissent tous le grand secret lié à l’entité Genesis qui s’échappe de sa prison et se retrouve dans le corps de Jesse Custer.

Preacher Tome 1

La première partie tourne donc autour de ce Genesis, son identité, la traque pour le retrouver, l’arrivée du Saint des Tueurs, une brute qui aurait même été renvoyée de l’enfer par Satan lui même. Un espèce de cowboy surpuissant et meurtrier, bien que meurtrier soit encore un mot faible pour décrire ses massacres. On va revenir sur la rencontre entre tous les personnages et les premières armes de notre trio Jesse, Tulip, Cassidy. Je pense qu’il est impossible de ne pas s’attacher à eux dès la première lecture. Ils sont tous différents, mais pas tellement. Ce mélange d’anges, démons, pasteur, vampire (oops le mot est lâché), une nana revancharde, un cowboy de l’enfer arme des anges, une révélation terrible pour tout ce monde, c’est très efficace. De plus, c’est servi avec un langage qui n’y va pas par quatre chemin, l’auteur dit ce qu’il a envie de dire comme il a envie de le dire. Il balance, il maudit, il exècre, il insulte, il vanne salement. C’est trash, c’est cash, violent, insolent et jouissif. Vous comprenez maintenant pourquoi il est impossible de lâcher le bouquin ? On est directement balancé là-dedans, à un rythme qui t’accroche, doublé par des personnages intenses le tout sur un fond d’histoire complètement audacieux, oui Garth Ennis est un redoutable génie. Et les puristes en prendront un sacré coup, car pour du blasphème, je pense qu’ils auront leur dose avec la création de Genesis, mais la révélation sur Dieu leur fera jeter le livre loin et partir en priant. Oui, Preacher, c’est pas l’histoire d’un prêtre qui prêche la bonne parole à tous ses agneaux délicats. Et quand il dit d’aller se faire mettre, ça fait mal (du moins j’imagine). En plus de tout ça, on se retrouve avec des fonds d’événements réels tels que la mort de Kurt Cobain qui a influencé le fils du shérif. Lui aussi s’est tiré une balle dans la tête, mais a raté son coup et se retrouve alors être une tête de fion, totalement incompréhensible. On ne le voit pas beaucoup, mais je pense que les retrouvailles seront folkloriques.

La seconde partie nous entraîne à la poursuite du Boucher Ravageur à New York. Notre trio est en quête de Dieu qui fait un sacré caprice, et la simple présentation du vilain est assez sordide. Oui, bon maintenant c’est mainstream d’arracher le visage de quelqu’un mais bon pour le coup, c’est quand même sacrément bien fait. On aura droit aux présentations avec Paulie Bridges le super-flic et John Gland, son gros boulet de partenaire, qui enquêtent sur l’histoire. Se greffera à cette histoire Simon Coltrane, alias Si, grand ami « Et toi Raclure de bidet ! Comment tu vas ma couille ? » de Cassidy. Il est missionné par ce dernier pour enquêter sur des phénomènes qui pourraient se ramener à la présence de Dieu dans les parages. L’histoire avance au début de manière assez floue, jusqu’au moment où tout s’éclaire sauf qu’à se moment, tout le monde est clairement dans la merde, soyons honnêtes. Et à partir de cet instant, tout va se lier et s’enchaîner. Un mélange de massacre, de manipulation et de sadomasochisme pour livrer un final inattendu mais efficace. Et même si la fin de l’histoire peut paraître facile, tout se lie tellement bien, qu’au final on se dit que Garth Ennis est bel et bien lui aussi un fils de pute de tout nous mettre sous le nez comme ça et finir dans un climat hyper tendu.

Preacher Tome 1

La troisième partie revient sur la famille de Jesse Custer. Et autant dire qu’après avoir lu son histoire, beaucoup regretteront d’avoir mal parlé à leur proches. Franchement, ce gosse avait une belle vie, avant d’avoir une vie misérable, une vie à chier, remplie de bible et de coups, de sang et d’esprit de vengeance. Cette fois, il n’a plus aucune échappatoire pour s’enfuir loin de Marie L’Angelle, sa mémé, Jody et T.C. qui ont fait de sa vie un enfer. Il est obligé de tout raconter à Tulip qui fait aussi partie de l’histoire, et ainsi on apprend à mieux le connaître et à connaître les raisons de la séparation des tourtereaux. Si vous n’aviez pas pris Jesse Custer en affection dès le départ, ici on ne peut pas faire autrement, ou alors, vous êtes sans cœur ou hypocrites ou toujours choqués par la révélation du caprice de Dieu. Mais ici, tout est mal qui finit bien, dans un final avec encore une explosion de violence, de vengeance, cette fois à main nue, viscérale et libératrice pour notre héros et ça fait du bien même pour le lecteur de voir ce glandu se prendre la raclée du siècle, en plus mémé s’envoie en l’air, et ça c’est cool aussi. Ce final est aussi accompagné par un twist surprenant du côté de Tulip, et j’ai hâte de voir comment tout cela va tourner. Oui, je le redis, Garth Ennis sait ce qu’il fait, et bon Dieu que c’est bon.

Maintenant tout ça est accompagné par les planches de Steve Dillon, qui s’amuse sur les planches, travailles des expressions réalistes sur les personnages, donne dans l’horreur abominable oui on peut le dire, ou encore dans les personnages dérangeants à regarder, même si on ne les voit que sur une page en papier. C’est ce qui permet aussi une immersion totale dans le récit. En plus, Matt Hollingsworth fait jouer son talent sur les couleurs sans aucune fausse note, et Pamela Rambo reprend le flambeau avec brio. Non franchement, c’est génial. J’ai beaucoup aimé aussi le courrier des lecteurs qui m’a pas mal faire rire. Cette page de courrier à la fin de chaque chapitre permet de faire une pause et de découvrir un peu plus de l’humour grinçant de l’auteur, c’est original et très plaisant.

Preacher Tome 1

Je sais que j’ai beaucoup écrit pour ce premier volume, mais si vous n’avez pas lu toutes les lignes au-dessus c’est pas grave, je vais tout résumer ici. Preacher, du moins ce premier volume, c’est un gros coup de cœur. J’ai aimé l’humour sadique, la violence, je me suis attachée aux personnages, j’ai eu du mal à lâcher cette lecture, et maintenant que j’ai fini, j’en veux encore, et très vite. Franchement, Preacher, c’est le petit bonbon du diable cette lecture, je vous le dis ! 


UN DEUXIÈME AVIS C’EST BIEN AUSSI !!

Déjà dans ce premier tome, Garth Ennis vous fera tomber amoureux de ses personnages, soulignant en quelques scènes, parfois très dures, l’amour qui lie Tulip à Jesse Custer, et l’amitié entre ce dernier et Cassidy. Au-delà du gore et de l’humour, Preacher est avant tout un road-trip marqué sous le signe de l’amitié et de l’amour, gonflé d’un optimisme excité par la noirceur ambiante. En effet, les larmes ne sont jamais loin du rire, la mort du père de Tête-de-fion le montre avec éloquence. Reste le problème de la vf. On apprécie les efforts d’Urban qui choisissent à bon escient de ne pas traduire les paroles de certaines chansons, en revanche difficile de retranscrire l’accent mâché de John Wayne, l’accent irlandais de Cassidy, ou l’impact de certains jurons. Faut avouer que « Go fuck yourself » est vachement plus évocateur, dans la scène en question, qu’un « Va te faire mettre » ptet trop distingué. Comme quoi, il n’y a pas que des avantages à parler la langue de Molière.

– TheRiddler