Dan DiDio et Jim Lee l’ont promis : cette année devrait être celle d’un retour aux affaires pour l’imprint Vertigo. Haut lieu du creator owned et des séries d’auteurs quelque peu malmené ces derniers temps par l’ascension d’Image Comics, le label devrait recevoir l’ajout de quelques grands noms cette année, et de séries propres à intéresser le lectorat indé (de plus en plus actif depuis pas mal de temps). En attendant ces annonces, souvenons nous que les sorties de cette année chez Vertigo incluront, entre autres, Suiciders, série du talentueux Lee Bermejo, qui s’est récemment confié aux rédacteurs de CBR.

Oeuvre post-apocalyptique placée dans un Los Angeles dévasté et reconstruit autour d’idéaux dystopiques, Suiciders retrace les aventures de gladiateurs d’un nouveau genre, sportifs, athlètes et tueurs d’un sport sanglant, dont les retransmissions fascinent la population. Une critique sociale inspirée, entre autres, par le cynisme du Sin City de Miller, publié dans les années ’90.

Le bouquin racontera plusieurs types d’histoires. Oui, c’est vrai, c’est de la science-fiction, c’est du post-apo, mais c’est aussi un récit très noir. On commence à avoir ce ressenti dans les numéros deux et trois, on y retrouve aussi un côté plus intime, moins facile à vendre dans le cadre d’une série typée action, mais qui permet aussi de se concentrer davantage sur les personnages.

L’idée principale est de montrer Los Angeles après le désastre. Suiciders se déroule trente ans après un tremblement de terre meurtrier. La moitié de la population a déménagé et évolué, mais l’autre moitié n’a pas pu en faire autant.

Avec Suiciders, Bermejo invente un sport futuriste sur la base d’un jeu de massacre. Une sorte d’Hunger Games mêlé de Mad Max dont l’auteur se sert pour appuyer un message très appuyé sur la société moderne et la fascination pour la violence en général.

Les Suicide Games sont des combats de gladiateurs. C’est un sport, officiel, filmé et diffusé. Le premier arc s’intéresse principalement aux sportifs. Cette idée de la civilisation qui régresse jusqu’à revenir à quelque chose de médiéval m’intéresse fortement. Plus les choses sont violentes ou extrêmes, plus elles vont intéresser les gens. Des gens pourraient répondre que ça a toujours été le cas, mais ce qui a changé, c’est la façon que nous avons aujourd’hui à avoir accès à ce genre de choses, de manière immédiate et globale. On peut trouver des vidéos de gens qui se font décapiter sur les sites de grands médias aujourd’hui. Il y a une soif des gens pour ce genre de brutalité. Ca semble très médiéval, très Romain. Il y a des choses de ce genre que je retrouve dans les jeux du Colisée. A la fois, c’est intéressant, mais nous vivons quand même dans un monde plus globalisé que ne l’était le monde antique ou médiéval.

Suiciders traite aussi d’autres sujets, comme le concept des frontières et de l’immigration. Etant moi même un immigré, je tenais vraiment à injecter mon expérience personnelle dans le bouquin, et donc l’un des personnages est lui aussi un immigré. Je trouve ça intéressant, dans la mesure où notre monde est en train de devenir de plus en plus multiculturel. Ici, en Italie, il y a un afflux massif de migrants, qui arrivent depuis l’Afrique du Nord. Pour le gouvernement, c’est un très gros problème. C’en était aussi en grandissant en Californie, avec un père d’origine Mexicaine. Ca fait partie des thèmes sociaux que j’ai envie d’aborder.

Les Suicide Games me permettent aussi de créer un spectacle avec des participants possédants des qualités super-héroïques. Ils ont chacun leur armure, et chacune est faite pour eux. Ils sont modifiés et augmentés génétiquement. C’est là que la science-fiction vient jouer son rôle.

J’aime aussi l’idée que Los Angeles puisse rester un endroit où les gens peuvent se réinventer. C’est quelque chose qui fait partie du quotidien des habitants de L.A., tout le monde peut s’y réinventer, intellectuellement et aussi physiquement.

L’auteur évoque également au cours de l’interview certains personnages de son histoire, et du premier arc qui semble déjà bien avancé dans son esprit.

Il y a le personnage de The Saint. C’est le meilleur des gladiateurs. Le Michael Jordan des Suicide Games. Il arrive dans l’histoire au sommet de sa carrière, et alors qu’il a tous les éléments en main pour réussir, tout va commencer à s’effondrer autour de lui. Un autre personnage intervient au second numéro. C’est cet immigré qui veut, lui aussi, devenir le meilleur, devenir The Saint. Les deux personnages sont deux facettes d’une même pièce. Au cours de l’histoire, se pose la question de jusqu’où les héros sont prêts à vendre leurs âmes pour avoir ce dont ils rêvent – depuis celui qui a déjà tout jusqu’à celui qui veut tout avoir. C’est ce que j’évoquais tout à l’heure en parlant d’histoires proche des personnages. J’espère avoir fait du bon boulot. Dans l’idée, une fois que vous aurez fini le premier arc, vous aurez envie de relire le comics pour le voir d’une autre façon, vu qu’il y a pas mal de pistes à explorer.

L’histoire racontera aussi ce que sont les Suicide Games pour la société. Comment ont-ils été mis en place ? Est ce que c’est un jeu ? Est ce que c’est plus que ça ? L’idée est vraiment ancrée dans cet esprit des survivants du tremblement de terre. Ce que vous allez lire dans Suiciders, c’est une collection de personnages forcés de vivre dans la ville de New Angeles, avec des règles à respecter. Sans vouloir trop faire de comparaisons, la structure ressemble beaucoup à Sin City. C’est l’histoire d’un lieu, et de ses habitants. La ville est le point d’ancrage de l’histoire. New Angeles est une cité entourée d’un mur d’enceinte. Ce qu’il y a au delà est à peu près un immense ghetto. Ceux qui ont bâti les murs ont volontairement scellé l’accès à ce monde extérieur, on découvrira pourquoi et comment la ville fonctionne dans cette forme d’autarcie.

En évoquant les racines du projet, Bermejo évoque l’importance que représente un projet solo de creator owned pour un auteur de comics, et la différence d’écriture que cela représente par rapport à ses travaux avec Brian Azzarello ou en solo sur le fameux Batman : Noël.

Ce bouquin remonte à 2002, à l’époque où je bossais encore pour WildStorm. Je me souviens en avoir parlé à Scott Dunbier, et lui avoir pitché ce qui était à l’époque le scénario de l’histoire, qui n’a cessé d’évoluer dans mon esprit au fil des années. Le temps aura été si long que plusieurs versions auront traversé mon esprit, mais toujours articulées autour du même squelette.

C’est mon premier travail original en creator owned. En tant que tel, c’est le projet qui me procure le plus de satisfaction personnelle, tout simplement parce que quand je me lève le matin avec une idée, je sais que je peux immédiatement l’appliquer. Non pas que je n’ai pas eu une part suffisante de liberté dans le passé, mais il y a toujours eu un filet de sécurité. Ca fait partie du fun quand on travaille sur des personnages comme Batman et Superman. Il y a des règles, on apprend à jouer avec et à les repousser. Ce qu’on a fait avec Brian aura clairement contribué à les repousser (rires). Ca a toujours été notre envie à tous les deux. Mais les règles sont là quand même, on les connaît. On sait ce qu’on peut et ne peut pas faire, ce qui est totalement différent ici. Personne ne connaît l’histoire qu’on va raconter, j’ai même peur d’en parler, parce que quand on crée quelque chose de nouveau, on veut que les gens le découvrent en l’état sans savoir dans quoi ils mettent les pieds. Une expérience qu’il est impossible de créer avec Batman et Superman. On sait que Batman ne peut pas tuer, par exemple. Avec Suiciders, il n’y a plus de limites.

Toutes les idées les plus folles que j’ai pu avoir se sont retrouvées dans le bouquin, ce qui est nouveau pour moi. Il y a les choses les plus hardcores que j’ai jamais écrites, mais aussi les idées les plus humaines et les plus délicates. J’ai hâte que les gens puissent le lire.

Pour la venue de ce premier travail totalement indépendant par un auteur de talent (disons le), il faudra encore patienter – en tout cas, jusqu’au mois de février. A moins de quelques semaines de son premier numéro, Suiciders part en tout cas très bien, fomentée par un Bermejo motivé et dont le résultat final devrait être, au moins pour la partie graphique, dans le niveau de qualité auquel l’artiste nous a fermement habitué. En l’attente d’une review qui paraîtra (à l’heure) sur DCP, il ne reste qu’à arracher nerveusement les pages du calendrier, parce que oui, les scientifiques l’ont prouvé, ça fait passer le temps plus vite. Et voilà.


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