Critique de FBP : Federal Bureau of Physics Vol. 2 : Wish you were here
Les points positifs :
  • Des personnages qui se complexifient
  • Les voyages à travers le temps
  • Fun et sans temps mort
Les points négatifs :
  • Le manque de légèreté
  • S’apprécie mieux en ayant lu le reste du run
  • Pas toujours très beau

« I came back in time to avert a catastrophe and failed on every level. » – John Fox 


  • Scénario : Mark Waid – Dessins : Oscar Jimenez, Jim Cheung, Anthony Castrillo, Sergio Cariello – Encrage : Jose Marzan Jr., Hanibal Rodriguez, John Nyberg, Brian Garvey  – Couleurs : Tom McCraw

Après un Dead Heat en demi teinte, il est temps de continuer l’exploration du run de Mark Waid avec Race Against Time. Suite directe de Dead Heat d’ailleurs, avec qui il forme au final une grande saga, cette oeuvre va une nouvelle fois permettre à Mark Waid d’explorer le vaste univers du Scarlett Speedster en le propulsant à travers le temps pour étoffer encore un peu sa mythologie. Après son combat contre Savitar, Wally West est, en effet, projeté dans le futur et espère que son amour pour Linda Park lui permettra à nouveau de retrouver sa route vers le présent. Dans le présent justement, John Fox, le mystérieux Flash du futur, assure l’intérim sans que l’on ne sache vraiment ce qu’il fait ici.

Vous l’avez sans doute déjà compris, il est grandement question de voyage dans le temps dans Race Against Time. Nous suivons donc deux histoires en parallèle qui vont, évidemment, finir par se rejoindre. D’un côté le voyage à rebours dans le temps de Flash et de l’autre le présent avec une nouvelle dynamique qui s’installe du côté des personnages avec l’absence de Wally West. Les personnages et leurs émotions sont, comme toujours avec Mark Waid sur Flash, le centre nerveux du récit. L’auteur livre donc une histoire simple avec des enjeux clairement définis et va épaissir son récit en travaillant les relations entre tous ses héros. Il y a donc bien un aspect soap opéra assez fort dans le récit mais là où Dead Heat se révélait un peu simpliste dans le traitement de tout ce beau monde, Race Against Time montre, heureusement, plus de nuances. On pourrait finalement mettre de côté toute la partie sur l’inévitable combat entre les héros et les vilains, qu’il y aurait toujours matière à raconter quelque chose ici. Entre, John Fox et Wally West, qui vont, tour à tour, être tiraillés entre leurs devoirs et leurs sentiments ou le personnage de Linda Park qui va devoir faire face à des émotions contradictoires qu’elle ne comprend pas, je ne croyais pas dire ça un jour mais c’est bien ce côté soap opéra qui se révèle être la force de l’histoire. C’est d’ailleurs sur ces aspects que Mark Waid concentre la majeur partie de son récit pour qu’ils en deviennent le moteur. Les révélations sur les vilains et leurs motivations arrive finalement assez tard pour être expédié bien vite. Alors certes, ne vous attendez pas à un traitement psychologique sophistiqué et très profond de la part de l’auteur sur ses personnages mais cette touche de ‘drama’ apporte un plus indéniable à l’ensemble.

L’ensemble justement tient aussi bien la route au niveau du scénario. Evidemment Mark Waid connaît la formule et tout est là dans Race Against Time. De l’action, un peu de romance, une situation qui semble de plus en plus compliquée et qui amène à un final digne d’un blockbuster. Le récit super-héroïque dans toute sa splendeur me direz-vous et oui, c’est un peu ça. Il ne faut, en effet, pas s’attendre à de grandes surprises ici, ni même à des expérimentations narratives. Par contre si vous êtes là pour une jolie histoire, bien racontée par un auteur expérimenté, vous en aurez pour votre argent. En plus de ça, les voyages de Wally West dans le temps apportent des changements agréables et viennent casser la monotonie qui pourrait s’installer dans l’histoire. Ils permettent en plus d’étoffer les notions d’héritage laissées par le Flash qui sont, une fois de plus, importantes ici. Entre la présence de John Fox qui amène l’idée qu’il y aura toujours un Flash et le chapitre se concentrant sur les Tornado Twins, les enfants de Barry Allen dans le futur, c’est la mythologie autour des Speedsters que Mark Waid vient encore agrandir dans Race Against Time. C’est d’ailleurs ce qu’il fera tout au long de son run. Au final, le récit, bien que très classique, n’est pas linéaire. En tout cas, la résolution d’enjeux narratifs qui se succèdent dans la dernière partie donne vraiment l’impression d’une course folle contre le temps alors que chaque épreuve passée par Flash l’amène à la suivante.

En gros, nous sommes en terrain connu mais avec assez de rebondissements pour capter notre attention durant 150 pages. On peut néanmoins regretter que les touches de légèreté, assez présentes dans la première partie, s’estompent au fil du récit pour qu’au final tout soit raconté dans un même style. En effet, l’auteur a tendance à tout écrire uniquement sur un ton épique, ce qui, paradoxalement, atténue l’impact des moments forts puisque tout est constamment sur ce registre. De plus, même si le récit est largement accessible, la lecture des œuvres précédentes de Mark Waid sur le personnage se révèle être capitale pour saisir tous les détails ici. L’auteur ne perd que très peu de temps dans l’exposition de son histoire et s’appuie largement sur ses travaux précédents afin d’entrer le plus vite possible dans le vif du sujet, un lecteur débarquant avec ce livre pourrait donc avoir quelques problèmes pour tout remettre en place. Au rang des déceptions, il y a aussi, hélas, la partie artistique qui empêche définitivement l’oeuvre de sortir du lot. Race Against Time n’est pas raté graphiquement mais c’est un comics comme on en voit des dizaines chaque année à ce niveau là. Les dessins n’apportent, en tout cas, aucune plus-value à l’histoire et la présence de nombreux artistes et encreurs vient casser l’unité de l’ensemble. En plus de ça, ils ne dessinent pas tous les personnages de la même façon. Linda Park par exemple à tendance à changer radicalement toutes les dix pages. Les quelques bons moment, notamment dans les scènes d’action, ne suffisent pas à complètement inverser la tendance pour ce qui est de la partie graphique.

Race Against Time est donc un bon comics de super-héros. Rien de plus et certainement rien de moins. On retrouve ici toutes les petites manies et tous les thèmes chers à Mark Waid dans son run. Les fans seront donc conquis et les autres gagneront certainement à se pencher sur les œuvres précédentes de l’auteur afin de pleinement apprécier un livre qui, à défaut d’être révolutionnaire, remplit complètement son rôle de divertissement populaire. Alors certes, l’histoire aurait, peut-être, gagné à être illustrée par des artistes plus inspirés mais en tout cas, vingt ans après, Race Against Time et le Flash de Mark Waid en général d’ailleurs, tient toujours fièrement la route et ce n’est sûrement pas un hasard.