Critique du Flash Omnibus Carmine Infantino
Les points positifs :
  • Des premières apparitions historiques à foison
  •  + une créativité inouïe
  •  = la crème du Silver Age de DC
Les points négatifs :
  • Une reliure austère
  • Mini cross-over avec Green Lantern amputé de sa première partie
  • Des codes qui déstabiliseront les habitués du Modern Age

“I’m like an old fire horse waiting for the sound of the alarm !” – Jay Garrick


  • Scénario : Robert Kanigher, John Broome, Carmine Infatino  – Dessin : Carmine Infantino – Encrage : Joe Kubert, Joe Giella, Frank Giacoia, Murphy Anderson

Après Batman et Superman, il n’est pas rare de retrouver Flash en tête des classements des super-héros les plus appréciés chez DC Comics (en tout cas nous on est de cet avis). Cependant, le Bolide Écarlate, à la différence de Batman et Superman, a subi une profonde métamorphose lors de la relance de sa série au milieu des années ’50. Ce renouveau, dans le Showcase #4, fut d’un tel impact qu’on le cite parfois comme le numéro ayant lancé le Silver Age ! Ce volumineux omnibus de 864 pages vous permet de redécouvrir les débuts de Barry Allen dans des numéros d’une importance historique. C’est cher, mais on en a pour son argent, autant niveau contenu que cultitude.

Barry Allen travaillait tranquillement dans son laboratoire de la police scientifique lorsque soudain, sans crier gare (car c’eût été étonnant de la part de la foudre), un éclair frappe et l’éclabousse de plein de produits chimiques. Misère, ses vêtements sont trempés ! Mais Barry Allen s’en remettra rapidement car il découvre que l’accident, en plus de lui coûter une lessive, l’a doté de pouvoirs merveilleux : il est maintenant capable de courir à une vitesse prodigieuse ! Et ce n’est que le début de fantastiques aventures pour l’homme le plus rapide du monde !

Les premiers pas de Barry Allen, c’est du lourd !

Ces quelques 900 pages couvrent les six premières années de la carrière de Barry Allen. En réalité, l’omnibus commence par le dernier numéro de Flash Comics avec Jay Garrick. Également présent dans le tpb Flash : The Greatest Stories Ever Told, ce numéro n’est pas seulement intéressant parce qu’il clôt l’ère Golden Age du célèbre bolide, mais on y voit également une sorte de proto-version du Reverse-Flash qui croisera souvent le fer avec le Monarque du Mouvement dans les années à venir. Cette sorte de mise en bouche, encrée par Joe Kubert, relève cependant de l’anecdotique et le lourd n’est qu’à venir.

Tout d’abord, cet omnibus est intéressant pour la rareté du matériel collecté. Contrairement à des omnibus récoltant des travaux plus récents comme les différents run de Geoff Johns des années 2000, les numéros du Silver récoltés ici ont connu des rééditions hasardeuses. Il y a bien quelques classiques qu’on retrouve dans quasiment toutes les anthologies, comme l’incontournable Flash #123, qui a fait l’objet d’un showcase l’autre jour, dont on parlera du caractère révolutionnaire plus bas, mais sinon la majorité forme des récits sur lesquels il est difficile de mettre la main. Les seules alternatives à cet omnibus qui reprend méthodiquement les premiers pas de Barry Allen seraient soit la collection DC Archives, qui a sorti six volumes à ce jour à des prix honteux mais qui dépasse le numéro #132 auquel s’arrête cet omnibus. Il y a également les Flash Chronicles, aux prix plus avantageux, qui, elles, s’arrêtent au numéro #124, mais ça reste à peu près tout, aussi, l’inaccessibilité de ces récits est déjà un argument en faveur de cette massive collection.

C’étaient leurs premières fois

Ensuite, il y a l’impact historique. Plus encore que le titre Justice League of America, dont la déclinaison Silver Age a également bénéficié d’une réédition en omnibus l’année dernière, la série Flash était la figure de proue de DC à l’époque. Des nouveaux héros créés par l’éditeur à cette époque (Martian ManhunterGreen LanternAdam Strange, etc.), Flash est sans doute devenu le plus populaire. Le concept de ses pouvoirs était simple, mais n’empêchait pas les scénaristes John Broome et Gardner Fox de redoubler d’inventivité pour en faire des utilisations étonnantes, comme passer dans des dimensions parallèles, traverser les murs ou voyager dans le temps. L’inspiration des scénaristes y empêchait de tomber dans des schémas narratifs trop répétitifs comme avait tendance à le faire la série Justice League of America (j’en parle beaucoup parce que je me suis aussi farci l’omnibus et c’était vachement moins digeste). Représentative de son époque, la série est imprégnée de science-fiction : Barry Allen ne cesse de rencontrer des extraterrestres, des peuples mystérieux vivant sous Terre ou sous les océans. Les auteurs ont également à cœur de donner du crédit scientifique aux aventures de leur personnage, ils ne cessent ainsi d’insérer de petites annotations pour expliquer tel ou tel phénomène en utilisant des métaphores à même d’être éloquentes pour le lecteur de dix ans lambda de l’époque.

Ces pages voient également naître une des plus belles galeries de vilains du DC Universe. Les scénaristes envisagent les vilains d’une nouvelle manière, les destinant dès le départ à revenir affronter le héros. Dans cette optique, chaque nouvelle apparition offre également un aperçu plus étendu qu’auparavant des origines du personnage, là où beaucoup d’antagonistes du Golden Age restaient entourés de mystère. Gorilla GroddCaptain Cold, le Mirror Master, la Toupie, le Trickster, le Weather Wizard, … Tous rencontrent pour la première fois Barry Allen dans ces pages, tandis que vous découvrirez leurs toutes premières apparitions. Et ce côté ‘première fois’ ne se limite pas qu’aux méchants, puisqu’on voit également les débuts de Wally West, qui est le tout premier à être mis dans le secret de la double identité de Barry Allen, puis les débuts de Elongated Man qui épouse dans cet omnibus sa femme Sue Dibny, tristement célèbre pour son rôle dans Identity Crisis. Relevons également un team-up avec Hal Jordan, deuxième partie d’un crossover débuté dans le Green Lantern #13, qui amènera les deux héros à se rencontrer pour la première fois dans le DC Universe et à sceller une longue amitié qui inspirera la mini-série Flash & Green Lantern : The Brave and the Bold chez Mark Waid des années plus tard (déplorons d’ailleurs l’absence de ce Green Lantern #13 au nombre des défauts de cet omnibus).

Une créativité rarement égalée

Vient ensuite cette superbe inventivité typique du Silver Age qui donne naissance à des histoires terriblement loufoques telles qu’on n’oserait plus les faire aujourd’hui. Elle se traduit également par le nombre de personnages ou de peuples inventés, quasiment une nouvelle trouvaille par numéro ! Citons une histoire où Grodd invente un appareil pour rendre Flash si obèse qu’il ne parvient plus à courir (Flash #115), celui où le responsable d’une chaîne de télévision dans une dimension parallèle sème le chaos sur Terre pour faire grimper l’audimat d’une émission retransmettant les catastrophes qui se déroulent sur notre planète, ou encore celle où le Mirror Master découvre pour la première fois sa fameuse dimension des miroirs, qui inspirera la reprise du personnage qu’en fera Grant Morrison des années plus tard dans les pages d’Animal Man. La filiation entre cette époque de Flash et l’auteur écossais ne se limite d’ailleurs pas au Maître des Miroirs, parce que le summum de la créativité de cette série reste sans doute l’extraordinaire Flash of Two Worlds, dans lequel Barry Allen croisa pour la première fois le chemin de son prédécesseur Jay Garrick (ils se reverront de nombreuses fois plus tard, la suivante fut dans le Flash #129, également présent dans cet omnibus). Ce numéro historique eut de nombreux mérites : le premier, énorme pour DC Comics, fut de créer le concept des Terres parallèles et celui du Multiverse, sur le devant de la scène en ce moment grâce à Grant Morrison ; le second, d’amener cette idée précieuse d’héritage entre les différents porteurs d’un même costume qui imprégnera de nombreuses histoires de Flash et d’autres héros du DC Universe comme Starman ; et enfin, d’apporter peut-être pour la première fois des éléments ‘meta’ dans un comics en mentionnant le scénariste Gardner Fox, ce qui préfigure d’une certaine manière la rencontre future entre Barry Allen et son éditeur Julius Schwartz, puis celle de Grant Morrison et de Buddy Baker dans les pages d’Animal Man.

Aux dessins, Carmine Infantino était la coqueluche de l’époque et son départ de la série après une centaine de numéros affecta profondément les fans. On prend soi-même la mesure de son talent, au fil de ces quelques 900 pages, pour renforcer les expressions des visages (celles d’Iris West sont absolument exquises par exemple, amplifiées par un regard hypnotisant), visages auxquels il parvient parfois à donner un relief d’une surprenante modernité. Son habileté pour mettre en valeur les capacités de Flash lorsqu’il est en mouvement inspireront énormément les futurs artistes qui se mettront aux commandes du Bolide Écarlate. De la même manière, rien n’est plus amusant que de voir Elongated Man se contorsionner sous son pinceau espiègle. Mais le plus fascinant restera probablement le design des personnages qui naissent sous ses doigts de magicien, que ce soit celui des aliens condamnés à l’oubli à l’issue de l’histoire qui les met en scène, ou de celui des personnages destinés à réapparaître. Il y a fait preuve d’un tel génie que près de soixante ans de comics ne parviendront pas à les rendre obsolètes, songeons aux costumes de Barry Allen et des Rogues ! Enfin les adeptes d’artistes au trait avare en détails à la Darwyn Cooke sauront sans doute trouver un peu de cette magie épurée qui fait le charisme des planches de ce grand nostalgique du Silver dans le style de Carmine Infantino, à bon entendeur !

Cet omnibus est une mine d’histoires déjantés truffées d’idées audacieuses mais également mine de premières apparitions historiques (Barry Allen oui mais aussi Elongated Man, Iris et Wally West, Grodd, les Rogues, etc) et enfin mine de moments historiques comme la rencontre entre Jay Garrick et Barry Allen ! Assurément, les prospecteurs du Silver ramasseront toutes sortes de métaux précieux dans ce pavé qu’on ne saurait que trop recommander aux curieux et aux collectionneurs. On y tourne parmi les plus belles pages de l’histoire de DC Comics !

3 Commentaires

  1. J’espère que Urban Comics aura la bonne idée de publier les épisodes de cet omnibus, même si c’est en plusieurs albums. Ils pourraient créer une collection DC signatures au nom de Carmine Infantino. Ou bien une collection Archives du Silver Age…

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