Critique de Flash - The Greatest Stories Ever Told
Les points positifs :
  • Plongeon dans le passé
  • La crème du Silver Age de DC Comics ?
  • Des numéros historiques
Les points négatifs :
  • Un Golden Age anecdotique
  • Peu de Wally West (et évidemment pas de Bart Allen)
  • Toujours le problème des doublons

« I’m stuck. Out of sync in a world of statues. For all eternity. » – Wally West


  • Scénario : Robert Kanigher, John Broome, Gardner Fox, Cary Bates – Dessin : Lee Elias, Carmine Infantino, Ross Andru, Irv Novick

Récoltant des récits essaimés sur l’histoire des plus grands héros de DC Comics, la collection ‘…’ : The Greatest Stories Ever Told est une excellente manière de se familiariser à la carrière d’un héros, en commençant par ses primes aventures pour remonter le temps jusqu’à notre époque. Cette collection ressemble en ce sens aux anthologies publiées par Urban, à la légère différence que les greatests stories ne sont pas enrichies d’un contenu éditorial visant à contextualiser les histoires. Retour à l’occasion de l’anniversaire du Bolide Écarlate sur cette sélection de huit récits emblématiques.

Contenu : Flash Comics vol. 1 #86 et 104, Flash vol. 1 #123, 155, 165 et 179, DC Special Series vol. 1 #11 et Flash vol. 2 #91.

On pourrait diviser ce recueil en trois parties. La première se constitue des deux numéros de Flash Comics #86 et #104, et mettent en scène le premier Flash de l’histoire : Jay Garrick. Dans le #86, il affronte des voleurs de météorites qui s’associent à un dinosaure de l’Âge de Pierre (à l’époque, on pensait qu’il y avait des dinosaures à l’Âge de Pierre oui). Sans grande importance historique, elle donne un aperçu du ton des aventures de Jay Garrick. Certains découvriront ici sa relation avec celle qui deviendra sa femme, Joan Williams. Ce couple avait la particularité de ne pas tenir secret la double-vie de Jay Garrick à sa compagne, une originalité qui s’oppose au cliché véhiculé par le mythique couple Lois Lane – Clark Kent, et qui inspirera, peut-être inconsciemment, Barry Allen des années plus tard, lorsqu’il devra épouser Iris West. La seconde histoire offre peut-être un intérêt historique légèrement plus élevé, pour une double-raison : d’une part c’est le tout dernier numéro avant que la série ne soit annulée (elle sera relancée dix ans plus tard pour l’arrivée de Barry Allen avec la même numérotation), d’autre part, on peut y apercevoir ce qui semble être une proto-version du Reverse-Flash, l’ennemi ultime des bolides du DC Universe. Il se fait ici appeler le Rival Flash, et ne peut profiter que temporairement de sa super-vitesse, à l’inverse de son rival. Et contrairement à sa déclinaison future, il ne vient pas du futur. Par curiosité, on est toujours intéressé de découvrir à quoi ressemblait le Flash du Golden Age, on pourra d’ailleurs être surpris de déjà voir Jay Garrick faire une utilisation inventive de ses pouvoirs pour éviter que le secret de sa double-vie n’éclate au grand jour. Mais pour le reste, la mythologie du premier bolide, à peine existante, a laissé si peu de traces qu’on peine à discerner des ponts entre ces histoires et notre époque. Par exemple, le Rival Flash du Flash Comics #104 a si peu en commun avec le Reverse-Flash qui lui succédera que le parallèle s’avère anecdotique, à l’image de ces deux fragments d’une époque oubliée.

Et Gardner Fox créa le Multivers…

La seconde partie, occupée par Barry Allen, est la plus fournie. Évitant la traditionnelle première apparition, qui était déjà présente dans le recueil des années 90 The Greatest Flash Stories Ever Told (au contenu différent), on n’échappe cependant pas à l’inénarrable Flash of Two Worlds du Flash #123. Les lecteurs francophones sont peut-être déjà tombés dessus dans la DC Comics Anthologie, rares sont en tout cas ceux qui n’ont pas déjà lu ce qui doit probablement être la plus grande histoire du Silver Age de DC Comics, à l’origine de son attachement prononcé pour la continuité et de la création de son Multiverse. Le plot révolutionnaire de ce numéro amenait Barry Allen sur la Terre de son prédécesseur, Jay Garrick, qu’il connaissait déjà parce que, d’où il venait, Jay Garrick était un personnage de comics tiré de l’imaginaire d’un certain Gardner Fox. On tenait là une des premières fissions du quatrième mur qui inspirera plus tard la création de Terre-Prime, soit notre Terre à nous de la vraie réalité véritable où les super-héros ne sont que des œuvres de fiction. Une autre idée fabuleuse qui survient pour la première fois, coïncidence, dans un autre comics de Flash, le Flash #179, écrit par Cary Bates. Dans ce dernier, Flash se retrouvait coincé dans notre monde et demandait de l’aide à son propre éditeur du moment, Julius Schwartz, de l’aider à construire un tapis roulant cosmique pour retourner dans son monde. On tient avec ces deux numéros deux perles de l’ère pré-Crisis de DC Comics qui valent à elles seules l’achat de ce TPB, si vous ne les avez pas déjà dans un autre recueil.

Mais outre ces délires qui jouent avec les limites entre fiction et réalité, on trouve également dans Flash : The Greatest Stories Ever Told des histoires qui ont profondément affecté l’univers du Bolide Écarlate. Si on nous épargne la mort d’Iris, on trouve en revanche le numéro #165, dans lequel elle se marie avec Barry Allen. Le numéro mettant également le Professeur Zoom au premier plan, il sert également à montrer, à son moment fatidique de la vie de Barry Allen à quel point son alter-ego du futur lui est intimement lié, dans la vie ou dans la mort. Et si Eobard Tawne est probablement le plus terrible (et le plus charismatique) de la galerie des vilains de Flash, difficile de ne pas mentionner d’autres figures incontournables comme les Rogues ou Gorilla Grodd, tous deux présents dans le Flash #155, qui présente la première réunion des Rogues et qu’on retrouvait déjà dans la Super-Vilains Anthologie. Création du Multiverse avec la ‘première crise’, création de Terre-Prime, mariage de Barry Allen et première apparition réunie des Rogues, en terme d’importance historique la partie Silver Age est solide.

Wally le mal-aimé

Dans le DC Special Series #11, non seulement on trouve quatre bolides réunis, comme Mark Waid le fera souvent plus tard (ici c’est Jay Garrick, Barry Allen, Wally West et Johnny Quick) mais le numéro montre également la scène où Wally révèle sa double-vie à ses parents… pour ensuite abandonner le costume de Kid Flash ! Même s’il le reprendra plus tard, l’impact reste là, cerise sur le gâteau qu’est cette histoire complètement folle où les trois grands Flash fusionnent leurs molécules en vibrant pour vaincre Gorilla Grodd, du simple délire. Wally West, dans le costume de Flash, ne tient le rôle principal que dans un seul numéro, il s’agit du Flash #91 de Juin 1994, écrit par le talentueux Mark Waid. Les responsables de cette sélection ont eu la bonne idée d’insérer un numéro plus ou moins inédit puisqu’il n’a pas encore été ramassé dans un TPB de la réédition chaotique du run de Mark Waid. Cette histoire est probablement inspirée de la périphrase d’Alan Moore glissée en référence à Flash dans le Swamp Thing #24 : ‘A man who moves so fast that his life is an endless gallery of statues.‘ Ici, grâce à un tip donné par Johnny QuickWally West atteint un tel niveau de vitesse que tout ce qui l’entoure se fige. Incapable de revenir à une vitesse normale, il ne doit son salut qu’à l’aide de Max Mercury qui, au prix d’un effort surhumain, parvient à rivaliser de vitesse avec l’homme le plus rapide de tous les temps. S’ensuit une réflexion sur la responsabilité d’un homme aux pouvoirs si exceptionnels, car en dépit de sa vitesse sur-humaine, il n’est pas capable d’empêcher tout drame ou tout accident. Son rôle de héros implique de faire des choix et de vivre avec. On reconnaîtra que Mark Waid nous a habitué à quelque chose de plus élevé comme réflexion, mais l’auteur n’en fait pas des tonnes et le numéro reste honnête, sans constituer un des moments les plus mémorables de son run.

Quant aux dessins, compte tenu de l’ancienneté de la majorité des récits présentés ici, il ne faudra pas s’attendre à un respect des canons esthétiques actuels. En revanche, ce sera l’occasion d’avoir un aperçu du travail fantastique de Carmine Infantino qui a accompli un run gargantuesque de près de deux cents cinquante numéros sur la série. C’est sous son pinceau qu’ont été créés Barry Allen et tous ses ennemis, design compris. Le fait que le costume de Barry ne soit toujours pas démodé en 2015 donne une idée de son talent. Et même si les animations de vitesse rivalisent difficilement avec les prouesses des dessinateurs modernes, celles que dénichait Carmine Infantino pour mettre en valeur les prouesses de Flash ont largement contribué à la popularité de la série, à tel point qu’il laissa véritablement le titre en deuil lors de son départ.

Flash, c’était Carmine Infantino

Les amis de Wally West seront peut-être déçus de ne pas voir plus longtemps le troisième porteur du costume de Flash. Il paraît justifié que Barry Allen prenne la vedette, sachant qu’il était encore bien mort l’année où ce recueil est sorti et que de nombreux lecteurs n’étaient pas familiers à son passé. En revanche, on aurait volontiers troqué une voire les deux histoires de Jay Garrick pour des inédits plus importants de l’ère Wally. Ce choix s’explique probablement par la direction générale de cette collection, qui vise avant tout à présenter à des lecteurs contemporains des parcelles d’une époque oubliée. Non seulement le lectorat avait plus de chances de mal connaître les aventures de Jay Garrick et donc était plus susceptible de s’y intéresser, mais il s’agissait de numéros quasiment introuvables en bon état, vu leur âge. Une réédition dans ce type de collection ‘anthologique’ est donc le seul moyen de s’y plonger (à moins de s’attaquer laborieusement aux poussiéreux DC Archive hors de prix). On comprend tout à fait ce choix, mais, dans l’absolu, les aventures de Wally West sont plus consistantes. L’autre défaut inhérent à toute collection de ce type est le problème des doublons. Pour un lecteur français appliqué, ce recueil en contient deux, à savoir les Flash #123 et #155, respectivement présents dans la DC Comics Anthologie et la Super Vilains Anthologie. Il y a également le risque de voir la Flash Anthologie annoncée amener un autre lot de doublons avec le contenu présenté ici (le mariage avec Iris paraît par exemple difficilement évitable). Vous pourrez considérer le prix du recueil un peu cher en retirant ces récits de la pagination, mais d’un autre côté ce type de recueils est la seule manière de poser ses yeux sur des perles comme le Flash #179 sans devoir vendre un rein, donc vous êtes d’une certaine manière de toute façon gagnant. Autant s’y accommoder.

Flash : The Greatest Stories Ever Told forme un beau recueil qui contient des moments historiques de la carrière de Barry comme le Flash of Two Worlds, son mariage avec Iris, la première réunion des Rogues ou la création de Terre-Prime. Autant de perles parfois oubliées que cette collection permet de découvrir ou de redécouvrir.