Critique de FBP : Federal Bureau of Physics Vol. 2 : Wish you were here
Les points positifs :
  • Des enjeux qui montent crescendo
  • Une évolution de l’univers
  • Les Speedsters au top !
Les points négatifs :
  • Un vilain générique
  • Quelques maladresses très 90’s

« It’s going to take a miracle to save us all and i don’t believe in miracle. » – Linda Park 


  • Scénario : Mark Waid – Dessins : Salvador Larroca, Carlos Pacheco – Encrage : Jose Marzan Jr. – Couleurs : Tom McCraw, Gina Going 
  • DC Comics  – The Flash : Terminal Velocity – 1 Septembre 1995 – 192 pages

Au moment de s’attaquer à Terminal Velocity, Mark Waid n’en est pas à son coup d’essai sur le Flash. Déjà auteur de quelques arcs reconnus (Born To Run, The Return of Barry Allen…), l’auteur est pourtant à un moment charnière de son énorme run sur le personnage au moment de s’attaquer aux prémisses de cette histoire. D’abord parce qu’elle fait suite aux événements de Zero Hour qui vont quand même changer deux ou trois petites choses dans l’univers DC (le TPB de Terminal Velocity contient d’ailleurs Flash #0) et ensuite parce que la conclusion du récit s’est faite, à l’époque, dans le centième numéro de la série Flash. Il fallait donc fêter tout ça dignement en continuant d’étoffer cet univers. Alors Terminal Velocity, qu’est-ce que c’est ? Après avoir été projeté au cœur de la time stream dans Zero Hour, Flash se retrouve face à une vision du futur, évidemment un futur qui ne sera bon ni pour lui, ni pour Keystone City, ni pour Linda Park. De retour dans le présent, il n’a donc plus qu’une mission en tête, empêcher ce futur de se produire. Rien de bien bouleversant donc si on s’en tient au pitch. C’est pourtant bien là que réside l’intérêt de cette oeuvre. Au sein d’un récit super-héroïque ultra codifié et classique, Mark Waid ne s’attellera qu’à une chose, faire en sorte que tous ses personnages et leurs mythologies en ressortent grandis.

Un récit classique et codifié donc mais pas dénué d’intérêt pour autant puisque Mark Waid nous sert tout ça avec une générosité qui force le respect. Il ne faut donc pas chercher de message profond caché et juste se laisser emporter par le rythme assez fou qui donne le ton de l’histoire. Le sempiternel combat du bien (Flash) contre le mal (Kobra) apparaît au final comme secondaire et  ce sont finalement tous les à-côtés que permet ce genre de récit qui vont se révéler comme étant le cœur de Terminal Velocity. Près de 200 pages durant, l’auteur va donc, entre autre, définir les origines de Max Mercury et de la Speed Force, approfondir la relation entre Wally West et Bart Allen, faire de Linda Park le moteur émotionnel du récit et mettre en place les notions d’héritage entre plusieurs générations de Speedsters. Rassurez-vous, avec tout ça, c’est quand même bien Wally West le personnage principal ici. Sous la plume de Mark Waid, tout le potentiel de Wally va être exposé au grand jour. En remettant son identité et ses pouvoirs en questions, le personnage va finalement prendre conscience de qui il est et finira par imposer son statut de héros dans un dernier acte au rythme implacable. L’appel de la Speed Force auquel répondra pour de bon Wally pouvant alors être vu comme la transformation finale du personnage lors de son sacrifice. À partir de là, l’oeuvre apparaît comme une véritable célébration de l’univers de Flash tout entier en poussant les concepts liés à la mythologie du personnage encore plus loin. Pas mal me direz-vous d’autant plus que tous les personnages bénéficieront d’une caractérisation assez juste. C’est en tout cas vrai pour ceux du bon côté. Il faut, en effet, bien constater que ce n’est pas vraiment la fête pour ce qui est du vilain. Certes, la menace que représente Kobra est bien réelle et mais le personnage en lui-même est, hélas, bien fade. C’est d’ailleurs bien là le gros point faible de l’histoire. Il n’est qu’un terroriste près à tout de plus, sans grand charisme et avec des hommes de main par dizaines qui sortent de nulle part. Ses apparitions ne servent finalement qu’à enclencher les séquences d’action et les péripéties de façon mécanique.

De l’action justement, Terminal Velocity n’en manque pas. Jamais bourrin et surtout toujours fun, le récit parvient néanmoins à rester cohérent avec des séquences de plus en plus cataclysmiques, allant même jusqu’à brièvement faire intervenir la Justice League, au fur et à mesure que l’importance des enjeux augmentent. Ces séquences n’auraient d’ailleurs pas la même efficacité sans le travail de Salvador Larroca, qui officie sur la majeure partie de l’oeuvre, et de Carlos Pacheco qui signe quelques pages. Globalement les artistes évitent la plupart des écueils relatifs aux années 90. Certes, ici et là on retrouve des personnages ridiculement musclés ou des attitudes parfois exagérément badass mais l’ensemble, même un peu daté, tient encore la route aujourd’hui. La sensation de vitesse est bien rendue alors que le découpage, classique mais intelligent, permet à l’oeuvre d’avoir une lisibilité totale. C’est cependant entre les coups de poings échangés et les explosions que la véritable profession de foi de Mark Waid sur ce livre apparaît. A travers les épreuves que devront affronter Wally West et Linda Park, tour à tour narrateurs du récit, le scénariste nous montre le parcours de deux personnages, prêt à tout pour se retrouver. Cet arc narratif autour d’eux finissant de faire de Terminal Velocity un blockbuster, certes, mais dénué de cynisme pour finalement se révéler, au fond, comme une histoire d’amour intemporelle. C’est donc bien ici que Wally va définitivement s’extirper de l’ombre imposante de Barry Allen et devenir, pour de bon, un héros majeur au sein du DC Universe. Même si encore une fois, c’est loin d’être toujours réalisé avec finesse et que le côté mélodrame est, quelques fois, poussé dans des extrêmes qui peuvent faire sourire, le cœur mis à l’ouvrage finit par emporter l’adhésion du lecteur.  Un dernier mot tout de même pour signaler qu’il vous sera très difficile de vous procurer ce volume qui n’est, hélas, plus publié. Reste le marché de l’occasion mais gare au prix ou alors en single, sur Comixology par exemple.

Avant Terminal Velocity, Mark Waid s’était déjà chargé de placer Wally West aussi haut dans le cœur des fans que Barry Allen. Ici, il aborde son récit avec une telle passion, une telle croyance en ses personnages qu’au moment de refermer le livre, il est bien difficile de ne pas se dire, à tort ou à raison, que Wally est bel et bien le plus grand Flash de tous les temps. Au final, au delà de l’action, de la vitesse et du combat entre le bien et le mal, Terminal Velocity est avant tout une belle histoire d’amour. Celle d’un homme et d’une femme prêts à tous les sacrifices pour finalement se retrouver. Alors je sais, dis comme ça, ça semble un peu niais mais que voulez-vous, n’est pas Mark Waid qui veut !