Critique de la Super-Vilains Anthologie
Les points positifs :
  • Des numéros absolument incontournables
  • Batverse étonnamment en retrait
  • Artistes et scénaristes de légende
Les points négatifs :
  • Golden Age anecdotique
  • Sélection Modern Age inégale
  • Extraits de milieu d’intrigue

“Je t’offre le désespoir absolu.” – Mamie Bonheur


  • Scénario : Collectif – Dessin : Collectif

Après la DC Comics Anthologie, la Jack Kirby Anthologie, après des anthologies consacrées à Superman, Batman et son pire ennemi, le Joker, c’est enfin aux vilains du DC Universe de passer par l’illustre case “anthologie” dans le catalogue d’Urban. Aussi importants que les super-héros auxquels ils s’opposent, parfois même davantage, que ce soit en nombre ou en développement, le poids des méchants de DC Comics est comparable à celui de ses justiciers. Dès lors, il était légitime de leur accorder une brève armistice pour découvrir leur histoire au fil de 75 ans de publication, guidé par les introductions d’Urban.

Dans l’ordre, les vilains mis à l’honneur dans cette anthologie sont les suivants : Ultra-Humanite, le Joker et le Pingouin, une Société de l’Injustice du Golden Age (formée du Wizard, du Violoneux, du Glaçon [Icicle], de Sportsmaster, de la Chasseresse [Huntress, mais une autre du Golden sans lien avec le Batverse] et de Arlequin), SinestroLuthor et Brainiac, Gorilla Grodd les Lascars (Rogues en VO, composés ici de Captain Cold, du Maître des Miroirs, de Heatwave, de la Toupie [The Top], du Fifre [Pied Piper], et de Captain Boomerang), Double-Face, Darkseid et d’autres habitants d’ApokolipsBlack MantaDeathstrokeLex Luthor encore une fois, Cheetah, un panorama des ennemis de Superman présenté (encore) par Lex Luthor, le Maître des Miroirs (version post-Crisis, en solo cette fois), d’ultra-courtes origin stories de Black AdamParallax et Double-Face, des New Gods d’Apokolips encore une fois, puis finalement Amazo et le Joker, qui conclut le volume dans un numéro d’Adventures of Superman.

Pas que du Batman, pour changer !

On constate à l’issue de cette longue énumération que l’éditeur s’est appliqué à ne pas se focaliser sur les ennemis de Batman, une tâche pas si aisée puisque, de tous les héros de DC Comics, c’est de loin celui qui a la galerie de vilains la plus fournie et la plus bariolée. C’est là un des premiers mérites de cette sélection, qui s’applique à mettre en avant d’autres figures charismatiques du DC Universe comme DarkseidDeathstroke ou Black Manta, peut-être moins connues du grand public que le Joker ou le Pingouin mais, à plusieurs égards, non moins dignes d’intérêt. Le casting fait saliver, néanmoins on sera toujours capable de maugréer contre tel oubli au profit de tel personnage pourtant secondaire, ainsi on se demande ce que la version du Golden Age de Ultra-Humanite fiche ici. Même s’il n’est pas complètement inconnu (rappelons notamment ses apparitions dans le Timmverse), ce n’est ni un des vilains les plus remarqués, ni un des plus profonds, et finalement le numéro du Golden Age en question ne se justifie pas en soi, sinon peut-être par son équipe créative (Action Comics #13, apporté par rien de moins que Jerry Siegel et Joe Shuster). Malgré ces noms illustres, il aurait peut-être tout de même été plus curieux d’un point de vue historique de mettre en avant la version primitive d’un ennemi plus célèbre.

Les ‘oublis’ sont nombreux (StarroDespero, MongulVandal Savage, Merlyn, etc.) et varieront selon les goûts de chacun, mais les souligner n’est pas très productif si la sélection garde sa pertinence. Ici, Urban s’appuie largement sur la notoriété des auteurs et scénaristes qui se chargent des numéros. On profite d’une avalanche de noms de légende, on voit du Superman dessiné par Curt Swandu Batman par Dennis O’Neil et Neal Adams, du Aquaman par Jim Aparo, des Teen Titans de Marv Wolfman et George Pérez et du Wonder Woman par ce même George Pérez. Sans oublier le Fourth World doublement à son avantage, avec un numéro du King en personne (New Gods #7) et un autre par Mark Millar et Steve Ditko en personne, excusez du peu !

De gros incontournables

Néanmoins, si à ce stade vous bavez à en mouiller votre pantalon, sachez que c’est surtout le Silver et le Bronze Age qui profitent de ces talents (si vous n’êtes pas familiers à ces subdivisions, n’hésitez pas à faire un tour par ici). Le Golden, malgré la présence aux commandes de solides gaillards comme Jerry RobinsonJohn Broome ou Carmine Infantino, laisse en comparaison de ce qui le suit un souvenir assez périssable. Il faut dire que les numéros du Silver frappent fort à travers leur importance historique, ainsi le Superman #167, non content de mettre en scène la première association des deux plus grands ennemis de Superman, j’ai nommé Lex Luthor et Brainiac, a également signifié une énorme retcon pour le second nommé, introduisant pour la première fois l’idée selon laquelle le personnage n’est pas un extra-terrestre vivant, mais un ordinateur intelligent. Edmond Hamilton en profite pour arranger la filiation entre le terrible ennemi de Superman et le légionnaire Brainiac 5 du futur, à priori rendue impossible si Brainiac premier du nom est une machine. Et au-delà de ces apports historiques, l’histoire est éblouissante de cette créativité caractéristique du Silver, faisant par exemple une utilisation exemplaire des possibilités de la cité miniaturisée de Kandor.

Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, le Flash #155 orchestre la toute première réunion des Rogues (!!!), le New Gods #7 raconte l’établissement de la trêve entre New Genesis et Apokolips, rendue possible par l’échange des fils du Highfather et de Darkseid, respectivement Mister Miracle et Orion. Le Adventure Comics #452 enchaîne également les coups d’éclat : Black Manta y révèle pour la première fois son visage… et sa couleur de peau par la même occasion, tandis que le fils d’Aquaman, dans des circonstances restées célèbres, trouve la mort. Finalement le Tales of the Teen Titans #44 vient clore cette série de numéros incontournables avec la lumière faite pour la première fois sur les origines de Deathstroke, avant de montrer pour la première fois Dick Grayson dans le costume de Nightwing, puis, comme si ça ne suffisait pas, de marquer l’introduction de Jericho au roster des Teen Titans. Vous l’aurez compris, cette Anthologie, plus encore peut-être que la Batman Anthologie, regorge de numéros proprement incontournables. Et ce n’est pas une figure rhétorique : tôt ou tard vous serez amenés à passer par ces pages si vous persistez dans votre exploration du DC Universe, profiter du travail éditorial d’Urban pour le faire n’est donc pas une mauvaise idée.

Débarquer au milieu du film

Cependant, le format de l’Anthologie a également ses faiblesses, dans la manière qu’il a de déraciner des numéros qui étaient parfois compris dans des arcs narratifs très unis. Si cet aspect est évidemment absent des histoires du Silver, qui se limitaient systématiquement à un numéro, plus les années passent, plus le lecteur se sentira projeté au milieu d’une intrigue, avant de la quitter sans en avoir connu le dénouement. On s’en sort parfois étonnamment bien, comme avec le Tales of the Teen Titans #44, pourtant en plein Judas Contract, qui se permet une grosse parenthèse dans une intrigue sur le point d’atteindre son apogée ; d’autres fois le bât blesse plus sévèrement, comme pour le Adventure Comics #452, où on démarre une histoire sans comprendre comment le fils d’Aquaman a été enlevé, ni pourquoi, ni par qui, où Black Manta, au-delà de la révélation choc de son identité, souffre d’une quasi-absence de développement, tout comme Aqualad, et la séparation de ce dernier avec Aquaman perd en impact. Qu’à cela ne tienne : ça incitera peut-être les lecteurs à se procurer le fameux run d’Aparo sur Aquaman.

Ironiquement, le Modern Age souffre moins de cette ‘extraction d’intrigues’, tout simplement… parce qu’il en est quasiment dénué. En effet, là où les numéros des périodes précédentes brillaient par leur importance historique, ceux du Modern stagnent souvent dans l’anecdotique. On retiendra le Wonder Woman #9, dont la qualité était garantie par le seul nom de George Pérez, et le bref passage sur Apokolips sous la plume de Mark Millar et le pinceau de Steve Ditko, ce dernier n’ayant pas vraiment les atours d’un récit moderne, s’inscrivant au contraire significativement dans la lignée du travail de Jack Kirby. Pour le reste, les histoires souffrent souvent de leur brièveté poussée à l’extrême : deux pages ou moins sont consacrées à ToymanMetalloDoomsday, Cyborg Superman, Black Adam ou Parallax. L’Anthologie perd évidemment en qualité ce qu’elle gagne en quantité, cette concision empêchant tout développement et toute originalité. On aurait ainsi préféré se passer du back-up du Countdown #27, révélant les origines de Double-Face de manière très convenue, ainsi que, à la limite, du Batman #234, pourtant pas si mal, pour avoir à la place le Batman Annual #14, contenant le fabuleux récit ‘The Eye of the Beholder’, qui constitue probablement la meilleure origin stories du personnage (ainsi que semble le signifier sa place en tête de ce classement des histoires de Two-Face).

Une sélection “Modern” un peu décevante

Ce Modern Age se termine de manière assez insipide avec des numéros des séries digital first Legends of the Dark Knight et Adventures of Superman. Le premier, scénarisé par Jonathan Larsen et dessiné par J.G. Jones (Final Crisis, Before Watchmen : Le Comédien), oppose Batman à Amazo. Au fond, elle a sa place pour l’importance d’Amazo en sa qualité d’ennemi récurrent de la Justice League ; par ailleurs, même si elle est assez brève, l’histoire reste efficace, soulignant une fois de plus, s’il le fallait vraiment, les capacités hors-norme de Batman en dépit de son absence de pouvoirs. Mais le problème, c’est que s’il fallait mettre une histoire d’Amazo, on aurait par exemple privilégié celle de Mark Millar glissée au milieu du run de Grant Morrison sur la JLA, qu’Urban mentionne pourtant dans leur introduction, et s’ils avaient besoin d’une histoire tirée des New 52, on aurait plutôt accordé notre préférence à une des (rares) bonnes surprises du Villains Month (Man-BatParasite, voire même la Cour des Hiboux,ce qui l’aurait encore davantage ancré dans les New 52). Le choix du Adventures of Superman est en revanche, à défaut d’être judicieux, aisément compréhensible : entre Jock (Green Arrow – Année UnLes LosersBatman – Sombre Reflet, etc.) aux dessins et la présence du Joker dans les pages, c’était le jackpot assuré en termes d’argument de vente. Hélas le numéro est une véritable calamité en termes de caractérisation : le Joker est lourd et ridicule, Superman est méconnaissable, l’auteur (Max Landis, un mauvais scénariste de télévision inconnu du monde des comics) ayant le mauvais goût d’opposer Superman à Batman en insistant sur le fait que Superman, lui, hésiterait pas à tuer (non, ça n’est pas une blague). Superman menace le Joker de mort avant d’aller s’engueuler avec Batman à Gotham en détruisant le plafond de la batcave pour rendre le massacre plus douloureux encore. Une calamité, je le répète.

Non, décidément, le Golden Age et le Modern Age ne se montrent pas vraiment concluants. Surtout que, concernant le Modern Age, le matériel ne manquait pas, les vilains de seconde zone du DC Unvierse n’ayant cessés d’être mis en avant et développés, notamment via des équipes à la composition inattendue. Heureusement, il reste les paragraphes introductifs d’Urban pour rendre (un peu justice) aux grands moments du Modern qu’ont ainsi été la Suicide Squad de John Ostrander ou les Secret Six de Gail Simone. Ces paragraphes de contextualisation, contribuant en grande partie à l’attrait des anthologies d’Urban, ne sont pas toujours des modèles d’expression : on relèvera quelques répétitions laborieuses, quelques rares paragraphes manquant de clarté. Côté traduction, on ne fait que râler lorsque les faux pas (visibles) ressortent, mais il faut dire que les divers traducteurs font des efforts louables pour retranscrire une ambiance d’époque dans les histoires du Golden Age en recourant à un jargon dépassé, tout comme ils donnent aux personnages du Fourth World un ton sentencieux qui convient parfaitement. La traduction des dialogues est, dans l’ensemble, plus que satisfaisante, un petit saut du côté de la concurrence suffira à nous en convaincre. En revanche, le choix de traduire ou non tel ou tel pseudonyme est parfois opaque. Ainsi si The Top devient la Toupie et si Icicle (littéralement, la stalactite) devient, pour d’obscures raisons, le très crédible Glaçon, le Wizard reste de son côté le Wizard, alors que le Sorcier n’aurait pas tellement juré avec le reste de la galerie. On ne mentionne même pas Ocean Master, ici uniquement mentionné dans le contenu éditorial, qui devient tantôt le Maître Océanique ou garde sa version anglaise selon les publications d’Urban (cf Aquaman Tome 3), une ineptie d’autant plus ridicule que François Hercouet avait affirmé dans un interview l’existence d’un fichier commun à destination des traducteurs visant justement à prévenir ce genre de décalages. Mais en dépit de ces petites faiblesses, le travail d’Urban reste un énorme atout pour guider le lecteur peu familier avec l’histoire de DC Comics, et si l’amateur chevronné n’apprendra pas grand-chose, cette piqûre de rappel rythmant le parcours historique est toujours bonne à prendre.

Cette Super-Vilains Anthologie trouve l’essentiel de son attrait dans une poignée de numéros ab-so-lu-ment incontournables, principalement répartis entre le Silver et le Bronze Age. S’ils devaient à long terme trouver leur chemin vers des publications plus spécifiques du catalogue d’Urban, cette anthologie deviendrait peut-être dispensable. Mais en attendant ce futur réjouissant, difficile de se passer de cette sélection réussie, malgré ses imperfections inévitables.

11 Commentaires

  1. Je me suis rué dessus vendredi et j’ai passé le week end à le lire et re-lire…
    Mais c’est vrai que les numéros récent séléctionnés ne sont surement pas les meilleurs mais pour les anciens, il n’y a rien à dire…

  2. Bonne review pour une assez bonne sélection. C’est forcément perfectible, et ça fait un peu preview par certains égards (un nouvel extrait du Fourth World) mais je pense que c’est assez inévitable dans ce genre d’exercice.
    Pour ce qui est de l’Ultra-Humanite, j’imagine que le choix vient du fait que c’était le tout premier supervillain de Supes (antérieur à Luthor, qui lui volera d’ailleurs sa calvitie suite à l’erreur d’un dessinateur).

  3. J’aime les anthologies, je trouve que c’est bien de pouvoir lire des vieux récits comme ça :) bonne initiative d’Urban :)

  4. Je me demande si le fait de ne pas retrouver certains numéros et certains vilains ne s’explique pas par le fait que ces derniers auront le droit à leur propre anthologie (comme le Joker)… (Catwoman ou Lex Luthor par exemple) ?

    • Mmmh peut-être que Luthor aura droit à son Anthologie à long terme (comme tu dis le Joker en a déjà une) mais je ne pense pas que ça ait influé sur leur importance dans cette Antohlogie, en effet Luthor comme le Joker sont bien représentés dans la sélection (respectivement deux histoires pour le Joker et trois pour Luthor). Quant à Catwoman, je pense qu’on peut affirmer que ce n’est plus une vilaine à proprement parler, et ce depuis trente ans au moins.

      • Je m’attendais à avoir l’origine de 1 ou 2 vilains quand même, selon le même principes que les autres anthologies UC – origines et évolution, s’entend. Une anthologie sur les super-vilains et pas un numéro sur le changement de certains d’entre eux, je trouve ça un peu dommage… Enfin, wait n see, on verra ce que nous réserve les prochaines anthologies ^^

        • Bon il y a quand même de nombreuses origin stories, si c’est ça qui t’intéresse en particulier. Brainiac, Metallo, Toyman, Cyborg Superman, Deathstroke, Cheetah, Mirror Master, Double-Face, Black Adam, Parallax, pour ne citer que ceux qui me viennent à l’esprit.

          • Tout à fait, tout à fait, je ne vais pas bouder mon plaisir. j’espère seulement d’autres anthologies dans l’esprit du Joker

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