Critique de Wonder Woman Tome 4
Les points positifs :
  • L’implication prononcée du Fourth World
  • Bon rythme
  • Écriture de qualité…
Les points négatifs :
  • … mais pas à l’abri de quelques clichés
  • Marre des « prophéties » et des « destinées »
  • Combats un peu répétitifs

« Je vengerai chacune de tes victimes. » – Wonder Woman


  • Scénario : Brian Azzarello Dessin : Cliff Chiang, Tony Akins, Aco – Couleur : Matthew Wilson

Wonder Woman, c’était la série qui réconciliait même les détracteurs des New 52Brian Azzarello, dans sa reprise du personnage, l’a profondément imprégnée de mythologie grecque, réinventant dans la foulée les représentations des dieux grecs en se détachant avec netteté de ce qui avait été fait auparavant. L’auteur, capable du meilleur (100 Bullets) comme du pire (Joker et je me rends compte que mes collègues ont des avis significativement différents puisque Biggy attribuait un petit 2.5/5 à 100 Bullets tandis que darthfry encensait le Joker d’Azzarello d’un 5/5 dithyrambique, les goûts et les couleurs !), l’auteur donc se montre ici sous un de ses beaux jours, et son run, qui s’achève ce mois-ci en vo avec le numéro #35, restera sans doute longtemps dans les mémoires. À défaut d’avoir plus de publications consacrées à la Princesse Amazone dans le catalogue d’Urban, on peut se consoler en se disant que Diana a eu de la chance de ne pas être trop malmenée par les New 52, permettant aux lecteurs vf de découvrir le personnage à travers des histoires réellement palpitantes.

Zola au centre de l’attention

Dans les tomes précédents, Brian Azzarello avait introduit le personnage de ZolaZola, c’est une Terrienne comme les autres, dénuée de pouvoirs comme de cheveux (elle les porte courts quoi), sur laquelle, hélas, Zeus a décidé de jeter son dévolu pour lui faire un fils. Comme à la naissance de chaque bâtard de son mari, Hera, la femme de Zeus, s’emporta dans une colère noire et mit tout en œuvre pour retrouver l’enfant et le faire périr. Sans compter que, selon une obscure prophétie, le fils de Zola pourrait être l’enfant destiné à renverser le possesseur du trône de l’Olympe, lequel est actuellement occupé par Apollon, Zeus ayant décidé de partir en vadrouille (ce qui rappelle un peu la désertion de Dieu dans Preacher). Au fil de multiples péripéties, Wonder Woman, qui s’est mise un point d’honneur à protéger Zola et son fils, a trouvé des alliés en Lennox, un autre fils de Zeus fait de cailloux, Orion, le néo-dieu, et… Hera elle-même, un peu plus calme depuis sa chute de l’Olympe à la suite de la prise du trône par Apollon. Cette compagnie tente de survivre tandis que les prophéties se réalisent petit à petit et qu’une menace inquiétante s’élève : le Premier-Né vient réclamer son dû !

Comme dans les tomes précédents, un des atouts de cette série est la galerie étoffée de personnages, pour lesquels on se prend d’affection. Hormis Zola, qui reste un peu générique, ils sont bien développés, que ce soit Hera, qui se voit transformée par son exil de l’Olympe, ou Orion, dont Azzarello souligne la propension à la colère dès qu’il le peut, tout en développant une relation avec Wonder Woman qui s’accorde assez au personnage. Le Panthéon des dieux est toujours aussi savoureux. Ici Hadès est hélas moins mis en avant que dans les autres tomes, mais Poséidon prend de l’importance, notamment dans des discussions qui l’opposent au Premier-Né et qui révèlent, chez lui aussi, un goût pour la duperie. Apollon, au design très inspiré, respire encore cette noblesse de souverain qu’Azzarello maîtrise bien : Apollon commande, il ne se salit pas les mains ; Apollon n’a pas peur, il est prudent, etc.

Un panthéon inspiré

La vulnérabilité de Zola – accentuée par la quasi-invulnérabilité de ses compagnons – est source de tension pour les nombreuses scènes de combat qui essaiment ce tome. Que ce soit pour utiliser son enfant ou pour le tuer, nombreux sont ceux qui se heurtent à la colère de Diana. La mise en scène des batailles est efficace, scénaristes et dessinateurs unissant leurs efforts pour montrer la puissance que renferme Wonder Woman. Ceci dit, les combats gagnent un petit côté répétitif, d’une part dans leurs motivations, puisque depuis le début de la série tout le monde cherche des noises à Zola et Wonder Woman ne fait pas grand-chose sinon essayer de protéger la malheureuse, et d’une autre dans leur exécution même, ainsi on a plusieurs fois un sentiment de déjà-vu lorsque Wonder Woman et son adversaire s’élèvent très haut dans les airs pour venir s’écraser à toute vitesse sur le sol.

Mais comme disait Grant Morrison dans son final d’Animal Man, il faut bien rythmer les scènes explicatives de combats sanguinaires sinon le lecteur se lasse et repose le comics. Difficile de lui donner tort, tellement ce tome 4 de Wonder Woman bénéficie d’un rythme sans temps mort. La lecture est terriblement fluide, Azzarello enchaînant consciencieusement l’action, les dialogues et les retournements inattendus, comme, petits spoiler en avant, la scène du baiser avec Orion et l’arrivée subite sur New Genesis. On est d’ailleurs ravi de voir que l’auteur implique de manière plus appuyée le Fourth World. Représenté jusque-là par Orion seul, le court séjour sur New Genesis ancre cette fois de manière plus significative dans les New 52 l’univers développé par Jack Kirby.

On veut du sang !

À l’écriture, la plume d’Azzarello n’est plus à prouver, mais le bonhomme n’évite pas quelques lieux communs pas dramatiques mais qui auraient été facilement évitables. Son style très solennel fait souvent mouche : « J’ai regardé dans les abîmes que sont les yeux de ce monstre, et je sais qu’il ne s’y trouve rien, sinon la haine. » Mais dans sa recherche à tout prix d’aphorismes sophistiqués il lui arrive de tomber dans le cliché insipide et dénué de consistance : « Parfois il ne vaut pas être qui nous sommes, mais qui nous aspirons à devenir. » ou encore « J’ai décidé de devenir seulement meilleure. Et un bon moyen de commencer, c’est d’accepter qui tu es. » Waw, qu’est-ce que ça en jette hein. Dans la même idée, le recours au concept de « prophétie » a également un goût terriblement réchauffé tant il constitue la base scénaristique de mille œuvres de fiction, évitant à l’auteur la peine de devoir justifier avec application les actions de ses personnages, puisque celles-ci sont régies par le concept vaseux de « destinée », qui ne pourra à aboutir qu’à l’aboutissement non moins vaseux d’une obscure « prophétie ». Les réactions de ses personnages sont également parfois forcées et ne résonnent pas toutes avec naturel, la scène du baiser en est un exemple mais il y a également l’agacement totalement inexplicable de Wonder Woman lorsqu’elle apprend qu’elle a passé trois jours dans le coma, tellement elle était affaiblie par son combat contre le Premier-NéAzzarello ne s’attarde pas trop dessus, effectivement, mais cette irritation paraît complètement injustifiée sinon pour gonfler l’histoire d’un soupçon artificiel de tension.

Mais malgré ces récriminations, la lecture de ce quatrième volet des aventures de Wonder Woman n’en reste pas moins très agréable, Azzarello parvenant à faire avancer sa trame de manière significative, bouclant le chapitre du Premier-Né tout en ouvrant des portes vers l’avenir, dirigées vers le même personnage. Le volume se clôt d’ailleurs sur le numéro du Villains Month consacré au Premier-Né, l’occasion de lever le voile sur ses origines. Aux dessins, c’est comme pour les tomes précédents (et les tomes suivants) le très talentueux Cliff Chiang qui couvre les aventures de Wonder Woman de son style très épuré et très séduisant. Aco prend le relais le temps de l’épisode du Villains Month glissé en dessert, mais son style ne se détache pas avec trop de violence de la patte de Cliff Chiang et l’unité esthétique du tome n’en souffre pas.

Wonder Woman ne cesse d’être une valeur sûre avec ce quatrième tome, constituant certainement une des locomotives des New 52 en termes de qualité. Néanmoins Azzarello n’y réussit pas un sans-faute : probablement plus à l’aise dans les cadres réalistes que dans les histoires de super-héros, il n’évite pas quelques clichés qui viennent relativiser son talent. La Voie du Guerrier n’en reste pas moins un très bon comics, fun, lesté de scènes d’action et mené par une galerie étoffée de personnages attachants.

18 Commentaires

  1. J’aime bien ce run d’Azzarello (en dehors des premiers numéros et des RetCons sur WW et les Amazones), un bon comic book d’aventure qui fait une utilisation assez habile de la mythologie grecque.
    Si j’ai un problème avec ce run, c’est que depuis le premier numéro, on suit encore la même intrigue, Wonder Woman qui protège un bébé contre des dieux, ce qui est assez répétitif et ne laisse pas énormément de place à un approfondissement de la caractérisation du protagoniste.

  2. J’hésite encore à me plonger dedans… Il y a pas mal de sorties intéressantes en fin d’année, et j’ai plusieurs comics en vue, et je me demandais donc si cette série était absolument à lire. Est-ce qu’elle vaut un Green Arrow de Lemire ou même un Batman de Snyder ?

  3. J’aime beaucoup WW, mais vous savez, quand on aime les trucs sombres à la Batman, c’est dur de se plonger dans autre chose…

  4. Est-ce que dans son run, Brian Azzarello nous explique d’où vienne les dieux de l’olympe ? Je pose cette question parce que je n’ai pas encore lu son run et aussi parceque j’aimerais mieux comprendre la mythologie, la cosmologie et la magie de l’univers dc tout entier ! Ouais, c’est un énorme objectif !

    • De mémoire, non. Après, ça se veut plus fidèle à la mythologie grecque donc leur origine est sans doute la même que dans les mythes.

  5. Dommage, je voulais voir leur place par rapport aux neo-dieu, a La Presence ou aux autres pantheons dc mais sans leur origines je reste dans le vide.

    • J’espère que c’est comme dans l’univers cinématographique de marvel, les dieux ne sont que des extraterrestres tres puissant, ceux qui en feraient l’égal des neo-dieux et rendrai plus facile la compréhension du bordel ccosmologique de dc !

      • En fait c’est pas tout à fait ça, dans l’univers Asgard de la version cinéma de Thor, les Asgardiens ne sont ni complètement Extra terrestres ni complètement des Dieux, ils sont un mélange des deux. Ce sont des êtres ayants des origines différentes des humains et possèdent des aptitudes, des pouvoirs grâce à de la magie, et en même temps ont développés leur propre technologie avancée grâce a leur savoir depuis les milliers/millions d’années qu’ils existent. De ce fait ces deux combinés (magie+technologie Asgard et/ou ancestrale) leur donne ce statut de Dieux parmi les mortels ou parmi d’autres peuples (il en va de même par exemple avec les Efles Noirs dans Thor TDW). C’est un peu comme les Goa’Uld ou les Anciens dans Stargate.

        • J’avais compris que les Asgardiens étaient des êtres très puissant qui avaient aidé les humains en battant les geants du froids et donc les humains les avaient pris pour des dieux. C’est un peu ça non ?

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