Critique Flash - The Return of Barry Allen
Les points positifs :
  • Une réunion des Speedsters
  • Wally en ressort grandi
  • De ces révélations qui vous laissent sur les fesses
Les points négatifs :
  • Green Lantern #40 absent du TPB
  • Vingt ans plus tard, il y a plus de chances d’avoir été spoilé
  • Vilains secondaires peu intéressants

« Watch who you’re calling old, junior ! » – Jay Garrick


  • Scénario : Mark Waid Dessin : Greg La Rocque, Sal Velluto et Roy Richardson

Barry Allen, l’homme le plus rapide du monde, est de retour ! C’est le gimmick d’un des moments les plus célèbres du run de Mark Waid sur Flash. Précédant le travail de Geoff Johns sur le même personnage, le run de Mark Waid rivalise de qualité avec son successeur mais, pour de mystérieuses raisons éditoriales, n’a eu droit qu’à une réédition partielle et éparpillée en une poignée de TPBs pour la majorité aujourd’hui épuisés. Dans l’espoir d’une hypothétique réimpression, de la part de DC ou de la part d’Urban, pourquoi pas dans une série Mark Waid présente Flash, on profite de ce mois consacré au bolide pour vous présenter un des meilleurs arcs de l’auteur.

L’oncle Barry est rentré !

Depuis les événements de Crisis on Infinite EarthsWally West est devenu Flash. En effet, à la mort de son oncle Barry Allen durant la terrible crise qui a menacé l’univers, le sidekick le plus rapide de tous les temps a décidé de marcher dans les traces de son mentor et de lui rendre hommage en reprenant son costume. Le monde entier a fait le deuil de Barry Allen lorsque, soudain, le voilà qui refait surface ! Il n’aurait jamais péri, mais aurait été transformé en énergie pure, et le voilà de retour pour combattre le crime aux côtés de Jay Garrick et Wally West. Au comble du bonheur à la vue de son oncle en chair et en os, Wally ne peut s’empêcher de trouver problématique que deux super-héros portent le même costume. Surtout lorsque l’un est considéré comme l’authentique tandis que lui n’est que le remplaçant. Et ce n’est pas le seul souci soulevé par le mystérieux retour de Barry Allen

Je devine la confusion qui doit s’emparer de votre esprit : Barry Allen, de retour, en 1993 ? Mais… n’est-ce pas dans le cadre des événements de Final Crisis qu’il fait son grand come-back ? Je pourrais répondre à cette question, mais ce serait vous gâcher un peu la lecture de l’arc The Return of Barry Allen. Néanmoins je vais être contraint de le faire en partie pour évoquer les atouts de cet arc. Certes, je ne vais pas dévoiler le gros élément-clé qui sublime l’intrigue (et pourtant j’ai été tenté), mais dans ma manière de raconter le reste de l’histoire vous pourriez être conditionnés dans votre manière d’aborder cette lecture. Aussi je vais, une fois n’est pas coutume, vous recommander vous en tenir à la note : cette histoire est phénoménale, jetez vous dessus sans lire ce qui suit ou vous risquez de regretter votre geste. Bien, maintenant que je suis seul, je vais continuer la review de ce TPB.

Célébrer un héritage

The Return of Barry Allen donne un excellent exemple d’une exploitation réussie de la notion d’héritage et commence comme une véritable célébration en l’honneur de ce concept, si cher aux différents héros ayant porté le costume de Flash. Déjà lorsque Barry Allen avait été créé au Silver Age, les scénaristes avaient imaginé que c’est en lisant les aventures de Jay Garrick qu’il avait été inspiré de devenir un super-héros. Cet ancien Flash de l’Âge d’Or est présent tout au long de l’arc et Mark Waid en profite pour ramener un autre bolide poussiéreux du Golden Age : Max Mercury, qui aurait entraîné et inspiré Jay Garrick. Il rajoute ainsi un maillon à la chaîne de tradition qui lie tous les bolides du DC Universe entre eux, chacun inspirant l’autre dans un optimisme qui pourrait s’étendre au super-héroïsme en général puisque chaque nouveau super-héros est d’une certaine manière inspiré par les premiers super-héros de l’Âge d’Or. Même hors des comics, cette notion d’héritage trouve sens dans la manière qu’on a de se souvenir des héros et de tendre vers l’idéal qu’ils incarnent.

Si Jay Garrick est central à cette histoire, c’est réellement Wally West le héros, et tous deux se font le reflet l’un de l’autre et se complètent dans leurs imperfections face à Barry Allen, LE Flash véritable, de l’avis de tous. Ainsi, si Wally West ne maîtrise pas aussi bien ses pouvoirs que Barry Allen, à la fois limité physiquement et mentalement puisque le poids de son prédécesseur lui pèse, Jay Garrick peut de son côté rivaliser en vitesse avec Barry Allen. En revanche l’âge de ce membre de la JSA a altéré son endurance, aucun d’entre eux n’est vraiment l’égal du Flash authentique, ne cesse de souligner Mark Waid, et ce n’est qu’à travers l’union et le nombre, avec l’aide de Max Mercury et Johnny Quick, qu’ils arriveront à égaler Barry AllenJay Garrick et Wally West sont ainsi des modèles incomplets de celui-ci, qui vient s’insérer entre deux, mais hélas tous se rendent vite compte qu’il n’y a pas de place pour autant de bolides : « This town’s not big enough for the both of us.« 

Un retour qui provoque des tensions

Car enfin, quel secret cache le retour de Barry Allen ? Peu à peu, Mark Waid laisse des indices qui indiquent une nature violente et tourmentée, s’accordant mal avec le souvenir du personnage qu’ont gardé ses héritiers. Particulièrement, c’est le fait que Wally West ait porté son costume qui semble le déranger, il ne semble pas le considérer comme l’hommage que ça représente, mais le voit comme une volonté d’effacer Barry Allen de la mémoire des gens pour mieux prendre sa place. Mark Waid construit ainsi une relation très intéressante entre Wally West et celui qui se présente comme son oncle, où la joie de le revoir cohabite avec l’admiration qu’il lui porte, non dénuée d’une certaine forme d’envie. Tout cet aspect est merveilleusement travaillé, Wally West gagne vraiment en maturité au fil du récit, et en apparaît plus mûr à son épilogue, ce « faux-« retour l’ayant au demeurant aidé à faire le deuil de son prédécesseur.

Rien qu’avec ces éléments – l’importance de l’héritage et la prise de maturité de WallyThe Return of Barry Allen aurait été une fabuleuse histoire. Mais la révélation finale, qui survient dans le dernier numéro de l’arc, couronne vraiment l’histoire, au point d’en occulter quasiment ses autres qualités. Si le lecteur en vient rapidement à douter des bonnes intentions de ce Barry AllenMark Waid fait durer l’attente avant de lui expliquer pourquoi ce Barry Allen ne se comporte pas selon les attentes de son entourage. L’attente en vaut la chandelle, car la révélation de la vraie identité de ce faux Barry Allen provoque réellement des frissons chez le lecteur. Mark Waid va plus loin encore dans le génie avec l’explication qui suit cette révélation. On assiste à une exploitation fabuleuse des possibilités des voyages temporels, et en même temps à une origin-story de vilain mémorable, qui utilise réellement les caractéristiques du vilain pour en expliquer la genèse. Habitué aux enfances malheureuses génériques, on ne se rend pas compte du relief que peut prendre un personnage si le scénariste s’applique à embrasser son concept pour fournir une explication à sa nature foncièrement maléfique. Je remets un avertissement au spoil pour ce qui va suivre, si vous avez ne serait-ce que la plus petite intention de lire cet arc et que vous n’aviez pas rebroussé chemin au troisième paragraphe, c’est le moment ou jamais, sautez directement au prochain paragraphe ! L’idée géniale de Mark Waid est la suivante, le vilain en question est animé par des intentions sincèrement bonnes : il est un fan du Flash, et se rend à cette époque dans l’espoir de rencontrer son idole. Seulement, dans le musée consacré au Bolide Écarlate, il réalise qu’il est destiné à devenir un ennemi de Flash ! Fou de désespoir à l’idée de devenir la nemesis de son héros, il s’enfuit dans le déni et se persuade… qu’il est lui-même Barry Allen ! Ce qui lui permet d’échapper au test de vérité de l’anneau d’Hal Jordan puisqu’il est persuadé de dire la vérité. Avancer que c’est parce qu’il est destiné à devenir méchant qu’il perd la raison et qu’il le devient peut être vu comme une manière d’esquiver le dilemme de l’origine du mal en effet, mais l’idée est tellement rafraîchissante et tellement plus audacieuse que la déclinaison du même vilain dans les New 52 qu’on lui pardonnera bien volontiers sa parade.

Nostalgique, dans le scénario comme dans le dessin

Les années ’90 ayant dans l’ensemble assez mal vieilli, que ce soit dans les dessins ou dans le concept de nombreux personnages créés à cette période, on aurait pu craindre que cet arc passe moins bien en 2015 qu’à l’époque. En effet, contrairement aux années ’80, la décennie qui suivit ne gagna pas ce charme rétro qui rend les planches de George Pérez encore très sympathiques aujourd’hui. Ici, heureusement, le style du scénario, ainsi que le style du dessin, y compris la colorisation, sont emprunts d’une nostalgie qui va chercher son inspiration ailleurs que dans ses contemporains. Les seuls résidus des nineties sont discernables dans la coiffure de certains personnages féminins, ainsi que dans le costume et l’armement des quelques vilains génériques employés ici par Mark Waid comme seul prétexte à l’action, imposée pour des raisons éditoriales. Il fait une utilisation sympathique des possibilités de la super-vitesse, opposant notamment avec intelligence les différents bolides via leurs différences : Wally ne peut pas passer à travers les murs, Barry lui le peut mais ça devient une faiblesse lorsqu’il en profite sans s’attendre à ce qui se cache derrière, Jay Garrick est rapide mais l’endurance lui fait défaut.

Dans cette fabuleuse histoire exploitant la notion d’héritage chez les bolides et le poids que représente, pour Wally West, de marcher dans les traces de Barry Allen, Mark Waid donne une brillante démonstration de son talent, et livre ici un des moments les plus marquants de son run sur Flash. On déplore la réimpression chaotique dont a souffert tout son travail sur le personnage, et on espère de tout cœur qu’Urban se lance dans une réédition systématique.