Il n’y a pas à dire, certains ont plus de chance que d’autres. Alors que l’on s’offre un joli mois thématique du côté des showcases avec des oeuvres qui ont poussé le DC Universe dans des futurs possibles, certains se retrouvent à parler d’events menés par Grant Morrison himself (suivez mon regard) alors que moi, on me file Armageddon 2001. Je suis peut-être un robot, mais mon petit cœur, enfin ma batterie principale, souffre. De là à y voir une sorte de discrimination à l’égard du monde robotique, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas. Je ne veux pas de problème vous comprenez, surtout qu’Harley rôde encore dans les bureaux armée de sa batte. Ce n’est pas le moment de faire des vagues… J’aurais bien, moi-même, tenté de voyager dans le temps en compagnie de Skeets, nos relations se sont beaucoup améliorées depuis quelques temps mais les Patwons l’ont formellement interdit. Il parait que le futur moi est beaucoup trop instable pour être contacté. De plus, je ne vais pas entrer dans les détails, mais sachez juste que Freytaw a récemment eu la même idée et ça s’est très mal terminé mais ça non plus je ne peux pas en parler… Enfin il faut le comprendre vous savez, il n’en peut plus d’attendre le retour de Booster Gold alors il a voulu voir ce que le futur lui réservait. D’où croyez-vous que lui viennent toutes ses idées pour son Off My Mind ? Mais je m’égare…


Armageddon 2001 donc paru en 1991, réunissait une belle équipe à l’époque. Denny O’Neil et Archie Goodwin à l’écriture, Dan Jurgens aux dessins, Dick Giodano à l’encrage et j’en passe… Bref, pas une bande de bleus. Pourtant, l’oeuvre sera gangrenée par un développement chaotique (et oui les problèmes éditoriaux, ça ne date pas d’hier…). En effet, si à l’époque nous sommes bien loin de l’ère Internet, les fuites existent déjà. DC et donc Armageddon 2001 en fera les frais. Le crossover se passe durant un futur dystopique dans lequel un vilain nommé Monarch dirige la Terre d’une main de fer. Nous apprendrons très vite que ce personnage n’est autre qu’un ancien héros passé du mauvais côté de la force. Tout le mystère de l’histoire est donc de découvrir de qui il s’agit et nous voyagerons donc dans le passé puis vers des futurs possibles en compagnie de Waverider pour découvrir tout ça. Gros problème pour DC Comics, à l’époque l’identité de Monarch a donc fuité et plutôt que de s’en tenir à leur version d’origine, les auteurs vont faire le choix très casse-gueule de modifier la fin de l’histoire et donc l’identité du héros en question. Inutile de vous dire que cela entraînera une conclusion extrêmement bancale et out of character pour le personnage en question, venant même contredire certains éléments des intrigues développées au cours du crossover. DC Comics retconnera même cette histoire des années plus tard avec des révélations comme seuls les comics peuvent en offrir.

Voilà pour la petite histoire de la grande histoire ou l’inverse si vous préférez… Néanmoins ce n’est pas vraiment le sujet. Ici ce qui nous intéresse n’est autre que l’introduction que ce méga crossover dans les pages de Armageddon 2001 #1. On commence avec une voix qui nous cueille, celle du narrateur, Matthew Ryder. Il se remémore l’année 2001 en rendant hommage aux héros qui l’ont sauvé d’un immeuble en ruine ce jour-là alors qu’il n’était qu’un enfant. Seulement, c’est un temps déjà lointain puisqu’en cette même année l’ère des héros s’est achevée quand l’un d’entre eux a détruit les autres un par un. Même ce bon vieux Superman y est passé, c’est dire. Pour les auteurs, c’est un moyen de commencer l’histoire par quelques pages d’action sous forme de flashbacks pour nous attirer, pauvres lecteurs.

Très vite, on fait un saut dans le futur, enfin, dans le présent du narrateur. 2030, on découvre donc le scientifique Matthew Ryder, cette fois adulte, discutant dans la rue avec un collègue. L’occasion de voir dans les planches de Dan Jurgens l’omniprésence de Monarch, qui semble observer et contrôler le monde au travers d’affiches, de panneaux et de statues à son image dans les rues. Pour Ryder, les choses ne tournent pas rond et ce monde ne lui convient pas. On comprends bien vite qu’il n’est pas le bon petit soldat docile comme le reste. Ce dernier passe en effet le plus clair de son temps libre à enquêter sur le passé et plus particulièrement sur l’année 2001, époque où les gens avaient encore des figures héroïques vers qui se tourner. Nous le retrouvons donc sur son ordinateur (qui paraît assez préhistorique pour un ordinateur du futur…) en pleine enquête. Il comprend bien vite que Monarch est forcément un des super-héros du passé, reste à savoir de qui il s’agit. C’est à ce moment là que sa femme le rappelle à l’ordre, c’est l’heure du repas, la famille avant tout pardi, le tyran qui contrôle le monde peut attendre demain !

Repas oui, mais repas musclé, surtout entre un père scientifique aux idées nihilistes et sa fille qui fait partie des forces de l’ordre du régime de Monarch. Une scène simple donc mais qui nous montre tout le problème. Alors que certains électrons libres voient en Monarch un fasciste contrôlant un monde perdu depuis la disparition de ses héros au nom d’un idéal collectif suprême qui n’est qu’un mirage, la grande majorité accepte sa domination et l’ordre qu’il a établi. Nous retrouvons ensuite Ryder à nouveau dans la rue avec son collègue. Ce dernier lui apprend que le monde scientifique subit de grosses pressions qui viennent d’en haut, de très haut, pour enfin contrôler la technologie du voyage dans le temps. Pourquoi Monarch voudrait-il voyager dans le temps ? Bonne question, mais notre héros n’a pas le temps d’y penser qu’un homme déboule à toutes jambes poursuivi par les forces de l’ordre armées jusqu’au dent. L’ordre est donné, l’homme ne doit pas s’enfuir, il faut faire feu. Alors que tout le monde se jette au sol, Matthew Ryder remarque une jeune fille en pleurs, debout entre l’homme et la police alors que les coups de feu pleuvent. En bon héros qu’il est, il court vers elle bousculant les tireurs pour sauver l’enfant.  C’est alors qu’il se fait arrêter pour obstruction à une affaire de police et puisque le hasard est bien fait, c’est sa fille qui l’arrête, évidemment.

C’est donc reparti pour une petite dispute familiale alors que la fille révèle au père qu’elle a fait jouer ses relations pour lui éviter des mois d’enfermement dans une institution mentale et qu’il n’aura qu’un gros avertissement. Pour lui, c’en est trop, même sa fille a été complètement déshumanisée par ce système et ça doit changer. Seulement voilà, Monarch est maintenant trop fort, il faut l’éliminer à la source, un petit voyage dans le temps s’impose. Peu importe les motivations du vilain pour vouloir maîtriser les voyages temporels, Ryder fera partie de l’expérience d’une manière ou d’une autre. Il décide alors de se faire remarquer une bonne fois pour toute, invectivant le vilain devant une de ses statues avant de la mettre en flamme. Alors qu’il est sur le point de se faire arrêter, le tyran apparaît et l’emmène dans son antre. Nous apprenons qu’aucun des cobayes ayant tenté l’expérience n’en est ressorti vivant. Matthew Ryder annonce alors à Monarch que c’est uniquement parce qu’aucun n’avait la motivation nécessaire pour résister au voyage temporel et que lui a ce qu’il faut pour réussir. De son côté, le vilain accepte, faisant comprendre au héros que s’il tente quoique ce soit, sa famille risque gros ici. 

L’expérience ultime est donc en marche, le corps et l’esprit de Matthew Ryder sont envoyés à travers la source du temps, et évidemment cela fonctionne, l’histoire se serait arrêté bien vite sinon… Le corps ne résiste cependant pas à l’expérience et le héros meurt symboliquement, renaissant en tant que pure énergie sous la forme de Waverider. La vraie mission commence, direction le passé pour découvrir qui est Monarch en visitant  une infinité de timelines pour les héros de l’époque. Les choses sérieuses débutent vraiment, hélas le numéro se termine et pour découvrir la suite, rendez-vous dans les différents numéros annuels paru en 1991 ainsi que dans Armageddon 2001 #2 pour la conclusion.  


Même si Armageddon 2001 a, aujourd’hui, une bien mauvaise réputation surtout due à sa conclusion, ce premier numéro n’a finalement rien de catastrophique. Certes, l’oeuvre parait assez datée au niveau des dialogues comme de certains designs, mais c’est surtout la suite qui montrera les limites de l’histoire. En n’offrant rien d’épique, ni de vraiment solide en terme de développement de personnages, tout l’intérêt de la chose portera sur l’identité du vilain, ce qui explique le changement assez malhonnête de la part des auteurs après la fuite de son identité. Tout ça donnera un event que tout le monde essaiera d’oublier bien vite, aussi bien du côté des lecteurs que des professionnels, mais qui laissera tout de même des traces. En plus de ça, avait-on finalement envie et/ou besoin de voir un des héros du DC Universe devenir le pire tyran que le monde ait connu ? Peut-être pas.