Critique de Infinite Crisis Tome 1 Le Projet OMAC
Les points positifs :
  • Osé
  • Reprise de vieux éléments du DC Universe
  • Du build-up vers Infinite Crisis
Les points négatifs :
  • Va trop loin dans le but d’impressionner
  • Manque d’amitié, d’humour et de légèreté
  • Une gravité artificielle

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  • Scénario : Greg Rucka, Geoff Johns, Judd Winick, Mark Verheiden, Gail Simone Dessin : Rags Morales, Ed Benes, Jesus Saiz, Ivan Reis, Phil Jimenez, David Lopez, Tom Derenick, Georges Jeanty, Karl Kerschl, Cliff Richards, John Byrne, Derec Aucoin

Et c’est parti pour l’event colossal qui s’est abattu en 2005 sur l’univers DC ! Ce tome collecte le Coutdown to Infinite Crisis, ainsi que tout l’event The O.M.A.C. Project en plus de quelques tie-ins qui lui sont liés. À ce titre, ce n’est en réalité qu’un prélude à Infinite Crisis, dont l’intrigue est plus ou moins déconnectée, mais qui porte en son sein des événements d’une importance majeure, pour l’event qui va suivre oui mais également pour l’histoire de DC Comics en général. Notons d’ailleurs le confort de lecture qu’offre Urban à ses lecteurs si l’on compare cette édition à la vo, où soit l’on déplore un trou scénaristique en se contentant du tpb The O.M.A.C. Project (qui ne contient que la mini-série du même nom et le fameux numéro de Wonder Woman #219), soit l’on est contraint de se procurer deux tpbs en y rajoutant le Superman : SacrificeUrban a réussi à trouver une solution de compromis en incorporant le minimum de tie-ins nécessaires à la compréhension de l’intrigue à cette nouvelle édition.

Alors c’est l’histoire d’un scarabée bleu qui rentre dans un bar…

Blue Beetle, quasiment ruiné, s’est fait dérober le contenu entier d’un hangar qui lui appartenait à Chicago. Parmi les pièces dérobées figurait quelque chose de dangereux si elle venait à tomber en de mauvaises mains : cinquante kilos de kryptonite pure. Paniqué, Ted Kord convoque d’urgence la ligue, mais cette dernière considère que le Scarabée crie une fois de plus au loup et ne le prend pas au sérieux. Même son fidèle ami Booster Gold semble s’éloigner de lui. Hélas, loin de le décourager, cet isolement affermit son désir de dénicher ce qui se trame derrière ce qu’il flaire être un complot. Sans le savoir, il s’apprête à être le déclencheur involontaire d’une des plus grandes menaces qui aient jamais plané sur la Justice League et sur la Terre. Le compte à rebours est lancé…

Quasiment inédit en francophonie, sinon dans une poignée de magasines Batman – Superman édités par Panini dont plus personne n’a de souvenir, The O.M.A.C. Project est une mini-série qui dessine une machination visant à éliminer tous les méta-humains de la planète Terre – ce qui inclue de nombreux super-héros. En bien des points, c’est mis en scène de manière classique et efficace, mais non sans quelques maladresses. Par exemple, les auteurs parviennent à communiquer au lecteur le sentiment de danger qui plane au-dessus de la Terre (quasiment au sens propre). Tous les méta-humains sans exception étant, en théorie, en danger de mort, l’ampleur de la menace lui donne des airs inédits, si l’on met de côté les events apocalyptiques à la Crisis on Infinite Earths qui font craindre la fin de la planète toute entière. S’ils se servent principalement de la Trinité pour porter le récit, au sein de laquelle Wonder Woman ne se limite pour une fois pas au rôle de figurante, les scénaristes n’hésitent pas non plus à impliquer des figures plus discrètes de l’univers DC, comme l’agent Sasha Bordeaux de Checkmate, qui sortira méconnaissable de cet event, ou, on s’en doute, Blue Beetle qui emmène sur ses traces de nombreux membres de la Justice League International de la grande époque comme Booster Gold, Guy Gardner ou Fire. Dans le même ordre idée, ils font renaître des concepts du DC Universe qui apparaissaient sporadiquement depuis de nombreuses années, comme l’organisation Checkmate justement (j’en parlais dans un des mes Showcases), ou, tout simplement, O.M.A.C., le one man army corps créé par Jack Kirby, et dont Urban prévoie la publication en fin d’année.

Batman pas très commode

En plus de déjà brasser pas mal de facettes du DC Universe (même si ça reste relatif par rapport à l’ampleur des événements qui suivront), ce premier tome d’Infinite Crisis profite d’un excellent rythme, alourdi peut-être par les quelques numéros de Superman qui se répètent un peu au milieu du tome. Hormis cette légère perte de vitesse, les scénaristes maîtrisent une montée de tension qu’ils avec attisent quelques scènes d’action franchement sympathiques, notamment une qui oppose Wonder Woman à Superman, et qui met particulièrement en valeur les aptitudes de la Princesse Amazone.

En revanche, dans les procédés utilisés pour aboutir aux points centraux du récit, il y a quelques faiblesses. Typiquement, les scénaristes imaginent une réaction de Batman aux événements d’Identity Crisis, qui conçoit un plan de contrôle des autres membres de la Justice League. Non seulement ça s’encombre d’airs de redite avec l’excellent Tower of Babel de Mark Waid, mais en plus ça s’enfonce dans la caractérisation d’un Batman froid, paranoïaque et hostile vis-à-vis de ses collègues, sans remords dans ses faux pas, qui est mis maladroitement à l’origine d’un événement dramatique qui survient tôt dans le récit. Les auteurs insistent pour rendre la Chauve-Souris antipathique au lecteur, la dépeignant insensible aux requêtes de Blue Beetle comme aux reproches de Booster Gold une fois le mal irréparable fait, avant d’en faire absurdement un amoureux avenant plus tard dans la même histoire en face de Sasha Bordeaux, qui ne se distingue pas non plus par son charisme ici, en tout cas jusqu’à un « accident » qui laisse présager des développements intéressants pour la suite dans un lointain remake de Blade Runner.

Ça ramène des souvenirs

Mais le gros problème, qui a fait paradoxalement le « succès » et la célébrité de cet partie d’Infinite Crisis aussi on sera libre de le considérer comme un atout, c’est son désir de donner aux événements une tournure exagérément sombre. Cet aspect se retrouve en partie dans le caractère des personnages (Batman en est un exemple, ou dans un autre registre les auteurs rejettent la traditionnelle dynamique enthousiaste Booster Gold – Blue Beetle alors que les deux compères passent un certain nombre de pages côte à côte), et d’autre part dans la gravité artificielle des actes prêtés aux gentils comme aux vilains. Par souci de ne pas spoiler des scènes tragiques aux lecteurs vf qui vont découvrir pour la première fois ces cases, il est difficile d’en dire plus, néanmoins on s’autorisera un petit spoil, justement parce qu’il concerne un personnage mineur : Rocket Red meurt. Vous savez, c’est le sympathique Russe en armure rouge et blanche qui s’était illustré dans la Justice League International sous la plume de J.M. DeMatteis. Et c’est un problème parce que les auteurs se permettent de le tuer justement parce qu’il est un personnage mineur ; ça traduit donc de manière trop visible leur intention de ‘tuer des gens pour montrer que cette fois c’est vraiment grave’. Malhabilement amené, le décès de Dimitri Pushkin n’émeut même pas parce que le malheureux est toujours trop resté au second plan pour qu’on ait pu s’y attacher franchement. Il en ressort uniquement cette volonté grossière d’apporter de la mort, du sombre et du sang sur l’univers DC, qu’accompagne une certaine tension efficace, il faut le reconnaître, mais qui fatigue parallèlement assez vite.

Surtout que, et mon ami Freytaw est aussi d’accord, les scénaristes semblent vouloir d’un côté renvoyer à l’ère JLI de Giffen et DeMatteis à laquelle ils ne cessent de balancer des hommages, et d’un autre vouloir saccager de nombreux éléments qu’ils avaient mis en place et qui faisaient justement le succès de ce run. Comme évoqué plus haut, il n’y a pas de trace de la dynamique Booster Gold/Blue Beetle, au contraire ils les dépeignent en relative hostilité l’un vis-à-vis de l’autre. Cette amitié à l’agonie apporte un climat de nostalgie à toute la première partie centrée sur Blue Beetle, au fond assez sympa, mais c’est à se demander si cet effet n’est pas accidentel lorsqu’on voit le sort qu’ils réservent à des personnages comme Rocket Red ou Maxwell Lord. Ce dernier rappelle d’ailleurs dans la caractérisation un seul et unique arc de la Justice League International, où il s’avérait à la fin qu’il était manipulé, c’est à croire que les scénaristes ne l’avaient même pas terminé et étaient restés sur cette note, parce qu’en l’état, ses motivations laissent plutôt perplexe. C’est pas très gentil de nous rappeler à tire-larigot la belle époque de la Justice League International pour nous faire déprimer avec une Justice League désunie, peu solidaire, où les gens remballent Blue Beetle. Et en plus de ne pas être gentil, je me demande si c’est vraiment stratégique.

Un paquet d’artistes

Les dessins, par rapport à l’énorme pléthore de dessinateurs qui travaillent sur ce volume, tiennent généralement la route mais des dessinateurs comme Ivan Reis sont vraiment loin d’avoir le panache qu’ils atteindront par la suite. On reconnaît davantage la patte caractéristique d’autres comme Rags Morales, mais pour la majorité la variété des artistes ne se fait pas trop ressentir. Le one-shot Countdown to Infinite Crisis qui ouvre le volume est vraiment joli à parcourir, et pour le reste, malgré quelques numéros qui ressortent vaguement, la diversité des talents se noie un peu dans une constance correcte, loin d’être laide mais pas éblouissante, souffrant peut-être d’un encrage envahissant qui en fait trop sur les contours des objets, et d’une colorisation dans l’ensemble plutôt terne. notamment dans les intérieurs de la forteresse de Checkmate. Rajoutez quelques visages de bêta ci et là, et on ne retiendra pas spécialement l’esthétisme de ce tome.

Dans ce premier tome d’Infinite Crisis, les scénaristes font monter la tension en même temps que la salive aux lèvres des lecteurs. Alors qu’on n’assiste qu’au prélude de l’event cataclysmique qui s’annonce, de nombreux éléments poussiéreux du DC Universe remontent déjà à la surface, renvoyant à la JLI de Giffen et DeMatteis comme à Jack Kirby, ce qui est, en tout cas sur le papier, une qualité. En revanche, pour accentuer la gravité des événements, les scénaristes n’hésitent pas à aller très loin, et si certains acclameront leur audace (dont on se souviendra encore longtemps), d’autres leur reprocheront de noircir artificiellement le déroulement des faits pour amener du tragique sans trop d’efforts. En conséquence, on conclura à une bonne introduction au gros morceau, mais tout n’y est pas excellent.


Un avis supplémentaire c’est bien aussi !


Ce sont tout juste les prémices d’un event plus large, mais quels prémices : action, psychologie, manipulation… C’est génial et on a du mal à s’en remettre et à se dire que la suite n’est même pas encore annoncée par Urban (en tout cas pas avant février). On y rencontre une Justice League qui peine à se remettre de la crise de confiance évoquée dans Identity Crisis. Morcelée, avec des membres pleins de méfiance les uns envers les autres (voire du mépris pour les seconds couteaux que sont Blue Bettle et Booster Gold), elle aura le plus grand mal à se mettre en ordre de marche pour contrer la menace détectée par Ted Kord. Menace incarnée par Chekmate et son Roi Noir, qui semble bien informé sur les piliers de la Justice League.
La réaction tardive de la League aura des conséquences néfastes, obligeant certains de ses membres à recourir à des extrémités inenvisageables en temps normal et provoquant des pertes dans ses rangs.
Franchement des scénarios haletants comme ça j’en demande tout les jours, tellement le livre a refusé de quitter mes mains ! Avec à l’intérieur un petit coup de cœur pour le duo de losers constitué par Blue Beetle et Booster Gold dont le premier est ruiné et le second a perdu toute crédibilité après avoir vendu son… image pour des publicités. Néanmoins il s’avérera qu’ils avaient raison avant tout le monde et que même la Trinité peut se tromper. À propos de la Trinité, il est agréable de voir Wonder Woman dans un vrai rôle de femme d’action et de compassion dans ce livre, cette caractérisation lui rendant grandement justice !
Malgré l’intervention de pas mal de dessinateurs différents, coté dessin c’est beau et la qualité ne baisse quasiment pas d’un numéro à un autre, c’est donc super agréable à lire.
En conclusion c’est un event qui promet si juste ses vagues prémices sont de se niveau là et avec ce genre de conséquences. L’influence de Identity Crisis y est magnifiquement exploité, et si le reste suit, franchement, ça va être bombesque. Par contre le souci d’un départ de ce niveau c’est que le reste a intérêt à être du même tonneau ! Vous l’aurez compris, je vous enjoins donc à vous procurer ce premier tome de Infinite Crisis de toute urgence !

– darthfry