Critique de Teen Titans Spotlight Raven - Marv Wolfman
Les points positifs :
  • L’implication du Medusa Mask
  • Raven au lycée, c’est rigolo
  • De nombreuses références djeuns
Les points négatifs :
  • “Finally in her own EMO series”, sérieusement ?
  • Personnages secondaires plats
  • Se répète faute de contenu

“They do not understand… Nobody understands… Nobody can.” – Raven


  • Scénario : Marv Wolfman Dessin : Damion Scott

Même si la plupart des membres des Teen Titans sont attachants, toutes générations confondues, Raven ressort souvent comme la favorite des lecteurs. Sombre, tourmentée, écrasée sous le poids de ses origines, tiraillée par ses sentiments qu’elle est contrainte de contenir, le concept du personnage permet de nombreux développements intéressants et a donné naissance à d’excellentes histoires (pensons à l’arc Terror of Trigon sur les numéros #1 à 5 du titre New Teen Titans qui a été collecté en TPB en 2003). Le succès du personnage a incité DC Comics à lui consacrer une mini-série en 2008 qui racontait ses aventures au lycée suite à sa réincarnation dans le corps d’une adolescente sous l’impulsion du maléfique Brother Blood. En effet, depuis la fin des années ’90, la terrifiante empathe avait vogué sous une forme spirituelle après un cafouillage où elle était devenue méchante mais sa partie gentille squattait le corps de Starfire, et il faudra attendre le run de Geoff Johns avec l’arc Family Lost pour que le personnage soit réintroduit sous une forme proche de l’originelle.

La nouvelle Raven est… emo !

Raven, sous l’identité de Rachel Roth, a rejoint une école privée assez huppée destinée aux gosses de riches. Seulement, à peine les cours ont-il débuté qu’elle est pénétrée d’une prémonition terrifiante : un élève sera tué le vendredi suivant. Mais qui sera le meurtrier ? Convaincue de la véracité de cette prémonition, Raven se décide à œuvrer pour qu’elle se révèle fausse, tout en essayant de s’intégrer normalement dans son lycée, mais comment avoir des amis, lorsqu’on est condamné à brider ses émotions ? C’est une tâche d’autant plus difficile pour Rachel puisqu’elle est submergées à intervalles réguliers par des flots émotionnels dont l’origine mystérieuse est à déterminer. Parallèlement à ces aventures palpitantes, le docteur James Davis essaie de tirer sa fille du coma en la soumettant à des projections dirigées d’émotions précises, mais quelle incidence ces tentatives auront-elles sur la tranquille vie de Rachel Roth ?

Une des grosses qualités des Teen Titans qui s’est retrouvée sous nombreuses de leurs déclinaisons, c’est précisément cette ambiance teen, ado, qui accordait une large place aux amourettes et aux états d’âme typiques des adolescents, et que Marv Wolfman maîtrisait avec brio dans les années ’80 avec ses New Teen Titans, sans pour autant négliger la mise en place de vraies intrigues puisqu’une atmosphère teen ne suffit pas à porter un titre. Mais ici, le scénariste ne s’en sort pas aussi bien. Pour bâtir cette ambiance adolescente, il se contente quasiment d’inonder le lecteur de références pop actuelles comme Jay-Z, les Pussycat Dolls (plus si actuelles en fait), Grand Theft AutoShakira, ou encore Call of Duty, qu’il a le bon goût d’utiliser pour glisser une phrase moraliste ahurissante de bêtise ‘You mean that game where people kill each other. Haven’t we, like, had enough of that ?‘ Ces références sont genre lâchées en deux énormes lots et sont amenées par un chemin si artificiel qu’on ne peut s’empêcher de se dire qu’il a dû demander à sa nièce de lui faire une bête liste de trucs de sa génération pour qu’il les cite dans son comics sans savoir de quoi il s’agit. Pas très habile.

Avec tous ses nouveaux meilleurs amis

L’autre pilier sur lequel Marv Wolfman mise son ambiance teen, c’est l’intégration de Raven dans son lycée. Le problème, c’est que contrairement à sa place dans les New Teen Titans où ses carences sociales étaient développées en même temps que les autres membres de l’équipe, ici le lecteur ne développe pas une once d’intérêt pour les camarades de Raven puisque le scénariste lui-même ne leur donne ni étoffe ni background, hormis peut-être le fait que les nanas sont dans une équipe de pom pom girls et qu’elles aiment le bowling, bonjour les clichés ! Ça n’empêche l’avènement de quelques dialogues sympas, notamment entre un geek et Raven au milieu du récit, mais les relations qui se tissent autour de l’empathe ne gagnent jamais en crédibilité, en partie à cause de leur caractère éphémère. Faisant un mauvais calcul, Marv Wolfman souligne même cet aspect en tentant de résoudre le problème qu’il soulève : ‘I … I met her… just yesterday. […] Just one day … and suddenly she was a friend. Like someone I knew all my life. But now she is… gone.‘ Mais loin de solidifier la profonde amitié que Raven porte sans explication à une fille qu’elle a fréquentée deux heures, il ne fait qu’attirer l’attention du lecteur sur une faiblesse de sa mini-série.

Concernant le développement de Raven elle-même, il est partagé entre son désir de se mêler à ces camarades insipides, ce qui est mal pensé puisque ces camarades ne constituent pas une ‘famille’, ou un cercle d’intégration sur le long terme, à la différence des Teen Titans. Sur un autre plan, il essaie de donner de la consistance à la fille de Trigon en mettant en avant sa nature d’empathe, ce qui se résume concrètement à lui faire répéter ‘So many emotions… Overwhelming me…‘ durant cent pages. Autrement dit, il n’ouvre aucune nouvelle perspective pour le personnage et n’atteint pas ce qu’il en faisait dans les New Teen Titans des années ’80, on reste franchement sur sa faim. Raven est présentée comme une gamine qui cherche désespérément à se faire des amis parmi les cruches qui l’entourent, et n’a ni la noblesse, ni la mélancolie, ni la maturité qu’on peut trouver chez elle dans d’autres récits pourtant du même auteur.

Un comics qui vous videra de toute émotion

Dans l’espoir de compenser ces soucis de développement et de consistance, on pourrait se pencher sur l’intrigue qui les côtoient. On peut lui laisser un mérite : l’intervention du Medusa Mask, le terrifiant masque du Psycho-Pirate qui a rendu tellement de gens fous. Cet artefact maléfique, qui porte d’une certaine manière toute l’histoire du DC Universe avec lui, notamment par l’importance de son porteur durant les événements de Crisis on Infinite Earths, amène des scènes de folie relativement réjouissantes. Enfin, il en amène au moins une, la toute première, où un soldat chargé de convoyer le dangereux objet perd la raison parce qu’il n’a pas obéi à l’injonction de n’ôter son casque sous aucun prétexte. Après l’intrigue se résume à trois numéros de répétitions, où Raven se fait submerger par des émotions de manière identique sans qu’en découle la moindre tension ou impatience chez le lecteur. Le final, confus, psychédélique et explosif, s’accorde mal avec la nature introspective de Raven, et conclut le récit sur une mauvaise note.

Le final souffre d’ailleurs des faiblesses du dessinateur Damion Scott, dont les compétences sont extrêmement limitées. Pour le formuler autrement, il n’y a que ses visages qui dégagent un certain charisme, dans un style cartoon original qui a le mérite de lui être propre, et que certains trouveront sans doute ‘mignon’. Hélas, tous ses visages se ressemblent scrupuleusement, et le reste de ses planches est écœurant. Il se montre avare en détails, et épaissit tant les bordures de ses objets et de ses personnages que ça en noie les cases et dégage une impression d’étouffement. Les scènes psychédéliques, nombreuses car on y recourt à chaque vague d’émotions déferlant sur Raven et durant le final, sont impossibles à observer tant elles sont confuses et peu aérées. La colorisation ne rattrape pas le travail de Damion Scott, car si elle se hisse à un niveau acceptable dans certaines scènes classiques d’extérieur ou elle donne un aspect coloré, gai et amical au comics, il lui arrive aussi de faire preuve de mauvais goût et de marier des couleurs synthétiques qui ne se collent pas vraiment ensemble. Successivement, les réactions à l’aspect esthétique de cet album seront : une surprise inconfortable, une tentative d’habitude pleine de bonne volonté, puis une lassitude qui se mue en dégoût sur les dernières pages.

Ne pas cligner des yeux, ne pas cligner des yeux

Ce Teen Titans Spotlight : Raven aurait été l’occasion d’approfondir davantage un des membres les plus charismatiques des Teen Titans. Cet objectif, Marv Wolfman le rate de loin, ne parvenant même pas à la rendre sympathique ou à s’approcher qualitativement des arcs concentrés sur le même personnage qu’il avait écrits par le passé, alors pour apporter du neuf on peut oublier. Personnages insipides, peu de contenu étiré sur cinq numéros alors qu’il aurait pu tenir sur un one-shot, les dessins, particuliers et d’un goût douteux, ne sauvent même pas cette mini-série qu’on ne saurait pas recommander, même aux fans de la terrible fille de Trigon.

8 Commentaires

  1. Dis-donc, c’est que vous êtes courageux avec vos Teen Titans Spotlight. Même le fan de l’équipe que je suis les avait soigneusement évité à l’époque.

    • Scott est pas mon dessinateur favori mais perso j’aime bien. Dans son Solo (série composée de one-shots consacrés aux artistes DC), Scott expliquait être très inspiré par le graffiti, art très coloré et nécessairement très dense vu que le mur ne doit plus être visible. On aime ou on aime pas mais je pense qu’on puisse dire que c’est mal fait, c’est juste très stylisé.

      • Je ne dirais jamais que quelque chose est moche, par contre je te confirme que j’aime absolument pas ! Bizarrement, je trouve ça plus agréable à l’œil dans Solo justement. Faudrait voir ça sur papier directement.

  2. Effectivement, visuellement parlant, ça semble tout droit sorti des enfers. DC a payé un gars pour dessiner ce truc ? Comme quoi, tout est possible.

  3. Pour Damion Scott, ça doit tout simplement pas être son meilleur boulot. Peut-être n’était-il pas inspiré, etc.
    Personnellement, j’ai lu un boulot très récent de lui chez Marvel il y a peu, et c’était tout à fait correcte. La colorisation peut jouer aussi. C’est vrai que là, avec les miniatures, ça fait pas très heureux, mais je pense que y a pire.
    Et au moins y a un essai de stylisation originale, de se démarquer des dessins mainstream, on doit au moins lui reconnaître ça.

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