Après les interviews d’Emanuel Simeoni et dAlberto Ponticelli, c’est sous la forme d’une belle cerise sur un déjà bien appétissant gâteau que nous avons eu l’honneur de rencontrer l’artiste argentin Eduardo Risso qui était présent le week-end d’il y a dix jours à la Lyon Comic’Gone qui s’était tenue au sein du Lyon BD Festival. Nous avons donc pu revenir sur ses travaux effectués chez Vertigo et DC tout en abordant ses futurs projets. Encore une fois, nos remerciements les plus chaleureux vont à Romuald qui a réussi à nous dégoter un créneau dans l’emploi du temps très serré d’Eduardo. Et il me faut aussi adresser de vifs remerciements à ma collègue MadAsAHatter qui s’est révélée être une interprète hors-pair (oui, M. Risso préfère s’exprimer en espagnol !). Et je n’oublie pas non plus mon camarade Freytaw qui a bien aidé à préparer cette interview ! Je vous laisse à présent avec les propos de l’artiste, et vous dis à bientôt pour d’autres interviews ! Si vous en voulez encore, hein !


Pour ceux qui ne vous connaitraient pas (si ça existe), pouvez-vous vous présenter brièvement aux lecteurs de DC Planet ?

Je suis Eduardo Risso, artiste de bande dessinée, de comics ou de historietas, comme on les appelle en Argentine. Jusqu’à maintenant, j’ai passé beaucoup de temps à travailler pour le marché américain. Je travaille depuis longtemps, j’ai fait un peu plus de 30 ans dans la profession.

Quelles études avez-vous faites pour devenir artiste ? Avez-vous appris sur le tas ?

En réalité je pense que ça s’est fait naturellement. D’abord, en regardant des revues, sans comprendre parce que je ne savais pas encore lire, c’était à mes quatre ou cinq ans. Ensuite, j’ai commencé à tenter de comprendre par la lecture quand j’ai été scolarisé et naturellement ça m’a amené à vouloir dessiner ces comics que je lisais. C’est ainsi que faire des comics, je l’ai fait pour mon compte, j’ai fait mon chemin, je n’ai pas été étudier à quelque endroit que ce soit. À cette époque, je vivais dans une petite communauté et il n’y avait absolument aucun endroit dans lequel faire un apprentissage en rapport à la BD.

Vous êtes très connu pour la série classique 100 Bullets, avec Brian Azzarello. Si vous regardez en arrière lorsque vous travailliez sur ces séries, quels sont vos meilleurs souvenirs de cette époque ?

Ce qui a été le plus agréable en faisant 100 Bullets, c’est la reconnaissance et le respect particulier que j’ai obtenu en tant qu’artiste, que je n’avais pas obtenu en travaillant durant très longtemps pour le marché européen. Pour vous le rappeler, avant de travailler pour le marché américain, j’ai d’abord surtout travaillé pour le marché italien et beaucoup de mes travaux ont été publiés ici, en France.

Y a-t-il un numéro que vous avez aimé particulièrement ?

Oh, je ne sais pas s’il y en a eu un spécialement. Si, je peux dire qu’il y a une saga que j’ai plus aimé qu’une autre, par exemple celle de la nouvelle Orléans avec le petit noir qui joue de la trompette, vous vous en rappelez ?

Combien de temps s’est-il passé avant d’avoir du succès sur la série ?

Ah, ce n’est pas facile de s’en rendre compte. On se rend compte que ça se transforme en un succès une fois passés peut-être les 30 ou 40 premiers chapitres. Dans tous les cas, je m’étais rendu compte que la série se portait bien parce que depuis le début notre éditeur nous avait dit clairement que si durant la première année ça ne se vendait pas, la série serait annulée. Je n’allais pas perdre mon travail, mais la série se terminerait.

Les 100 numéros étaient-ils prévus depuis le départ ?

Oui, c’était l’idée.

Le fait que la série ait reçu un prix a-t-il aidé au succès critique et commercial ?

Je pense que ces prix intéressent toujours particulièrement l’industrie, c’est une manière de fomenter la vente du produit, du livre.

Vous êtes revenus à cet univers avec la série Brother Lono. Qu’aviez-vous, avec Brian Azzarello, envie de raconter ?

Lono a été l’un des personnages qui ont survécu à 100 Bullets et ce personnage nous plaisait autant à moi qu’à Azzarello. C’est un personnage très réel, très sale mais très lumineux dans sa manière d’être, très transparent. On voulait, d’une manière ou d’une autre, faire quelque chose avec Lono et on en a eu l’occasion quand il y a eu l’anniversaire des vingt ans de Vertigo. On nous a demandé, à tous ceux qui avaient travaillé sur des longues séries, d’extraire certains personnages pour faire des mini-séries.

Vous avez travaillé à de nombreuses reprises avec Brian Azzarello, que pouvez-vous nous dire de votre relation avec lui ? 

Je peux vous raconter qu’avec Brian, on s’est connu trois ans après avoir commencé à travailler ensemble. Moi, je vivais en Argentine, et lui vivait à Chicago. C’était intéressant comme rencontre parce que tous les deux nous avions une certaine crainte qu’en voyant le visage de l’autre, qu’en nous connaissant personnellement, cette magie, qui existait en travaillant à distance, se brise. Mais ça n’a pas été le cas *rires*.

Risso interview

Vous êtes très souvent dans des univers violents, n’avez-vous pas envie de faire des fois des choses plus « légères » ?

Comme quoi ? J’aime faire quelque chose de différent à chaque fois, et en ce moment j’ai un projet intéressant en cours. Je travaille sur un graphic novel avec Paul Dini. Il m’a donné la chance de faire quelque chose de différent, j’essaie de le coloriser moi-même, à la main, avec des tons gris. C’est un bouquin qui fera 120 pages. Le script est un petit peu ennuyeux pour le moment, mais ça devrait changer. Le nom est « Dark Night » (ou Knight ?) donc vous devez vous douter de quoi ça va parler *rires*. L’histoire est une auto-référence à propos de Paul Dini, parce qu’il a souffert d’un accident dans les années 90, qu’il veut raconter. On y travaille de façon relax donc je ne sais pas quand ça sortira.

En parlant de Batman, vous avez fait une histoire très particulière sur le personnage avec Flashpoint.

Brian Azzarello et moi-même ne sommes pas très fan de super-héros. Mais nous sommes bien conscient que de temps à autre il faut faire un peu de super-héros car ça se vent beaucoup aux Etats-Unis. Les ventes chez Vertigo sont bien plus faibles comparées à ce genre.

Etiez-vous au courant dès le départ du twist concernant l’identité de Joker ? Comment l’avez-vous pris ? 

Non, je l’ai découvert en lisant le script, et j’ai adoré ! C’est comme avec 100 Bullets, j’ai demandé à Brian de ne pas me dire ce qu’il se passe dans la série ! Parce qu’à certains moments, ils m’annonçait certaines pistes ou certaines idées qu’il avait, et au moment de les dessiner, c’était devenu complètement différent ! Et je me disais « mais où est cette histoire dont il m’avait parlé et qui a disparu maintenant ? ». C’est pour ça que j’ai décidé de ne faire les dessins qu’au moment de lire le script fini.

Quel est votre personnage favori dans le DC Universe ? 

Je n’en ai pas vraiment. Peut-être Batman, ou Joker. Je n’arrive pas à croire en des personnages qui se battent avec des super-pouvoirs, ça n’a rien de réel !

Donc vous vous estimez plus comme un artiste Vertigo qu’un artiste DC Comics. Il n’y a pas une série New 52 que vous aimeriez faire ?

Oh non, du tout. J’entends tous les jours des lecteurs qui se plaignent des New 52. Il y a d’ailleurs une convention organisée bientôt dans ma ville, et l’invité principal est Dan Didio. Et tout le monde l’attend pour pouvoir le rouspéter sur les New 52 *rires*. Mais ce n’est pas que moi je ne les aime pas, c’est simplement ce que j’entends.

En plus de ce projet de graphic novel avec Paul Dini, y a-t-il un autre projet qui vous attend ?

Oui. Avec Brian Azzarello nous pensons à travailler à nouveau ensemble, mais pas forcément chez DC, peut-être pour un autre éditeur. Et je souhaiterais également retourner sur le marché français, j’ai parlé à quelques personnes de ça, vous aurez peut-être des nouvelles dans un futur proche !