Le week-end dernier s’est tenu la Lyon Comic’Gone, un pôle du Lyon BD Festival entièrement consacré à la bande dessinée américaine, et qui avait érigé ses quartiers à l’Hotel de Ville (de Lyon, mais vous l’aviez compris). Pour l’occasion, en plus d’un tas de conférences et d’activités organisées, de nombreux artistes professionnels ont fait le déplacement pour effectuer moult dédicaces, free sketches, et commissions. Parmi ces artistes, c’est le jeune Emanuel Simeoni qui était présent, et nous ne pouvions évidemment pas manquer d’interviewer une des pattes montantes de DC Comics. Avant d’aborder cette interview dans laquelle l’artiste italien est revenu sur son travail chez DC, il me faut impérativement remercier Romuald qui est l’une des personnes à s’être occupées de l’organisation de la Comic’Gone, et qui a permis à cette interview de se faire, et également Laurent d’Apo-K-lyps qui nous a grandement rendu service en utilisant ses talents d’interprète (Simeoni ayant préféré s’exprimer dans sa langue maternelle, l’italien) ! Et je n’oublie bien évidemment pas mes camarades Freytaw et MadAsAHatter qui étaient également présents pour l’interview ! Et maintenant, laissons l’artiste s’exprimer !


Pour les lecteurs qui ne vous connaitraient pas, pourriez-vous brièvement vous présenter ? 

Je m’appelle Emanuel Simeoni. Je viens juste de commencer ma carrière ; j’ai commencé à travailler en tant qu’assistant pour des artistes comme Sara Pichelli, David Messina, ou Elena Casagrande – et depuis mes débuts j’ai réussi à créer mon propre espace à DC Comics avec qui j’ai commencé à travailler sur Batman Incorporated Special #1. Et depuis, heureusement, j’ai été sur la série régulière Talon sur 3 numéros et dernièrement je suis arrivé sur Batman Eternal qui est la série qui me correspond le plus pour mon style de dessin.

Quel a été votre parcours pour arriver à votre place ?

Ce sont mes parents qui m’ont poussé vers le dessin ; quand j’étais tout jeune, ils m’ont laissé des tas de feuilles blanches pour me laisser faire ce que je voulais à la maison. Après c’est ma tante, qui est sculptrice, qui a compris que j’avais des capacités d’artiste et elle m’a inscrit à l’école internationale de dessin à Rome, ou je suis maintenant enseignant. J’y ai commencé comme étudiant, et maintenant j’enseigne. Quand j’avais 5 ans j’ai commencé à faire des dessins mais j’ai vraiment compris que c’était ma vocation quand j’avais 18 ans. Je ne sais pas ce que j’aurais pu faire d’autre si je n’avais pas été dessinateur.

Vous avez principalement travaillé pour DC Comics, avez-vous choisi de travailler pour eux ou sont-ce eux qui sont venus vous chercher ?

Oui la plupart de mon travail a été fait chez DC. Je suis allé à New-York, j’ai mis un peu d’argent de côté pour y aller, et là-bas j’ai réussi à prendre contact avec un ami de sa tante qui m’a présenté à un chercheur de talents pour DC Comics. Et quand je suis rentré en italie j’ai préparé deux planches sur Batman et une demi-heure après l’avoir envoyée, j’ai reçu l’e-mail de retour me disant que j’étais pris. Ca m’a rendu très content. Ca c’était mon début, mais en réalité avant ça j’avais essayé plusieurs maisons d’édition qui ne m’ont pas ouvert leurs portes. C’est difficile d’être apprécié quand tu commences en tant qu’artiste. Ma force a été de ne pas me laisser abattre, d’avoir reconnu mes erreurs et comprendre où je m’étais trompé pour essayer de m’améliorer.

Vous êtes très jeune et êtes déjà sur une série importante comme Batman Eternal. Comment vous sentez-vous dans cette industrie ? 

Ma progression c’est fait niveau par niveau, j’ai grimpé les échelons petit à petit. Quand tu travailles à DC, tu dois gagner la confiance de la direction, mais en même temps tu dois te démarquer au niveau des lecteurs, avoir un public qui te reconnaît. C’est quelque chose d’essentiel pour les maisons d’éditions et également pour les artistes, d’être bien reconnus par le lectorat. C’est la chose la plus belle d’être connu de son public. Et c’est ce qui m’a permis d’arriver à travailler sur cette série.

Interview Simeoni - 1

Quelles sont vos influences artistiques ? Préférez-vous travailler avec des outils « oldschool » (papier, crayon) ou utilisez-vous des supports numériques ? 

Quand j’étais assistant de Sara et David, ça m’a bien sûr influencé et je les apprécie beaucoup et ils sont encore aujourd’hui ma référence, et pas seulement pour le style, mais également pour la narration, la mise en scène. Plus que les autres, c’est Sara Pichelli qui a eu une influence marquée sur moi, et à partir de ça j’ai essayé de développer peu à peu le style qui doit être perçu comme le mien. J’ai voulu prendre en compte leurs conseils tout en m’affirmant au fil du temps. Mes influences ont changé entretemps. J’ai commencé à suivre des artistes argentins comme Alberto Breccia qui maîtrise très bien le travail du noir, ce qui me plaît beaucoup et que j’aime utiliser sur mes planches, notamment pour Batman.

Vos séries sont très liées au Batverse, peut-on supposer que Batman est votre personnage préféré ? Si non, quel est-il ? 

Les deux premiers comics que j’ai achetés sont Batman et Wolverine. Je suis très affin avec le caractère de ces personnages, notamment pour la confiance qu’ils ont en eux-mêmes. Et maintenant que j’ai lu un peu plus de BD, si je devais choisir un méchant, ce serait le Joker.

Nous fêtons les 75 ans de Batman cette année, et il y a une controverse qui sévit par rapport à l’accréditation de Bill Finger pour la co-création de Batman. Quelle est votre opinion là-dessus ? 

J’ai en fait deux opinions. La première est proffessionelle, et se rapporte à la ligne éditoriale américaine. Il y a des choix qui sont faits et qui ne sont pas forcément expliqués. C’est quelque chose de compliqué quand on est à l’extérieur parcequ’on ne sait pas quels sont les contrats qui ont été passés, et je ne veux pas juger les choix qui ont été pris. Mais au niveau personnel, je peux dire que c’est étonnant, aussi pour les fans, et en tant que fan de Batman, c’est assez triste de voir que tout le monde qui a participé à la création du personnage ne soit pas marqué. Au niveau professionel, il y a des choix qu’on est obligé de faire, je ne veux pas faire de critiques sur les choix qui ont été faits, mais je préfère croire que les personnes qui ont été impliquées dans ce choix ont simplement fait leur boulot.

On vous a vu la dernière fois sur Batman Eternal #7, comment est-ce de travailler sur une série hebdomadaire, comment devez-vous tenir votre planning ? 

Par exemple, en ce moment je suis en train de terminer mon troisème numéro d’Eternal ; le premier était le #7, le deuxième sera le #19 et maintenant je suis en train de faire le #20, qui sortira au mois d’Août. Je travaille beaucoup à l’avance car je dois me laisser le temps de faire des corrections. En travaillant de cette façon, je peux avoir un aperçu de la planche une fois imprimée et y apporter des corrections si besoin. J’ai toujours le même temps pour préparer ces numéros, comme pour une série mensuelle. J’ai donc un délai de un mois (et demi) avant la sortie pour rendre mon travail.

Allez-vous faire d’autres numéros sur cette série ? Quels sont vos autres projets chez DC Comics ?

Avec les éditeurs, on s’est mis d’accord qu’on parlera de la suite après que ces numéros soient terminés. Mon contrat se termine en effet avec ce #20. Mais c’est une procédure normale, à chaque fois on a fait un contrat un numéro après l’autre. Je crois que c’est fait exprès pour pousser l’auteur à se donner au maximum. Je crois que ça marche bien pour moi, si je suis un peu sous tension ça m’apporte quelque chose en plus. C’était pareil quand j’ai terminé Talon. Ils m’ont pas dit tout de suite que je pouvais travailler sur Eternal, on a fait un repas d’affaires, et on a parlé entre 4 yeux, et c’est là qu’ils m’ont dit que j’allais travailler dessus. Je trouve que c’est bien, car quand tu travailles sur quelque chose, savoir que tu vas faire autre chose, donne un poids supplémentaire que je n’ai pas besoin d’avoir. Comme ça je me concentre sur ce que je fais à l’instant. C’est quand même très fatiguant de faire ce type de boulot et quand je suis à la fin du délai, de savoir que je dois recommencer ça peut être épuisant. Comme ça je termine, je sais que j’ai terminé et je peux recommencer avec un esprit frais.

Y a-t-il une série chez DC ou un personnage sur lequel vous aimeriez travailler ? 

Mon rêve c’est de prendre la place de Greg Capullo *rires* je l’admire beaucoup. Et j’espère devenir comme lui, d’être un dessinateur de la série Batman. Mais aussi pourquoi pas Red Robin, Nightwing, ce sont des personnages avec lesquels on s’amuse bien, mais clairement le Chevalier Noir c’est le top. Et tout le monde qui tourne autour de Batman, Batgirl, Batwoman, sont des personnages fantastiques.


En guise de bonus, je vous propose de retrouver deux free-sketches réalisés par Emanuel Simeoni au cours de cette Comic’Gone. Un premier de The Riddler, avec une pose absolument dantesque, ainsi qu’un Calvin Rose (Talon) également du plus bel effet. Franchement, vous n’avez pas envie de le revoir chez DC Emanuel ?

Interview d'Emanuel Simeoni

Interview Simeoni - 4

Et je vous dis à très bientôt pour la suite de nos interviews réalisées à la Lyon Comic’Gone 2014 !!