Vous avez pu découvrir il y a deux jours la première partie de notre interview de Klaus Janson qu’il a bien voulu donner à DC Planet, à l’occasion de sa présence au festival de BD Strasbulles. Alors que la première moitié se concentrait sur le Chevalier Noir, c’est son pendant lumineux qui nous intéresse dans cette seconde partie. En effet l’artiste revient chez DC Comics dès ce mois avec Superman #32 sur lequel il assure l’encrage aux côtés de John Romita Jr. et Geoff Johns. C’est donc tout naturellement que nous nous y sommes intéressés !

Je profite également de cette introduction pour remercier à nouveau Laurent Lefeuvre et Phil Cordier qui ont permis à cette interview de se faire. Mais suffit les discussions, c’est ce que M. Janson nous raconte qui est le plus intéressant !


Deuxième partie : Johns, Romita Jr. & Superman

Que pouvez-vous nous raconter de votre retour chez DC Comics avec votre arrivée sur le titre « Superman » ? 

J’ai vu John Romita Jr. l’an dernier à la SDCC, et il est venu me voir de façon assez théâtrale en me disant « Je dois te parler, je dois te parler ! ». Je lui dit d’accord, puis plus tard nous étions tous deux à un panel, et il n’arrêtait pas de me chuchoter à l’oreille qu’il ne faisait que penser à aller chez DC et à dessiner Superman et il m’a demandé si j’étais intéressé à faire ça, et j’y ai pensé un petit moment après, et je me suis dit que ce serait une bonne aventure pour moi. Ceci étant dit, je veux préciser que Marvel m’a bien traité, et bien mieux que quiconque l’a fait dans toute ma carrière, et j’ai aussi pensé que John, en allant chez DC et en faisant Superman, ferait le meilleur travail de sa vie, et j’ai eu envie de faire partie de ça, parce que j’ai su qu’il allait sortir le grand jeu, son « A-Game » comme on dit dans le milieu. Et c’est aussi une aventure pour moi, de changer d’entreprise. Il n’y a pas eu d’animosité entre Marvel et moi, rien de fâcheux qui ne soit arrivé, et c’est donc agréable de pouvoir prendre une décision de cette sorte sans qu’on se sente trahi, ou en colère ou quoi que ce soit. Mes relations avec Marvel sont bonnes…

Je n’ai pas sous-entendu le contraire !

Non, bien sûr que non, mais j’ai besoin de dire ça ! Je suis sûr que vous avez entendu, ou lu, plein de fois, des gens qui ne sont pas contents de l’éditeur pour lequel ils travaillent, et qui ont plein de mauvaises choses à dire dessus. Je n’ai simplement rien de mauvais à dire, et je m’en sens très chanceux.

Vous serez l’encreur sur la série Superman, que pensez-vous de la reconnaissance de ce métier dans l’industrie ? En général, les encreurs ne sont pas crédités sur les couvertures, mais vous le serez, c’est ça ? 

Oui, nous sommes une équipe avec Johns et Romita Jr. Je pense que les encreurs devraient être crédités, oui, mais je pense que, vous savez, le métier d’encreur est quelque chose d’assez difficile à décrire. Les gens ne savent pas ce que c’est, et c’est pareil pour le terme d’artiste ! Vous savez, vous parlez à d’autres artistes qui sont des illustrateurs, ou qui sont dans la pub, et ils ne comprennent pas pourquoi il y a une différenciation entre le dessinateur et l’encreur, et il y a beaucoup de personnes qui pensent qu’être encreur c’est simplement du décalquage. Et je peux vous assurer que ce n’est pas le cas. Mais j’ai abandonné l’idée de défendre les encreurs il y a fort longtemps, je crois que c’est une bataille perdue d’avance, et je ne veux pas la porter avec moi. Donc je pense que les encreurs devraient être crédités, tout comme devraient l’être les coloristes. Les propos de Yannick Paquette à ce sujet sont justes : le comicbook c’est une collaboration, ce n’est pas en général juste une personne qui fait tout. Même Will Eisner avait des assistants, des personnes qui l’aidaient dans son travail.

Êtes-vous plus à l’aise aux dessins ou à l’encrage ? 

Je pense que l’encrage est un peu plus facile, mais le dessin est plus intéressant car c’est un plus gros problème. Il y a des problèmes plus intéressants à résoudre, la mise en scène, le découpage… Quand vous êtes encreur, vous ne décidez pas du découpage, de comment les cases s’enchaînent, quelle image vient après l’autre. Mais j’adore l’encrage, et n’arrêterai jamais d’en faire.

Qu’est-ce qui vous a plu dans le script de Geoff Johns, et que pouvez-vous nous dire sur l’histoire que nous allons lire dans Superman ? Sans spoiler, bien sûr…

Oh non, je n’oserai pas faire ça ! Je travaillerai à Archie Comics si je faisais ça *rires*. Quand John et moi avons décidé de faire Superman, DC nous a proposé plusieurs auteurs, dont Geoff, et c’est lui qui a été choisi. Je pense que Geoff avait vraiment envie de travailler avec John, ce que je peux comprendre. J’ai lu le premier script, et nous faisons le second en ce moment, et je pense que c’est une interprétation très intelligente du personnage, et je trouve que Geoff fait du bon travail. Je trouve que l’histoire touche à tous les points qu’elle devrait toucher, et dans ce sens, personne ne devrait être déçu. C’est très bien écrit, nous allons introduire de nouveaux personnages, de nouveaux vilains, ça va être excitant. Quand je reçois les pages, je suis vraiment excité.

Comment travaillez-vous avec John Romita Jr., et sur combien de numéros allez-vous rester ? 

Hé bien, je ne crois pas que DC ait envie que le dise, mais… Douze *rires*. Nous allons faire un run d’un an. En tout cas, c’est le plan. Et pour ce qui est de travailler avec John, hé bien nous avons déjà travaillé ensemble avant, et c’est plaisant de travailler avec lui. Vous savez, tous les dessinateurs et encreurs ne vont pas forcément bien ensemble. Et je trouve que John et moi allons bien ensemble ; il y a d’autres dessinateurs pour lesquels je pourrais dire ça, mais la plupart de ceux-là sont morts *rires*, donc je suis chanceux d’avoir John et de travailler avec lui. Et si je peux ajouter : superbe travail de colorisation. Vraiment beau.

Avez-vous d’autres projets chez DC, en plus de Superman et Batman ? 

Je vais faire un Annual, dont DC ne veut pas que je parle. Ils vont en faire la promotion à leur façon. Mais je crois que ça sortira en Octobre. C’est ce sur quoi je travaille en ce moment, je fais les crayonnés et l’encrage sur ce numéro, qui fera 48 pages. J’ai donc Superman, j’ai cet Annual, et maintenant je vais devoir développer d’autres nouveaux projets, et c’est ce que je vais faire dans les prochaines semaines.

Vous ne pouvez donc rien dire, pas même le titre de la série concernée par l’Annual. 

Non, je ne crois pas. DC a son propre département de marketing, ils sont très impliqués dans leur façon de, vous savez, distiller leurs informations, et je respecte ça.

Bien sûr ! Cela fait maintenant plus de 40 ans que vous êtes dans le métier, comment trouvez-vous que la situation des artistes a évolué ? Ressentez-vous de la lassitude ? 

Cette industrie a profondément changé en cette période de temps. Je pense que le business des comics, et les comics sont devenus plus « sains » : il y a une plus grande diversité, et dans les genres de comics, et dans le nombre d’éditeurs. Il y a plus d’éditeurs qu’il y en avait il y a 30-40 ans, il y a plus de séries, et je trouve que c’est très sain. En ce qui me concerne, oui, parfois je suis las. Mais pour lutter contre ça, j’essaie de me concentrer sur ma façon de travailler, et la changer de façon à la rendre plus intéressante, de travailler avec des outils différents, ou d’une manière différente. Par exemple cet été je me mets au numérique, et on va m’apprendre à utiliser ces outils, Photoshop, et j’espère pouvoir faire quelque chose de cette façon. Je pense que c’est la meilleure façon d’éviter la lassitude.

Vous avez fait de superbes travaux sur Batman, vous arrivez sur la série Superman. Au final, lequel des deux préférez-vous ? Je sais que vous allez me dire « je les aime tous les deux », mais il faut choisir !

Oui, exactement *rires*. Il y a des choses très intéressantes pour les deux personnages, Batman est la nuit, Superman est le jour. Donc quand je m’assois et que je les dessine, ou que j’encre avec John, c’est ce qui me vient à l’esprit, cette opposition. C’est comme ça que je les approche, et chacun a son propre charme, mais quand j’étais enfant… Je ne dessinais pas vraiment Superman. Et je pense que ça vous donne la réponse *rires*.

Un dernier mot pour les lecteurs français de DC Comics, et ceux de DC Planet ? 

Vous savez, quand je vais aux conventions, et que je vois autant de fans enthousiastes, ça me rend la vie meilleure. J’apprécie cela, et j’en suis très reconnaissant, et j’espère qu’on va continuer dans cette direction avec les comics, je pense qu’on est dans un Golden Age pour les comics. Je ne prends rien pour acquis, je sais qu’il y a des choses qui se passent, mais je pense que c’est une bonne époque, et j’espère que les fans en sont conscient également ! C’est comme une Renaissance – et ça, c’est un mot français ! *rires*


En bonus, découvrez les coulisses de l’interview, qui s’est faite dans des conditions… posées, au sens littéral du terme ! Merci à Laurent Lefeuvre (encore lui !) pour les photos !

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Pour rappel, Superman #32 sortira la semaine prochaine, et nous ne manquerons pas de vous donner notre avis sur ce renouveau pour l’Homme d’Acier. Nous attendons également avec une certaine excitation les futurs projets de Klaus Janson pour DC Comics. En espérant que cette interview vous aura plu, je vous donne rendez-vous pour d’autres qui sont à venir prochainement !

Retrouvez la première partie de notre interview à ce lien !