Le week-end dernier se tenait à Strasbourg le festival de bande dessinée Strasbulles. S’il est essentiellement centré sur la BD franco-belge, des artistes du monde des comics étaient néanmoins présents. C’était notamment le cas d’Yildiray Cinar que nous avons pu interviewer avec le soutien du Cyclops. Un autre invité de marque était également présent, Klaus Janson. Artiste reconnu dans le domaine pour ses travaux chez DC Comics (TDKRGothicDeath and the Maidens) et Marvel (Daredevil, Daredevil : End of Days), Klaus Janson a donné une masterclass sur son travail sur End of Days, pendant laquelle il a dépouillé le travail fait avec des exemples choisis, exposant le chemin parcouru de simples roughs jusqu’aux planches encrées et colorisées. Cette conférence était animée par Phil Cordier et Laurent Lefeuvre que je souhaite remercier très chaleureusement pour avoir permis cette interview de se faire ! Je remercie également tous mes collègues du staff qui ont grandement aidé à sa préparation (c’est ça l’esprit d’équipe !).

J’ai donc pu m’entretenir avec Klaus Jason sur ses différents travaux effectués chez DC Comics et également ceux à venir. Comme l’interview est plutôt conséquente, nous vous la proposons en deux parties, chacune orientée sur un axe bien spécifique. Sans plus tarder, voici pour vous la première moitié !


Première partie : Miller, Morrison & Batman

Bonjour et merci de nous accorder de votre temps. Pour les lecteurs qui ne vous connaitraient pas, pourriez-vous vous présenter rapidement ? 

Je m’appelle Klaus Janson, je suis un dessinateur, encreur, et quelques fois scénariste pour Marvel et DC Comics, et en ce moment je travaille chez DC Comics.

Vous avez travaillé sur des récits emblématiques de Batman, comme The Dark Knight Returns, Gothic ou Death and the Maidens. Quelle est votre vision personnelle du Chevalier Noir ? 

C’est une bonne question ! Je pense que je suis influencé par le Batman de Neal Adams, car c’est le Batman que je lisais étant petit, mais j’aime beaucoup ce que Frank a fait sur The Dark Knight – par Frank, j’entends Frank Miller. Il a fait un Batman plus brusque, plus lourd, et alors que Neal a fait un Batman élégant, Frank a fait un Batman très brutal, un peu plus abimé, un peu plus vieux, c’est une version intéressante de Batman. Et j’ai remarqué que beaucoup de personnes, comme Greg Capullo par exemple, font cette version brusque de Batman. Et moi je fais des aller-retours entre les deux ; des fois quand je fais des covers pour DC, je fais parfois le Batman élégant de Neal Adams, et d’autres fois ce Batman brusque.

Vous avez travaillé à plusieurs reprises avec Frank Miller. Comment était-ce de travailler avec lui, quels souvenirs gardez-vous de ces moments ? 

Frank et moi avions travaillé sur Daredevil, et donc nous nous connaissions bien au moment de faire The Dark Knight et avions une relation établie. Nous savions de quoi chacun était capable, et je pense que nous avions une déjà un bonne relation pour The Dark Knight puisque nous avions déjà travaillé ensemble avant. J’ai beaucoup de respect pour le travail de Frank, et je pense que ce qu’il a fait sur The Dark Knight était, de façon évidente, un tournant crucial pour le personnage. Il a apporté une nouvelle Histoire et de nouveaux ajouts aux personnages qui sont toujours là aujourd’hui. J’ai beaucoup de respect pour ce que Frank a fait et j’étais – et je suis – content d’y être rattaché.

Quelle était votre réaction par rapport aux idées véhiculées dans ce récit, avec ce Batman autoritaire et conservateur ?

J’ai trouvé que c’était une approche intéressante du personnage, et j’essaie de ne pas prendre ce genre de choses trop au sérieux, parce que ça reste une histoire. C’est marrant, parce que je ne suis pas conservateur, je suis plutôt un « gauchiste » *rires* – et je ne pense pas que cette version de Batman, autoritaire, était si évidente, pour moi. Je pense qu’un grand nombre des interprétations politiques de Dark Knight sont venues plus tard, et j’en suis alors devenu conscient. Et je ne suis pas sûr d’être d’accord avec elles. Je considère que les personnages dans les comics sont des endroits où on peut expérimenter avec les différentes versions de leurs personnalités, et je ne crois pas que n’importe quelle version d’un personnage en soit la version définitive. Les gens ne sont pas tout noir ou tout blanc – ils sont en général plutôt gris – et je ne prends pas cette version qu’on dit fachiste de Batman à ce point au sérieux.

Le récit « Gothic » vient juste d’être publié en français par Urban Comics. Considérez-vous que c’est un récit de « jeunesse » de Grant Morrison, comparé à son run qu’il a fait après sur Batman ? Et que pensez-vous de ce qu’il a fait sur le personnage ? 

J’aime beaucoup l’écriture de Morrison, et je peux vous dire que les deux scripts sur lesquels j’ai préféré travailler sont Batman : Gothic de Morrison et Daredevil : End of Days de Brian Michael Bendis et David Mack. C’était un vrai plaisir de travailler avec des auteurs si talentueux sur ces deux projets. De travailler avec quelqu’un qui est un très bon auteur, comme Grant Morrison, c’est non seulement un plaisir, mais également un privilège, car il y a bien plus de mauvais auteurs qu’il n’y en a de bons *rires*. Il y a bien plus de mauvais scripts que de bons, donc quand je tombe sur un bon, je l’apprécie beaucoup ! Et j’ai apprécié ce qu’a fait Morrison par après, je pense que la chose que j’ai la plus admirée c’est qu’il ne s’est pas senti le besoin d’ignorer ce qui avait été fait avant, et qu’au contraire il a intégré tout le passé de Batman, en considérant que c’est une partie légitime du personnage, comme ce côté science-fiction qui était présent dans les années 60-70. Ca m’a impressionné, et je pense que c’est une bonne façon d’approcher le comicbook et son écriture. Je suis très reconnaissant d’avoir travaillé avec Grant Morrison, et s’il veut retravailler avec moi, dites-lui de m’appeler !

Vous considérez donc que Gothic et End of Days sont les travaux dont vous êtes le plus fier ? 

Non, ce sont les deux meilleurs scripts sur lesquels j’ai travaillé. Je suis très fier du travail que j’ai fait sur Daredevil avec Frank Miller, et également d’autres petites histoires que j’ai fait. C’est une chose amusante dans les comics, c’est qu’à moins que vous ne soyez resté très longtemps sur une série, il est difficile de vous retrouver. Il y a beaucoup d’histoires que j’ai faites dont personne n’a conscience. J’ai fait une courte histoire de Man-Thing pour Marvel, une Batman Black & White pour DC, ou une histoire courte de science-fiction pour Axel Alonzo quand il était chez DC, et c’est assez dur de retrouver tout ça. Mais pour l’exemple, je trouve que mon travail sur ces trois histoires est bon. Il y a une poignée de projets dont je suis vraiment content. Et l’avantage (ou l’inconvénient) d’être depuis si longtemps dans cette industrie, c’est que j’ai tellement de travail derrière moi qu’au moins une partie est bonne *rires*.

Vous avez déclaré en Mars dernier que vous alliez travailler à nouveau sur Batman, est-ce bien vrai ? 

DC et moi en discutons, et une fois que je serai rentré aux Etats-Unis il va falloir que nous en discutions plus sérieusement. Mais ils sont intéressés pour que je fasse Batman, et je le suis également. C’est juste une question de trouver le bon projet, et le bon emploi du temps. Mais si vous travaillez pour DC, il faut vraiment chercher à faire un travail sur Batman – on ne peut vraiment pas contredire ça, c’est un personnage si fascinant. J’ai fait quelques bons travaux sur lui, et j’aimerai continuer et voir ce que je peux faire à présent. Je crois que le Batman le plus récent que j’ai fait est Death and the Maidens, et c’était il y a 9-10 ans je crois. Je suis devenu un meilleur artiste avec le temps, et je suis curieux de voir ce que je pourrais apporter au personnage aujourd’hui, et peut-être me faire pardonner des quelques mauvais travaux que j’ai pu faire *rires*.

Nous fêtons cette année les 75 ans de Batman, et il y a une controverse par rapport à Bill Finger, et son nom qui n’est pas crédité pour la co-création de Batman. Quelle est votre avis sur la question ? 

Hé bien tel que je le comprends, car je n’étais pas là, et même si je n’ai pas lu livre de Marc Tyler Nobleman, j’ai tendance à croire ce qui y est raconté, puisqu’il y a plus d’une personne qui affirme ça, et qui étaient présents à l’époque. Ça a donc beaucoup de crédibilité. Mérite-t-il d’être crédité pour la création de Batman ? Évidemment, je le crois. Je ne suis pas juriste ou avocat, et je ne comprends pas quelles seraient les conséquences légales de cela, et je sais qu’il y en aurait, mais quoi que puisse faire la famille de Bill, pour qu’il soit crédité, je serai d’accord avec, je pense. Le truc qui est amusant, c’est que ça se sait, les gens en parlent déjà. Comme vous, ou le livre mentionné avant. Je pense qu’on peut affirmer que Bill a de plus en plus de crédit, et qu’il en aura bien plus encore au fil du temps.

Son nom a été crédité sur la couverture du Detective Comics #27 qui sortira cet été pour le Batman Day…

Voilà, vous voyez, c’est en train de se faire !


En bonus, retrouvez ci-dessous un portrait de Klaus Janson réalisé par l’artiste français Laurent Lefeuvre (que vous avez pu retrouver dans notre dernier DCFA). En espérant que cette première partie vous a plu, je vous donne rendez-vous très bientôt pour la suite de l’interview de Klaus Janson, dans laquelle on parlera de Superman !

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La suite de cette interview se trouve juste ici !