Review Grant Morrison présente Batman #8
Les points positifs :

[list style = »check »]

  • Un épisode #8 bouleversant…
  • Un épisode #12 qui marque !
  • Le travail formidable de Morrison sur ce run et sur ces ultimes épisodes
  • Run tout simplement déjà culte pour le Chevalier Noir
  • Quel plaisir de lire toute cette saison deux d’une traite
  • Ouroboros…
Les points négatifs :

[list style = »cross »]

  • … et donc une fin qui ne plaira pas à tous
  • Grant Morrison ne touche pas tout le monde
  • Un épisode #0 en dessous, surtout graphiquement
  • Oui, ça y est… c’est fini…

 

« Fils de Batman… levez-vous ! »


  • Scénario : Grant Morrison – Dessins : Chris Burnham, Frazer Irving, Andres Guinaldo, Jason Masters et Andrei Bressan – Couleurs : Nathan Fairbairn et Frazer Irving – Couverture : Chris Burnham

Huit ans, voilà huit ans que Grant Morrison œuvrait sur Batman, sur notre Chevalier Noir au moment où l’ultime épisode de Batman Incorparated paraissait aux Etats-Unis. Huit ans durant lesquels l’auteur écossais n’aura eu de cesse de tout faire pour nous offrir ce qui sera sans doute le run le plus mémorable, le plus poussé, le plus intelligent pour notre justicier. Un travail visant à lier toutes les époques, toutes les histoires de Batman, rendant hommage au Golden et au Silver Age, en effectuant un travail de haute volée sur tous les personnages gravitant autour de Batman. C’est en toute objectivité que je me permets de dire qu’il y a un avant Morrison et un après Morrison pour Batman, avec en point d’orgue, l’apparition de Damian, ce petit bonhomme qui aura marqué l’esprit, de Batman et des lecteurs, dont nombreux sont devenus complètement addict ! Mais trêve de préambule et rentrons dès à présent dans ce huitième et ultime tome de Grant Morrison présente Batman !

La tête de Damian Wayne, fils de Bruce et de Talia al Ghul a été mise à prix par sa propre mère ! Celui qui agit depuis quelque temps sous l’uniforme de Robin est désormais la cible de l’organisation Léviathan. Batman Incorporated va devoir mettre toutes ses ressources en œuvre pour protéger le Jeune Prodige. Mais peut-être est-il déjà trop tard… (Contenu : Batman Incorporated New 52 #0, 1-10, 12-13)

Grant Morrison présente Batman #8

Batman Incorporated saison #2 action ! Et dès le départ, on comprend que nous allons avoir le droit à un long flashback (enfin après l’épisode #0 j’entends, dès le départ du numéro #1) ! Nous découvrons Bruce Wayne face à deux sépultures, sous la pluie, un Bruce Wayne qui se retourne vers son fidèle Alfred le suppliant, le regard comme vidé de toute envie, le suppliant de lui dire que la folie « Batman » est terminée, qu’il n’en peut plus, avant d’être arrêté par le commissaire Gordon devant une meute de policiers ! Le décor est planté ! Dès le départ nous savons que Grant Morrison ne nous réserve pas un happy end, et au vu de son run, cela reste en adéquation avec le reste.

Le flashback démarre un mois avant cette arrestation, Grant Morrison nous raconte, comme il sait si bien le faire, une nouvelle histoire de Batman. Une histoire où l’affrontement entre Batman Incorparated et Leviathan prend une tournure plus directe, plus franche, fini le round d’observation. Round d’observation qui prend fin au moment où Talia décide de mettre un contrat sur la tête de son fils ! À partir de ce moment, tous les coups sont permis, rien n’arrêtera tous ces personnages qui vont plonger dans un puits de souffrance et de morts.

Là où Grant Morrison nous propose un affrontement entre Batman Incorporated et Leviathan, j’y vois un combat entre un père et une mère, entre Batman et Talia, avec le pauvre petit Damian au milieu. Version comics, et donc bien loin de la réalité même si le fond reste le même, d’une relation entre deux personnes qui se sont aimées, qui se sont déchirées et pour qui aujourd’hui le dialogue n’est plus un choix possible, seul restant la rancœur et la haine. Et comme toujours, peu importe que ce soit la vraie vie ou dans une œuvre de fiction, au milieu de tout ça, ce sont les enfants qui trinquent. Partant d’un conflit de niveau international on arrive sans s’en rendre compte à un duel intimiste.

Grant Morrison présente Batman #8

Et ce que l’on oublie bien trop souvent, c’est que Damian n’est qu’un enfant. C’est d’ailleurs peut-être ce qui le rend tellement attachant. Sous ses airs de gros durs, derrière ses capacités hors du commun se cache un petit garçon à la recherche de l’amour et de la fierté de son père. Cela est flagrant dès le premier épisode, lorsque un adversaire meurt dans ses bras et qu’il pousse aussitôt « C’est pas moi ! J’ai rien fait ! », voulant se dédouaner tout de suite d’une bêtise qu’il n’a pas fait pour ne pas décevoir son père.

Plus les épisodes passent, et plus on se rend compte à quel point Bruce est important pour Damian, plus on comprend que le lien entre les deux, bien que chaotique, est bien présent et terriblement fort. Damian se range, peu à peu, complètement du côté de son père et embrasse sa quête de justice et son rôle de protecteur de Gotham.

Mais il n’y a pas que Damian qui se retrouve au milieu de ce combat destructeur ! Tout Gotham, et même davantage se retrouvent embrasée par ce conflit. Batman va prendre cher, tellement Talia est comme enragée après lui. Les alliés de Gotham vont en faire les frais malheureusement pour eux, et Talia ne s’arrêtera devant aucune horreur pour arriver à ses fins. Il n’y a qu’à voir qui, ou plutôt quoi, se cache sous le costume de l’Hérétique… Elle va même réussir à convaincre la mairie de Gotham de « lâcher » le héros et son organisation. Mais à force de trop taper, à force de trop vouloir faire mal, on finit toujours par y arriver et le retour de bâton s’avère parfois bien plus violent et dangereux. Et lors de l’épisode #8, l’horreur se produit ! Le genre d’événement qui vous change un homme, le marque au fer rouge ! Talia est allée trop loin, et a sans doute provoqué  elle-même sa propre perte…

A partir de l’épisode #12, le duel entre Talia et Batman n’est plus abstrait mais devient concret, et se résume vraiment plus qu’à un duel à mort entre les deux anciens amants. Mais avant, nous avons le droit à un combat épique entre Batman et l’Hérétique, rarement j’ai vu Batman dans un tel état de rage, dans un tel état, en totale perte de contrôle ! Nous assistons à un véritable combat de chiens enragés où seule la vue du cadavre ensanglanté et détruit de son adversaire pourrait stopper l’un ou l’autre.

Review Grant Morrison présente Batman #8

Puis la Batcave est le théâtre de l’ultime face à face d’un père et d’une mère. Le théâtre d’un combat douloureux pour les corps, mais aussi pour les âmes, où nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver de la tristesse pour ces deux pauvres âmes tourmentées et meurtries. Et le coup ultime viendra de là où nous ne l’attendions pas ! Grant Morrison prenant un malin plaisir, comme depuis ses débuts sur ce run, à mélanger les Ages, à ramener d’anciens personnages. Et après plusieurs lectures, comme il faut toujours le faire avec cet auteur, on se rappelle l’épisode #4 de la première série Batman Incorporated, puis de l’épisode #10 du présent ouvrage, et l’on se dit : « Bien sûr !! »

Le reste et la suite appartient à la postérité. Difficile d’en dire plus sans trop en dévoiler, et c’est le genre de choses à découvrir soi-même, tranquillement assis dans son transat, dans son jardin un bon verre de rosé à côté de soi. Quand à la suite, n’oublions pas que le thème était Ouroboros, le serpent qui se mort la queue ! L’éternel recommencement ! Et cela prend tous son sens avec cette fin ! Grant Morrison clôture son histoire, son hommage à Batman de manière intelligente et dans la lignée de tout ce qu’il a écrit jusqu’à maintenant, mais en laissant des questions en suspens et le choix aux auteurs qui vont lui succéder d’y répondre ou non.

Bref, Urban nous offre là l’un des meilleurs tomes consacrés au run de Grant Morrison sur Batman. La totalité de la saison #2 de Batman Incorparated y étant rassemblée afin d’offrir une expérience de lecture totale et unique. Que l’on soit fan ou non de l’auteur, néophyte ou vieux roublard, le travail de Grant Morrison ne peut laisser indifférent. Et je ne peux qu’encourager les jeunes lecteurs ou ceux qui sont rebutés par la complexité des récits de l’auteur à sauter le pas ! Grant Morrison nous offre un autre Batman, un Batman différent de ce que l’on peut lire dans toutes les autres séries. C’est un hommage à Batman, un hommage à toutes les vieilles histoires farfelues et oubliées de Golden et du Silver Age, un hommage à leurs auteurs que nous offre Grant Morrison. L’auteur ayant effectué un travail de forcené pour lier soixante quinze ans d’histoires. À travers un récit d’une très grande intelligence, d’un ancrage dans le passé et pourtant d’une richesse d’originalité, Grant Morrison nous fait comprendre que Batman nous survivra à tous !