Dossier - Batman : Rôle et incarnation de la peur

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Dossier - Batman : Rôle et incarnation de la peur

Batman et la peur, à première vue deux éléments indivisibles selon certains. Les plus grands fans crieront, les comics des années 50 dans les mains, que Batman ne s’arrête pas à une créature terrifiante. D’un auteur à l’autre il devient drôle, ou sombre, il devient père ou héros solitaire. On s’intéressera ici uniquement à l’aspect sombre du personnage, plus populaire aujourd’hui. La peur regroupe énormément d’éléments dans l’histoire des comics comme dans d’autres médias où apparait le personnage. Je pense surtout à des épisodes de la série animée Batman TAS comme Le Maître de l’Épouvante ou Sombres Hallucinations. Des épisodes dans lesquels remontent à la surface les peurs profondes du personnage, et exposent ses moyens de lutter contre elles. Derrière le statut de simple sentiment déplaisant, ou recherché, réside une maitrise de celui-ci capable de créer des effets recherchés.

1. Né de l’obscurité

2. Inspirations d’orient

3. Le salaire de la peur

4. Taste of fear

1. Né de l’obscurité

Off My Mind 39 Batman Peur Role et incarnation Detective Comics 29 Cover

Avant toute chose, il serait presque insultant de ne pas faire référence aux comics auxquels nous devons la vie du mythe du Batman. Dans les premiers numéros, la peur est utilisée dans le but de créer un effet de surprise. L’apparition soudaine du héros face aux criminels criant son nom, alors qu’il prend une pose iconique. Le peur relève donc plus de la mise en scène, très théâtrale, que d’un sentiment de terreur. Ce n’est qu’après Detective Comics #33 où sont expliquées les origines du personnage, que la notion de peur et les raisons de l’image de la chauve-souris sont exprimées. Les apparitions du personnage sont ensuite le plus souvent réalisées sur des fonds noirs de telle sorte à le confondre avec le décor. Associer le personnage et l’obscurité devient courant, allant jusqu’à l’utiliser comme stratagème dans le Detective Comics #37. La peur devient une arme, non pas par le costume, mais par la perte des sens. Aujourd’hui cela peut paraître courant de faire fondre le personnage dans un décor sombre, mais il s’agit ici de la première application de cette association entre Batman et l’obscurité.

Avec le titre Batman engendré par la suite, la peur est, dès le premier numéro, accentuée avec l’apparition du Joker. Le nouveau personnage apparaît comme terrifiant. De par son visage difforme à l’image de clown, mais aussi par sa capacité à se déguiser. A noter qu’il porte l’uniforme d’un policier. Ce qui créé un sentiment d’insécurité, renforcé par la célèbre case en gros plan sur le visage du Joker déguisé. Il passe entre les mains du héros, et malgré l’aspect très coloré du numéro, l’angoisse et le malaise restent présents. Étrangement, si on parle en général de Bob Kane et Bill Finger comme créateurs inspirés par un personnage sombre se fondant dans l’obscurité comme un fantôme pour inspirer la peur chez ses ennemis, les années ayant suivi ce premier numéro se détournent bien du personnage de Batman apparu dans ses aventures en solo dans Detective Comics et des notions évoquées, et particulièrement la thématique de la peur. Déjà graphiquement, le personnage de Batman passe du noir au bleu, les décors à l’origine souvent dans les tons orangés deviennent un festival de couleurs vives. De même, les scènes en intérieur n’ont plus d’ombre. La luminosité est totale, supprimant tout espace obscur au sein du numéro, et avec lui, la peur.

Batman Year One You Have Eaten As Well Off My Mind 39 Batman Peur Role Incarnation DC Planet

La peur ne devient qu’un élément réellement étudié chez le personnage que lors d’une origin-story. Même si on associe souvent le travail de Neal Adams sur le titre Batman et Detective Comics comme un renouveau pour le personnage, où celui-ci retrouve de son sérieux et donc de sa noirceur, on ne peut enlever à Frank Miller ce changement remarqué, et remarquable, amené avec Year One où celui-ci réécrit les origines du personnage dans Batman#404-407 en 1987. Des origines bien différentes. On quitte ce domaine simpliste du héros qui fait face à un problème et qu’il résout grâce à un raisonnement. Frank Miller joue la carte de la peur, à travers le personnage, la ville, incluant avec cette dernière tout son système et sa population, tout en modernisant le personnage dans la manière de se battre. Il créé chez Bruce bon nombres d’inspirations et interprétations quand aux techniques utilisées liées au silence, et la disparition.

Dans cet arc, il est dit que Bruce revient d’un long voyage. Un voyage d’un lieu non précisé, et qui ne sous-entend pas les pays orientaux, en dehors des techniques de combat citées. Dès l’introduction la peur est présentée comme décor. Qu’il s’agisse du personnage de Bruce Wayne ou de Gordon. Le pessimisme de leur regard commun donne à Gotham cette caractéristique d’être le décor sombre vers lequel ils se dirigent. Peu de temps après son arrivée, Bruce dit devoir être la peur. Une manière de définir Batman comme l’incarnation de Gotham, elle-même, incarnation d’un lieu où la peur domine l’ensemble de cet espace, grâce à un système pourri jusqu’à ses fondements. On peut très bien voir l’intention d’incarner la peur chez Bruce, plus simplement par cette notion d’incarner la peur pour la dominer plus facilement. Dans le but de faire face à ce qui peut nous nuire plutôt que de le subir. Une réaction devenant par habitude réflexe chez le héros, détruisant ainsi tout sentiment de peur chez lui.


8 Commentaires »

  1. Jocks 25/11/2016 à 19:04 -

    Sinestro approuve cet article !
    Plus sérieusement, dossier super sympa et nécessaire tant Batman et la peur sont intrinsèquement liés !
    Dans le même genre d'idées, j'aimerai beaucoup un dossier sur le véritable plus grand méchant de Batman (et qui a un peu été évoqué ici) : Gotham elle même !

  2. Excellent dossier que j'ai lu avec plaisir ;)
    Je trouve que Batman est rarement aussi bien écrit que quand il est question de peur. Cette peur peut prendre plusieurs formes. La peur d'échouer, la peur que son côté sombre prenne le dessus, la peut que tout échappe à son contrôle ou encore la peur d'entraîner du monde avec lui vers un destin funeste. Pour ce dernier cas on peut citer A Lonely Place of Dying où il ne veut plus d'aide de peur que quelqu'un subisse le même sort que Jason. Paradoxalement, c'est Robin qui arrive à calmer en quelque sorte les peurs de son mentor. Dans Broken City, on sent (sans que ce soit dit explicitement) que Gotham fait peur à Batman.
    Je lisais récemment un peu les premières aventures de Batman, et c'est vrai que Finger et Kane avaient un certain sens de la mise en scène. Comme tu le dis le Batman qui apparaît n'importe où n'importe quand est assez intimidant pour les criminels. Et bien que cette facette du personnage ait disparu un certain temps, elle est revenue plus forte que jamais, de telle sorte qu'aujourd'hui, on n'imagine plus un Batman qui n'inspire pas la peur.

  3. Joff 25/11/2016 à 20:24 -

    c'est son rapport à la souffrance qui m' a fait aimer Bruce Wayne et comment il a fait de sa douleur son super pouvoir.

  4. myckha 25/11/2016 à 23:34 -

    je commente rarement mais je tiens à vous dire que ce genre de dossier/articles et autres dissertation de ce style sont hyper plaisantes surtout que vous avez multiplié le genre dernièrement et ça fait plaisir :) la qualité est toujours au rdv donc ne lachez rien ( jpense que c'est important de le faire remarquer de temps en temps. on est bcp moins à cliquer et lire ce genre d'articles que ceux concernant les boobs d'harley quinn)

  5. Zephiranth 25/11/2016 à 23:59 -

    Très chouette dossier. Merci à son auteur.

  6. Brutal Destr0y333r 26/11/2016 à 14:39 -

    Très chouette lecture.


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