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[Review VF] Green Lantern – Green Arrow

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[Review VF] Green Lantern – Green Arrow
  • Scénario
  • Dessin
  • Colorisation
Critique de Green Lantern Green Arrow - Dennis O Neil et Neal Adams
Les points positifs :
  • Importance historique
  • Recherche de réalisme
  • Neal Adams, qu’est-ce que c’est beau !
Les points négatifs :
  • Encore un peu de caricature
  • Arrière-fonds aux couleurs improbables
  • Parfois moralisateur

« Parfois, l’espèce humaine me fait vomir ! » - Green Arrow

  • Scénario : Dennis O’Neil, Elliot S.s Maggin - Dessins : Neal Adams

Quelle merveilleuse initiative de la part d’Urban Comics de rééditer en français ce run légendaire par les deux géants Dennis O’Neil et Neal Adams ! Alors que les détenteurs précédents des droits de DC Comics traînaient les pieds pour publier du pré-crisis, Urban gâte le public francophone avec Kamandi, les Brave and the Bold de Bob Haney et Jim Aparo, maintenant ça et bientôt le Fourth World, on peut dire qu’on est servis ! Le présent volume regroupe les numéros #76-87, 89 de la série Green Lantern, auxquels s’ajoutent une poignée de back-ups tirés de la série Flash, ce qui représente tout le travail qu’a accompli le duo créatif O’Neil – Adams sur le duo Green Arrow – Green Lantern. Ces numéros ont eu un impact retentissant à leur sortie, avant d’être réédités à de nombreuses reprises en perdant bien peu d’actualité tandis que leurs couvertures mythiques se sont imprimées dans l’imaginaire collectif. Vraiment, c’est un pan de l’histoire du comic book qui s’offre au lecteur francophone.

En survolant Star CityHal Jordan assiste à une scène révoltante : une bande de voyous agresse un homme en costard à l’allure respectable et le projette contre terre. Ni une, ni deux, le Gladiateur d’Émeraude intervient et porte secours au malheureux. C’est alors, à sa grande surprise, que les habitants du quartier se mettent à lui jeter des ordures et des briques, semblant lui reprocher d’avoir aidé un innocent ! Green Arrow survient et explique à Hal Jordan les réactions de la population : le type auquel il vient de porter secours redouble en fait d’efforts pour expulser les pauvres hères qui habitent ces immeubles délabrés, d’où leur mécontentement. Déboussolé par ce renversement de perspectives, Hal Jordan n’est pas au bout de ses peines puisqu’un vieil immigré s’approche de lui pour lui demander pourquoi il consacre autant d’efforts à aider des extra-terrestres à la peau bleue, orange ou pourpre, quand il ne se soucie même pas des hommes à la peau noire qui vivent sur la Terre ? Ces événements vont secouer le cœur d’Hal Jordan, aussi décide-t-il de partir en quête de vérité à travers les USA, accompagné par son vieil ami Green Arrow et un Gardien d’Oa.

Ces numéros symbolisent les premiers focus chez DC Comics sur des problèmes de la réalité américaine, bien loin des aventures cosmiques empruntes de science-fiction typiques du Silver Age. Racisme, drogue, féminisme, crise du logement, société de consommation, pollution… Dennis O’Neil se penche sur un large panel d’inquiétudes qui secouent ses contemporains, alors que l’Amérique voit s’éveiller une véritable conscience sociale, concernée par les minorités et les problèmes écologiques. Imprégner les comics de ces préoccupations confère un réalisme saisissant à ses scénarios alors qu’il est en train de définir sans le savoir une part des caractéristiques du Bronze Age, dans une mouvance terre-à-terre qui ne cessera de se confirmer par la suite. Cet élément est à souligner pour faire saisir l’aspect novateur de ces histoires, et même si le traitement de certains thèmes sensibles apparaît aujourd’hui comme emprunt de préjugés et rallié à un parti pris, les sujets abordés n’en gardent pas moins une saisissante modernité.

D’ailleurs, cette modernité ne se ressent pas qu’à travers les idées développées, car, en regard des histoires du Silver Age, celles collectées ici présentent une singulière profondeur. Les références y sont légions, que ce soit à la culture populaire (John WayneEasy Rider) ou à la culture ‘classique’, comme dans ce numéro effrayant où Green Arrow et Green Lantern sont crucifiés, en deux larrons modernes, aux côtés d’un christ-hippie. Le parallèle ne s’arrête pas là : avant de hisser les deux justiciers, la foule demande au riche business-man ‘Qu’est-ce qu’on fait d’eux, M’sieur Tyrone ?’ et l’intéressé de répondre ‘Ce que vous voulez, je m’en lave les mains’, citant, fort opportunément, Ponce Pilate. Cette quête de symbolisme est assez novatrice par rapport aux comics de la décennie précédente qui se limitaient à une vocation distrayante, et témoigne de l’évolution du lectorat.

Un autre témoin du souci de profondeur dont font preuve les auteurs, ce sont les doutes qui ne cessent de tirailler Green Lantern sur ce qu’il convient ou non de faire. Dans ses aventures précédentes, il le dit, la justice lui apparaissait évidente et tout allait de soi. Maintenant il fait face à des situations où il est difficile de déterminer le bien du mal, où les ‘méchants’ sont souvent nuancés en victimes, comme cette grand-mère folle condamnant un monde à la surpopulation à cause de son désir ardent d’avoir des enfants. De même les ‘gentils’ cachent parfois un mauvais fond, comme ces Indiens victimes de persécution qui font valoir leur droit avec une violence exagérée. C’est amusant de constater combien il était moralement difficile à l’époque pour un super-héros de transgresser la loi, quand bien même celle-ci semble manifestement dans son tort, comme lorsqu’un fou a pris le contrôle d’un tribunal galactique et condamne à mort tous ceux qui passent entre les griffes de son simulacre de justice. Même là, Green Lantern ne peut s’empêcher de nourrir des scrupules à l’idée d’enfreindre une vision de la loi, ce n’est pas les héros actuels de DC Comics qui agiraient de la sorte, tant ils se considèrent systématiquement au-dessus de la loi, quelle qu’elle soit. Sans atteindre le niveau de nuances d’un Alan Moore (où le comble de l’anti-manichéisme se trouve peut-être dans les numéros #17 et 18 qu’il a écrits pour la série Vigilante), les efforts de Dennis O’Neil pour évoluer dans des tons nuancés sont vraiment appréciables, même s’il ne peut s’empêcher encore de recourir ci et là à la caricature, à l’image de ses dealers de drogue absolument cruels, véreux et maléfiques, soit dépourvus de tout bon fond.

On le devinait en énumérant les thèmes, mais ces histoires recèlent un versant très noir. À l’instar de l’assombrissement de l’univers de Batman qu’on lui attribue, Dennis O’Neil n’hésite pas à multiplier ici les morts innocentes. Il dresse des parallèles avec la nazisme à plusieurs reprises, et laisse deviner un fascination pour les foules en colère, abandonnées par la raison, qui se font l’ennemi inarrêtable des deux héros à plusieurs reprises au cours du volume. Comme dans ses histoires de Batman, il agrémente ses cases de commentaires du narrateur, souvent sur un ton poétique et dramatique : ‘Seuls les idiots aiment la guerre… Cette ignoble folie des hommes…‘ Il fait également recours à des comparaisons d’une mélancolie savoureuse, quoique parfois pessimiste : ‘Soutenus par l’énergie mystique de l’anneau des Green Lantern, ils survolent les forêts, les plaines, les vallées, émus par leur beauté… jusqu’à un lieu hideux, aussi laid que du sang sur un visage d’enfant.

Le tandem Green LanternGreen Arrow offre une belle dynamique, avec d’un côté le héros auparavant lisse et droit maintenant assailli de doutes et d’interrogations, et de l’autre le justicier plus terre-à-terre, proche du peule, plus impulsif, sanguin, et fragilisé par son amour pour Black Canary. Cette dernière apparaît plusieurs fois et ne se limite pas à de la figuration, s’attirant souvent des rôles actifs, comme lorsqu’elle héberge Speedy lorsque celui-ci tente de vaincre son addiction à l’héroïne. On apprécie beaucoup de retrouver le couple tumultueux Black CanaryGreen Arrow, sur lesquels les New 52 ont fait une croix impitoyable. Carol Ferris apparaît également de temps à autre mais laisse moins de souvenirs à cause de sa personnalité plus effacée que celle de Dinah Lance. Dans un autre registre, on assiste également dans ce volume à la première apparition de John Stewart, où le Green Lantern afro-américain se montre bien éloigné du marine renfrogné dont on garde souvent l’image. Enfin, histoire de rappeler qu’il s’agit encore des numéros de la série de Green Lantern, certains villains de son univers font des incursions inattendues compte tenu de l’ambiance réaliste qui enveloppe ces histoires, et la surprise n’en est que meilleure !

Même si on insiste sur le réalisme pas très gai des histoires collectées ici, Dennis O’Neil n’oublie pas de leur conférer du fun pour ne pas fatiguer le lecteur, en enrobant son ton parfois un brin moraliste d’une bonne dose d’aventure. Chaque numéro renfermant une histoire distincte, le rythme est très soutenu et l’action à profusion, favorisée par un Green Lantern dont l’anneau lui fait souvent défaut, ce qui le contraint à utiliser de ses poings plus que d’ordinaire. Le caractère trempé de Green Arrow se place aussi à l’origine de quelques bagarres amusantes, pimentées par le style de combat original de Black Canary qui préfère la souplesse du judo et du jiu-jistu à la brutalité de la boxe de rue, que privilégient Green Lantern et Green Arrow.

On ne l’a quasiment pas mentionné jusqu’ici, mais les dessins de Neal Adams sont franchement fabuleux. Pour un style âgé de quarante ans, il a particulièrement bien vieilli, tant Neal Adams parvient sans peine à donner du relief imposant à ses personnages, les dotant de muscles saillants et puissants. Présent sur toute la longueur du volume, il y accomplit un sans-faute, dont les points d’orgue sont probablement les gros plans sur les visages, où il y étale une maîtrise bluffante de la retranscription des émotions. Présentez à un non-initié bien des dessinateurs des années ’80 à côté des planches de Neal Adams en lui demandant quel est le plus récent, et il y a fort à parier qu’il opte pour le style inimitable de Neal Adams. C’est vraiment dommage qu’on ne le retrouve plus beaucoup au pinceau depuis les années ’70, hormis son très particulier Batman : Odyssey dans lequel il reprenait de nombreux éléments de la mythologie de Batman installés par lui-même et Dennis O’Neil. Quant à la colorisation, elle tient la route, dans un registre très traditionnel qui offre une saveur rétro sympathique. Ceci dit les coloristes de l’époque avaient l’étrange habitude de remplir les arrière-fonds vides d’une couleur unie improbable comme du jaune ou du turquoise, et ça ne rend pas toujours très bien.

Des aventures nerveuses, une ambiance sombre et réaliste, des personnages attachants, des dessins renversants, quarante ans plus tard ce run légendaire se dévore plus facilement que bien des récits contemporains, peut-être grâce à l’avant-gardisme dont il fait preuve en abordant des thèmes audacieux et en s’escrimant à proposer des personnages nuancés. Un grand classique, culte depuis longtemps, qui décevra difficilement.




23 Commentaires »

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    DarkChap 14/06/2014 à 13:31 -

    Non mais c’est vraiment ça leur couverture? Le run s’appelle Green Lantern/Green Arrow (et était publié dans les pages de Green Arrow) et la couverture montre juste: Green Arrow. WTF?

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      CaptainMasked 14/06/2014 à 13:33 -
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      En fait ça se complète avec le quatrième de couverture : http://i.imgur.com/NRqESkL.jpg (Nightrunner l’avait déjà précisé sur la preview) Et petite rectification DarkChap, il a été publié dans les pages de Green Lantern, pas de Green Arrow (mais je pense que c’est ce que tu voulais dire et que tu t’es gouré!)

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        DarkChap 14/06/2014 à 14:44 -

        Oui, c’est ce que je voulais dire. Mon étonnement n’aurait pas été très bien illustré si l’arc avait été publié dans les pages de Green Arrow. ^^
        Quant à la présence de Hal Jordan sur la quatrième, ce n’est tout simplement pas comme ça que les couvertures fonctionnent. Chaque couverture est indépendante de l’autre, et ce pour une raison évidente, on ne peut en présenter qu’une .

    • Toran93 14/06/2014 à 15:43 -

      C du marketing. Green arrow à plus la côte en ce moment

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    BRISAK 14/06/2014 à 13:46 -

    Je ne peux pas me l’acheter maintenant…Je suis vert!!! Ha! Ha! Ha! Ha!

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    Vinch 14/06/2014 à 13:47 -

    Je suis passé a coté aujourd’hui dans mon mag de comics car j’ai un peu du mal avec les dessin « vintage » (honte à moi^^) Je me le prendrai quand j’aurai épuiser mes lectures actuel car l’histoire à l’air de valoir le coup tout de même.

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    AAAAAq 14/06/2014 à 13:48 -

    Dans ma pile de lecture, rien que le bouquin, ça fait une pile lol ^^

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    BlueWarth 14/06/2014 à 13:49 -

    Raaaaa celui là me le faut!!!!
    Bravo pour la chronique!

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    Green Arrow 14/06/2014 à 13:51 -

    Il me donne envie, il à l’air énorme !

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    CaptainMasked 14/06/2014 à 13:58 -

    Pas dans ma liste.

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    Bathom-04 14/06/2014 à 13:59 -

    J’adore le coloriste fluo ^^ Sinon le tome me donne très envie mais j’ai pas de sous… Je prendrai la ligue de Morrison et Quitely !

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    jay 14/06/2014 à 14:51 -

    Dis moi ,ça passe plus facilement que La mort de Superman ? ou c’est le meme delire?J’ai abandonné au debut du tome2 .

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      Alors c’est beaucoup plus digeste, j’ai trouvé, mais c’est surtout très différent ! Deux époques, deux tons, deux styles différents, etc.

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    SnowBird 14/06/2014 à 15:32 -

    I Need It. En plus, il contient le fameux dyptique « Snowbirds Don’t Fly »/ »They Say It Will Kill Me… But They Won’t Say When » qui a lui seul rend cette oeuvre indispensable. Urban est décidément la meilleure chose qui soit arrivée pour les lecteurs francophones de DC =D

  11. fureteur 14/06/2014 à 17:06 -

    j’ai vraiment hâte de le lire et votre review me donne encore plus l’eau à la bouche…

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    SwampThing 14/06/2014 à 17:54 -

    C’est beau ces planches faites au stabilo vert lol.

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    Sasahara 14/06/2014 à 20:11 -

    Je vais me le prendre, malgré le prix;
    A mon avis pour ce que j’en ai lu le plus daté dans tout ça ce n’est pas le visuel mais les dialogues français de l’époque, très argot des années 50: genre « aboule ton larfeuille » !
    aujourd’hui on ne traduirait plus ça comme ça !

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    Sasahara 14/06/2014 à 20:36 -

    Alors ce sera mieux – là je parlais plutôt de l’ancienne version, à savoir des épisodes parus chez Semic il y a quelques années , mais je n’ai pas encore eu l’album Urban an mains.
    Si c’est vraiment une nouvelle trad, c’est juste une raison majeure de plus pour l’acheter !!

  15. pioupiou 14/06/2014 à 20:49 -

    Green Arrow & Green Lantern devrait rejoindre ma bédéthèque Mercredi au plus tard. Merci pour cette review qui je l’avoue m’a donné rendu impatient d’être à la semaine prochaine !


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